Critique de film
Sucker Punch

Si vous aimez voir des poupées en bas résilles, body et tallons aiguilles mettre de grosses raclées à des zombies nazies, des gros trolls ou des cyborgs sur fond de BjorkSucker Punch est fait pour vous. Il vous faudra aussi aimer le style visuel bien publicitaire du réalisateur Zack Snyder à grands renforts de ralentis, un rendu plastique proche de la BD, texture glacée et désaturée comme dans son fameux 300, adaptation du comics de Frank Miller. Enfin, et ce n’est finalement pas le plus compliqué, il vous faudra faire preuve d’une tolérance extrême quant à la nature du scénario qui frôle les trois niveaux et s’aventure dans l’historico-métaphysique. Les fans diront qu’on en a pour son argent, comprenons par là qu’il y a de l’action et de la meuf et que c’est un délire qui a la puissance onirique d’un jeu vidéo et son érotisme onaniste.

Babydoll (Emily Browning) vient de perdre sa mère et tue accidentellement sa petite sœur en essayant de la protéger d’un beau-père violent et abuseur. Elle est alors internée dans un asile psychiatrique où le beau-père compte bien lui faire laver le cerveau afin qu’il puisse encore la posséder en toute impunité. Comme il a la finesse d’un vieux néon, il raconte ses projets devant elle histoire qu’elle n’en perde pas une miette. Elle va donc chercher à s’enfuir avant qu’on ne lui malaxe le cortex. Nous voilà d’emblée plongés dans le second niveau de lecture. Comme l’hôpital psychiatrique n’est absolument pas glamour, enfin sauf pour les pervers, Babydoll s’invente un monde dans lequel elle et ses copines Sweet Pea, Rocket, Blondie et Amber (Abbie CornishJena MaloneVanessa Hudgens et Jamie Chung) font le tapin dans un bordel, le beau-père est devenu un curé et elle une sainte nitouche. L’infirmier en chef se transforme en proxénète et la psychiatre en meneuse de revue. Mais comme ce monde continue de puer et de véhiculer l’oppression et l’horreur dont elle a été victime, Babydoll s’invente alors un troisième monde qui jaillit quand elle danse devant des gros libidineux ! Et dans celui-là, elle devient une sorte d’Uma Thurman version Kill Bill. Elle convie ses quatre amies sexy à la fête et part dézinguer des zombies dans les tranchées de la première guerre mondiale, du monstre hideux et suintant style Seigneur des Anneaux et enfin des cyborgs protégeant une bombe dans un train lancé à grande vitesse. Il y en a pour tous les styles et pour tous les goûts, film de guerre, héroïc fantasy, science-fiction, drame, teenage movie, sexy mother fucker.

Il y a tout et il n’y a rien, du moins pas grand-chose d’autre qu’un essai froid et lisse aussi imperméable que l’image léchée de Snyder. Les 5 bombasses jouent du gun avec du lait sur le menton, elles sont aussi crédibles que ma grand-mère dans un film de collège américain. On leur a élégamment serré les seins sous leurs corsets de music hall, ils leur ont sculpté les jambes dans des bottes de guerrières tout en cuir claquant. Elles ressemblent à des pilules de viagra mais ont la sensualité de poupées barbies. Ca n’a de torride que la déferlante d’explosions qui rougeoient dans l’écran sombre de ces vies imaginaires qui même dans l’évasion chimérique restent aussi sombres et glauques que leurs réalités. Pastiche des genres tristement asexué, ce coup de poing ventouse finit par partir en sucette. On croit en prendre plein les yeux mais c’est la caméra qui s’agite dans tous les sens pour combler le manque de mouvements d’un film prostré sur son avalanche de sujets visuels et sa psychologie de comptoir.

Durée : 1h50

Date de sortie FR : 30-03-2011
Date de sortie BE : 30-03-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 28 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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