Critique de film
Star Wars - Episode VI : Le Retour du Jedi

Si L’empire contre-attaque reste, à juste titre, dans les mémoires et dans le cœur des cinéphiles comme la pierre angulaire de la trilogie Star Wars, Le Retour du Jedi constitue un des premiers faux pas de Georges Lucas vis-à-vis de la mythologie mise en place dans les deux films précédents de la saga, un renoncement narratif que viendront entériner les épisodes I, II et III, 20 ans plus tard.


Avec le Retour du Jedi, Lucas délaisse le ton adulte et épique de l'épisode précédent pour orienter la saga vers le divertissement familial, rythmé par les facéties de petites peluches inoffensives, auxquelles il consacrera deux téléfilms L'aventure des Ewoks et la Bataille d'Endor. Lointains cousins des « Gremlins » de Joe Dante, les Ewoks n'attendent pas les douze coups de minuit pour semer le boxon et mettre à mal la dimension mythologique du récit. Passé les quarante premières minutes dans l'antre de Jabbah le Hutt  qui assurent  la continuité avec le final tétanisant de l'épisode précédent, le film s'écrase littéralement sur la planète Endor, refuge de nains déguisés en oursons.

L'aventure se transforme en promenade champêtre dans les étendues boisées d'Endor, où Han Solo, Leia et Luke finissent par célébrer leur victoire en dansant autour d'un feu de joie.

Quelques séquences délivrent encore le grand frisson, à l'image de la mort de Yoda ou la révélation sur le destin qui lie Luke et Leia, mais Lucas refuse d'embrasser la nature tragique et mythologique qui sous-tend son récit et contrebalance ces saillies épiques par un traitement mièvre et potache du reste de l'aventure. Une scène très symptomatique de cet écueil sert de conclusion à la saga : après avoir mis feu à la dépouille de son père, Luke termine son douloureux apprentissage en ralliant la petite sauterie organisée par ses nouveaux amis au lieu de se retirer dans les montagnes comme son illustre mentor Obi-Wan Kenobi.

Un virage à 180 degrés négocié sans amortisseur qui dénote avec l'intelligence avec laquelle Lucas avait su par le passé, transformer un hommage aux « serials » en véritable parcours initiatique teinté de mythologie. Plus occupé à construire son nouvel empire et s’affranchir des studios, Lucas était doucement en train de passer du côté obscur de la force.

Durée : 2h03

Date de sortie FR : 19-10-1983
Date de sortie BE : 19-10-1983
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 11 Février 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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