Critique de film
Star Wars : Épisode I - La Menace Fantôme

 

Labouré, le terreau devait être fertile aux nouvelles idées, le sable doux aux vers géants, le ciel ouvert aux raz de météores. Mais alors que le temps passe et que les faveurs s'oublient, les griefs se font ressentir. Il y a quelques années l'évènement était tel qu'il aura laissé son public s'auto-séduire devant le miroir des attentes. Mais les crevasses du temps n'épargnent ni les peaux humaines, ni les cœurs enfantins et bien moins encore les émulsions de Tatooine. 

Prolonger les époques et étendre le fil continu de la temporalité pour étreindre la voie lactée et s'y vautrer en pacha. Lucas se prend pour Jaffa. Alors écaillé de pièces d'or et de billets plus que pellicule ou de venin, il étale son pouvoir à l'écran et rend infécond le moindre de ses plans. L'ennui guette au rythme des volets qui séparent les scènes en tuant la dynamique du montage. Si l'effet faisait foi dans les précédents épisodes, c'est qu'ils cherchaient l'apothéose, là où celui-ci ne cherche qu'à épater de ses péripéties mercantiles. On eut dû les écarter pour leur préférer le verbe et la pensée, voire l'imagination. Mais on ne rêve qu'avec le cœur et l'esprit, deux qualités dont l'épisode ne peut se vanter. 

Plus aucune grâce ne subsiste au cœur des avalanches de débris numériques laissant le charme désuet du bricolage au passé, à un temps ou les étoiles faisaient encore rêver et non penser aux guerres de pixels. Lucas ne vend plus le rêve comme on l'a connu mais comme un seul spectacle qu'il sait faire, quitte à y perdre son âme. Les signes sont parfois beaux mais gâchés et laisseront froid celui qui, incapable d'adhérer au glaçage des images, aura cherché du cinéma.

Reste le souffle des dernières minutes et un orchestre sonore, bruitages et grognements qui, si l'on détournait les yeux, pourraient prétendre aux airs de concertos. Et la naissance d'un gamin à la voix claire et aux rêves inchangés qui marquera le cinéma de ses peurs  et de ses peines d'amours qui en feront, on le sait déjà, un homme bien plus sombre.

Puisque l'enfance ne s'oublie pas ou jamais vraiment. Si elle ne s'impose jamais franchement, elle préfère disparaitre en laissant ses traces, ses brûlures. Si je ne suis plus le garçon d'autrefois c'est que la vie est passée et aura laissé quelques souvenirs épars, rarement de cinéma, mais d'instants vécus, d'atmosphères. Puis, la mélancolie, les mots et les images. Anakin aura lui aussi dépensé son énergie à lutter contre les forces du mal, contre un sombre potentiel éternellement présent en son intérieur, comme un « mélancôme » encombrant les voies respiratoires, comme un voile de brouillard devant les yeux annihilant la moindre couleur. Cyan, Magenta, Darth Vader ne pourra plus les voir, la douleur qu'il gardera au fond des tripes transformera l'être de talent en être de pouvoir contrôlé par bien d'autres constances. Il finira aigri comme beaucoup. Une enfance impossible et surtout la triste vérité de n'avoir pu être regardé autrement.

La bravoure technique dépasse alors l'instinct et la pensée, qui à l'image des enfances vouées à leurs pertes, s'éteignent dans les laves métalliques, déchets des guerres aux lasers et d'estomacs meurtris.

Durée : 2h13

Date de sortie FR : 13-10-1999
Date de sortie BE : 13-10-1999
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 07 Janvier 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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