Critique de film
Texas Chainsaw 3D

Je n'étais pas dupe, mais lorsque j'ai découvert, au travers de mes yeux effarés, ce Texas Chainsaw 3D, les bras m'en sont tombés... et pas simplement parce qu'ils tombent à l'écran. Septième épisode de la franchise, le présent opus est à l'image des précédents : anonyme et inutile.

Pour appâter le chaland, nos amis du marketing nous assurent qu'il s'agit d'un retour aux sources. La preuve, l'histoire commence là où elle s'arrête à la fin de la bobine séminale de Tobe Hooper. Autour de Leatherface, la résistance s'organise. La dynastie dégénérée des Sawyer protège le gamin à la face de cuir. Les gars du village lancent l'assaut de la maison maudite, la détruisent et massacrent les sales gueules qui y habitent.

Quoi? Un Massacre à la Tronçonneuse en 3D? Faut abattre les responsables de cette arnaque!

Pour faire le lien avec le chef-d'oeuvre de 1974, les executives de Lionsgate et de Nu Image rappellent Gunnar Hansen qui interprétait le tronçonneur fou. Ici, il joue le boss Sawyer. On ressort aussi de la naphtaline Marilyn Burns et John Dugan qui participèrent à l'épopée initiale. Le fan apprécie mais sent l'arnaque. On balance des appâts mais le piège n'est pas loin... Et en effet, après un générique qui mêle avec audace images d'époque et actuelles, on nous lance sur une histoire balisée et sans grand intérêt...

Parce que vous ne le saviez pas, chers lecteurs, fans de bbbbbrrrrrr et de gggggrrrr de l'engin de Leatherface, un bébé Sawyer a été épargné lors du massacre et recueilli par un couple qui participait au feu de joie, les Miller. Le bébé grandit et devient, malgré un patrimoine génétique peu avenant, une jolie jeune femme. Elle s'appelle Heather et c'est la magnifique Alexandra Daddario qui se charge de lui donner un (joli) corps et un (peu de) cerveau. Elle est trop cool, Heather. Elle met des t-shirts, travaille dans une pizzeria, adore son petit copain, trop cool aussi (Trey Songz) et donne de judicieux conseils à sa copine Nikki (Tania Raymonde). Comme toute bonnne sidekick de bandes horrifiques, Nikki est (un peu) plus moche et plus hystérique que Heather. Ses soucis occuperont le spectateur pendant le premier quart d'heure, parce que Heather, vous l'avez compris, n'en a pas, de soucis...

Hé les gars, c'est la même maison que dans Django Unchained!

Pour le reste, Nikki se fera découper. Avant de se faire étriper, l'ingénue accompagne Heather, ainsi que trois bellâtres dispensables, sur les routes du Texas (scène obligatoire du combi VW rempli de rires et d'effluves de cannabis). La belle vient de recevoir une lettre. Elle est l'heureuse héritière d'un château dont une Sawyer est la propriétaire. Et devinez qui occupe la cave de la demeure...

On est loin, très loin de l'atmosphère putride de Massacre à la Tronçonneuse, première version. Tourné en 16 mm par le jeune Tobe Hooper, le film exhalait une ambiance infecte et dérangeante. Cassant les codes, multipliant les scènes suggestives, Hooper et ses amis s'en donnaient à coeur joie. En 2013, rien de tout cela. L'image est étincelante et suscitera Haaaa et Hooo de la part des aficionados de l'horreur graphique. Le produit fini est un bidule commercial sans âme, une coquille vide... Pire, et c'est un comble, tout est propre dans ce Texas Chainsaw 3D. Même la cave de Leatherface (Dan Yeager) ressemble à un atelier de scrapbooking d'une petite ville du Minnesota. Le bonhomme sent bon sous les bras et entretient sa tronçonneuse comme le ferait ma grand-mère avec sa collection de napperons en dentelle.

Mais pourquoi as-tu découpé Nikki? Désolé, le réal' m'avait demandé de creuser son personnage...

Certes, il y a du découpage de corps humains, mais il est trop net, sans bavure, pas assez baveux... Plus chirurgien que boucher en somme... Lors de leur rencontre dans l'abattoir local, Heather et Leather (jeu de mots que même nous, obscurs francophones, comprenons) dévoilent, l'une sa poitrine, l'autre son engin. La rencontre est aussi émouvante et sensuelle que la rencontre de deux escalopes dans une barquette du rayon boucherie de votre supermarché.

Le Texas Chainsaw 3D est exécuté sans effort et sans talent par le sieur John Luessenhop. L'obscur tâcheron met en musique un cahier des charges qu'on imagine kilométrique. L'inspiration est faible. En rien inspiré par le délire gore de Tobe Hooper, Luessenhop regarde, sans aucune gêne, vers le Devil's Rejects de Rob Zombie ou, pire, le Vendredi 13 de Marcus Nispel (2009), dont il confectionne une resucée sans âme. L'ultime scène permet d'imaginer de nombreuses suites. Lors de leurs sorties, cette fois, promis, je ne me ferai pas avoir...

 

Durée : 01h32

Date de sortie FR : 31-07-2013
Date de sortie BE : 31-07-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 28 Mai 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
[186] articles publiés

Petite route du Nevada, inondée de soleil. Deux personnes au bord de la route. Contraste. Homme jeune, atti...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES