Critique de film
Take Shelter

La fin du monde est partout sur les écrans de cinéma. Dans Take Shelter de Jeff Nichols, elle prend la forme d'une psychose qui grossit dans le cerveau de Curtis LaForche (Michael Shannon), condensée en une gigantesque tornade dont il est le seul à voir des signes annonciateurs (cauchemars, bruit de foudre, éclairs brisant le ciel sombre de sa campagne américaine). Sa folie, il finit même par l'accepter, sa mère a été internée vingt ans plus tôt pour paranoïa aigüe.

Le plus intéressant dans Take Shelter, en dehors d'une mise en scène splendide isolant le visage inquiet de Michael Shannon dans des paysages démesurés assombris par les nuages de l'angoisse, c'est la conscience de la folie chez Curtis LaForche. Même s'il cache ses hallucinations à sa femme, la toujours délicate Jessica Chastain, il redoute le pire. Cette prise de conscience épisodique ne l'empêche pas de mener à bien son plan paranoïaque, à savoir construire un abri anti-tornade (shelter) l'enfonçant dans une misère économique et humaine.

Partagé entre ses doutes et la vraisemblance de ces prémonitions, il accomplit sa mission avec un soin méthodique que Jeff Nichols illustre à la perfection. Il alterne des scènes d'une douceur épique où la petite fille du couple joue un rôle de témoin mutique de par sa surdité. La douleur de l'homme vient de cette opposition entre le désir de protéger sa famille et l'éloignement de cette dernière, progressive et inéluctable au fur et à mesure que la folie s'insinue en lui.

Michael Shannon est éblouissant dans un rôle qu'on lui connait déjà, notamment dans la série Boardwalk Empire où il incarne un agent de la prohibition perdant progressivement le contrôle d'une vie rigide et religieuse (son collègue de boulot joué par Shea Whigham est également à l'affiche de la série produite par Scorsese). Ici aussi, il interprète un homme religieux, solide et travailleur. La fragile perte d'équilibre qui l'assaille va le couper de la vie... purement et simplement.

Nichols offre également un rôle immense à Jessica Chastain en femme à l'épreuve de la compréhension et de la patience. La pureté que Malick avait su extraire est encore vive. Elle est la sortie de secours de Curtis, la preuve évidente que la maladie mentale peut s'endormir sous les caresses répétées de la tendresse. Le cinéma de Malick est d'ailleurs largement cité tout au long du film, évidemment l'abri rappelle celui où Kit enferme ses victimes dans la balade sauvage. Les plans s'échappant dans les nuages d'étourneaux aussi, fresques hitchcockiennes ou symboles de démesurés test de Rorschach.

C'est toutefois regrettable que Jeff Nichols se soit senti obligé d'offrir une fin adoubant les théories d'une quatrième dimension prédictive et remette ainsi en cause l'ensemble de son étude psychologique, ça ne retire en rien la troublante atmosphère du film, impression apocalyptique durablement tenace.

Durée : 2h00

Date de sortie FR : 04-01-2012
Date de sortie BE : 01-02-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 17 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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