Critique de film
Suburra

Bonne nouvelle pour les amateurs de cinéma de genre transalpin, trois ans après l'électrochoc A.C.A.B : All cops are Bastards, portrait sans concession d'une unité anti-émeute italienne, Suburra vient confirmer avec éclat la vitalité d'une production nationale qui semble renouer avec la grandeur et la flamboyance de son âge d'or.

Entre deux saisons de l'excellente série Gomorra, Stefano Sollima délaisse la mafia napolitaine pour un retour sur les terres de ses premiers amours télévisuels, Rome, théâtre de Romanzo criminale-la série. Exit les années de plomb, la bande de la Magliana, le doux parfum rétro des seventies et bienvenue dans l'Italie de Berlusconi, entre politiciens véreux et chefs de clans mafieux.
Dans une capitale italienne aux allures de cité millénaire recouverte par les eaux, Suburra nous plonge dans les arcanes du pouvoir, où l’écriture de la loi s’éclaire à la lueur vacillante des bas-fonds.

La chute de l'empire romain

Loin du tract politique militant, Sollima articule son récit autour d'une lutte de pouvoir sanguinaire pour le contrôle du littoral romain, où l’Italie d'hier et d'aujourd'hui se confondent et se télescopent jusque dans un titre évocateur d'un des quartiers les plus malfamés de la ville, lieu de réunion des criminels et sénateurs de la Rome antique. L'Apocalypse annoncée avec amusement en début de générique n’a rien d’un carnaval de zombie ou d’une dernière onction religieuse mais représente la fin d’une ère pour la société italienne. Sans être nommée explicitement Suburra convoque les fantômes récents de l'Italie, de la démission du pape Benoît XVI à la chute du gouvernement de Berlusconi en passant par la récente affaire d’escroquerie immobilière de la « Mafia capital ».

Italie à main armée

Fable séculaire sur la corruption et radioscopie d'un monde en phase terminale, Suburra explose toutes les attentes placées dans le précédent film de Stefano Sollima A.C.A.B : All cops are Bastards. Polar hardcore d'une inventivité constante, à la narration libre et romanesque, Suburra transcende avec brio les règles établies du genre. Sublimée par la photographie baroque de Paolo Carnera et les accords électroniques du groupe français M83, la mise en scène de Sollima transforme cette odyssée sanglante en véritable festin sonore et visuel. Des rêves illuminés du jeune caïd Numéro 8 (formidable séquence où Sollima laisse entrevoir le futur de la station balnéaire d'Ostie reflété tel un feu d'artifice sur une vitre maculée de pluie) au final crépusculaire qui oppose la belle Viola au ténébreux Samourai, Suburra embrasse les codes et l'iconographie du cinéma d’exploitation avec une liberté de ton salutaire et un plaisir communicatif.

Choisissant in fine le point de vue d’une jeune toxicomane, punk et romantique venue réclamer la loi du talion (inoubliable Greta Scarano à laquelle on vouerait bien un culte infini comme au cinéma de Sollima d’ailleurs), le réalisateur romain laisse éclater sa colère face à la marche funèbre d'une société gangrenée par le pouvoir et l'argent. Œil pour œil, dent pour dent, la négociation n’est plus possible, il faut faire table rase et tout rebâtir à nouveau. Une page se tourne, Rome s'apprête à brûler. Quarante ans après les mémorables Colorado et La Cité de la violence, Stefano Sollima n'a rien perdu de la veine anar et gauchiste de son père. Inclassable et subversif, Suburra est assurément le grand film de cette fin d'année.

Durée : 02h15

Date de sortie FR : 09-12-2015
Date de sortie BE : 09-12-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Sven
10 Février 2017 à 04h05

Grrrr... well I'm not writing all that over again.
Anyways, just wanted to say great blog!
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Critique mise en ligne le 08 Décembre 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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