Critique de film
The Assassin

Après le Apichatpong Weerasethakul, l’autre expérience ésotérico-poétique du Festival aura donc été vécue devant le grand retour de Hou Hsiao Hsien. Tenter de résumer l’intrigue du film aura été un gimmick pour festivaliers le jour de sa présentation, chacun finissant par s’avouer piteusement vaincu devant l’hermétisme total du récit. Tout au plus peut-on dire que cet exercice de style radical se situe dans une Chine rêvée des alentours du VIIIème siècle (ou VIIème ? Ou IXème ?...). Des mandarins marmoréens s’y inquiètent de la solidité de leur pouvoir terrestre, pendant qu’une jeune tueuse à la beauté mortelle s’infiltre sans bruit dans les décors laqués, en faisant frissonner voiles et draperies sur son passage.

LES FANTÔMES DANS LA COULEUR

Amateurs de scénarios foisonnants et solidement charpentés, abandonnez tout espoir, vous n’en saurez pas plus. En peintre d’estampe vieillissant, HHH estime ne plus avoir à se soucier du fond de sa toile. Il pose son chevalet sur le bord du torrent et tisse la tapisserie du temps qui passe.  Plus beau encore, il s’applique à faire apparaître sur la berge du Styx une sirène fantomatique pour l’accompagner paisiblement vers la fin prochaine de sa carrière. Cet ange de la mort est incarné par la spectrale Shu Qi, silhouette noire se détachant lentement des à-plats de couleurs de décors somptueux pour s’approcher de l’écran, recueillir des secrets chuchotés, trancher une gorge dans un éclair, et se fondre à nouveau dans la palette chromatique de son créateur, celui-là même qui l’avait révélé 15 ans plus tôt dans Millenium Mambo.

LE VIEUX SAGE QUI AIMAIT LES FEMMES

Film de vieux sage démiurgique, The Assassin doit se voir comme une magnifique coquetterie d’un artiste qui ne souhaite rien tant, au crépuscule de sa vie, que détourner sa caméra des combats pour mieux les écouter (superbe séquence de duel relégué en hors-champ), et observer une femme pleurer silencieusement, esquiver les dagues ennemies comme un félin, se camoufler dans les combles de palais ensommeillés. Le spectateur n’est plus le souci du Maître. Les fâcheux le lui reprocheront, les autres l’observeront de loin travailler une dernière fois la perfection de son geste, en admirant sa résistance aux modes et aux justifications. La Palme dort peut-être, mais c’est dans ce relâchement élégant que réside sa beauté et son mystère. 

Réalisateur : Hou Hsiao Hsien

Acteurs : Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou

Durée : 1h45

Date de sortie FR : 09-03-2016
Date de sortie BE : 24-02-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Mai 2015

AUTEUR
Emmanuel Raspiengeas
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