Critique de film
Tel père, tel fils

La tendresse du regard de Kore Eda a encore frappé ! Après le sublime Nobody Knows (2004), l’adorable Still Walking (2008) et le sensible I Wish (2012), le réalisateur japonais s’immisce à nouveau au cœur du dispositif familial pour exposer l’inouïe profondeur des rapports humains. Dans Tel père, tel fils Kore Eda semble avoir plagié le pitch de La vie est une long fleuve tranquille. Deux familles que tout oppose apprennent que leur enfant de six ans a été échangé à la naissance et comme dans le film de Chatiliez les ressorts comiques du film viennent de l'opposition de classe. La comparaison s’arrête là. Kore Eda se concentre surtout sur un personnage du film, le père de la famille bourgeoise, homme moderne pressé, briguant des hautes fonctions et consacrant sa vie au travail. Tout le propos de Tel père, tel fils est d’amener cet homme, grâce au contact avec la famille qui a hérité de son fils biologique, à changer de point de vue sur le monde et sur le rôle des acteurs de la cellule familiale.

Si Kore Eda est doté d’une sensibilité étonnante, à l’image d’une mise en scène tout en travellings lents et doux ou de la bande son classique composée de notes musicales épurées, il éprouve quelques difficultés à s’appuyer sur le personnage du père auquel il consacre pourtant la plus grande partie de sa photographie élégante. Celui-ci joué par Masaharu Fukuyama est rigide à souhait mais son évolution est difficile à comprendre et son interprétation inégale (quoiqu’il possède un très beau sourire atypique et qu'il ne soit pas du tout caricatural). Il est également difficile d'imaginer le fait d’abandonner un enfant qu’on a élevé pendant six ans pour le troquer soudainement contre un inconnu qui nous ressemble physiquement mais qui n’a rien appris de nous et cela le film tend à l'expliquer avec plus d'acuité.

L’humour et la tendresse sont présents tout au long du film (énorme fou-rire lors de la scène du concours de piano des enfants). Le cheminement narratif est lui beaucoup plus prévisible et moins subtile qu’à l’accoutumée. Les enfants ne comprennent évidemment rien à cette histoire juridique, étouffant les parents de « pourquoi » auxquels ces derniers sont incapables de répondre. On passe beaucoup de temps dans l’appartement chic de la famille bourgeoise, dans la première moitié du film avec un bambin adorable et sage à qui on donnerait bien quelques cours d’incivilité, dans la seconde moitié avec un gamin turbulent qui va égayer l’horizon triste et morose du couple. L’opposition trop nette entre les familles, l’immense différence entre le caractère des enfants et le côté un peu didactique de la morale finale (à savoir quand on est un père on doit passer du temps avec ses enfants parce qu’ils ont plus besoin de temps passé avec les parents que de confort financier) font de Tel père, tel fils un film un peu décevant dans la carrière extraordinaire de Kore Eda, la barre était déjà haute. Le reste du casting parfait permet au film en dépit de ses grosses ficelles d’être un instant fugace agréable qui offre un désir au spectateur, celui de faire des enfants ou si on en a de les serrer dans nos bras pour leur dire qu’on les aime. C'est déjà ça !

Durée : 2h10

Date de sortie FR : 25-12-2013
Date de sortie BE : 18-12-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Mai 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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