Critique de film
Strictly Criminal (Black Mass)

Lunettes fumées, crâne dégarni, chaîne en or et arme à la main, Scritly Criminal marque le grand retour d’un Johnny Depp que l’on croyait disparu depuis plus de dix ans, perdu entre les sourires grimaçants de la saga du flibustier Jack Sparrow ou compagnon de la lente marche funèbre du cinéma de son alter-ego Tim Burton.

L’homme aux mille visages

Sombre et magnétique, l'interprète d'Edward aux mains d'argent et d'Ed Wood vampirise l'écran et le reste de la distribution, à l'instar de son personnage de James J. Bugler, chef présumé de la pègre irlandaise qui régna d'une main de fer sur Boston pendant plus de 30 ans, et ce avec l'accord des plus hautes autorités de l'état. A la lisière du fantastique, loin du réalisme académique des biopics, l'incarnation spectrale de Depp renoue avec la beauté  expressionniste de ses plus grands rôles. Débarrassé de tous les attributs romantiques du gangster hollywoodien, pâle comme la mort, le regard noir comme si l’abîme s’y reflétait, l’ex-jeune premier du 21 Jump Street prouve une fois de plus son aisance à se métamorphoser en usant de techniques de maquillage radicales et novatrices pour donner chair à une des plus vivantes incarnations du mal sur grand écran. Moins flamboyante que l’interprétation de Jack Nicholson dans les Infiltrés, qui s’inspirait également de la figure de James J. Bugler, cette relecture glaçante et mortifère installe le film de Scott  Cooper (Les brasiers de la colère) à la frontière entre le film d’horreur et la grande fresque criminelle scorsesienne.

Main basse sur la ville

Véritable pacte faustien conclu entre l’administration fédérale américaine et ce parrain du crime autorisé à tuer en toute impunité, le récit de l’ascension et de la chute de James J. Bugler avait toutes les armes pour devenir un  futur classique. Malheureusement, Scott Cooper échoue à se démarquer des modèles écrasants du genre et de l’ombre de son comédien principal. Revers de la médaille de ce retour en grâce d’un acteur qui aura accompagné nos premiers émois de cinéphiles trentenaires, Scritly Crimal n’offre que peu de place au reste de sa distribution. Le tout Hollywood défile devant la caméra, de la nymphette Juno Temple, aux installés Joel Edgerton, Kevin Bacon, Benedict Cumberbatch… Mais les émotions et les actions restent en surface. Réduit au rang de spectateur ou de victime, l’entourage du criminel fait de la figuration et peine à s’affranchir du poids de la grande histoire. Prisonnier d'un feuilleton judiciaire qui n'a pas encore révélé tous ses secrets, Scritly Criminal n'embrasse que du bout des lèvres le genre qu'il cherche à étreindre. Scott Cooper évacue les dimensions sociologique et mythologique de son récit et filme avec la même froideur que son tueur ce portrait verbeux et désincarné des liaisons dangereuses entre le FBI et le crime organisé.

A l'instar de ses deux précédents films (Crazy Heart et Les brasiers de la colère), Scritly Criminal reste une belle proposition de cinéma intègre et classique mais pêche par une certaine absence d'originalité. Nul doute que d'ici quelques années, Scott Cooper aura comblé la distance qui le sépare encore de ses aînés.

Durée : 2h03

Date de sortie FR : 25-11-2015
Date de sortie BE : 25-11-2015
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Critique mise en ligne le 22 Novembre 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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