Critique de film
The Dark Knight Rises

Comment Nolan et son équipe allaient-ils conclure cette trilogie ? En continuant à séduire les spectateurs par la noirceur du récit et à mettre la critique dans leur poche, avide qu'elle est d'être dans le coup et d'adouber parfois malgré elle un genre nouveau, celui du film de super héros, omniprésent. Batman vu par Nolan a en effet de quoi susciter l'enthousiasme. Le premier volet Batman Begins définit la schizophrénie du super héros, Bruce Wayne (Christian Bale), l'orphelin qui a assisté impuissant au meurtre de ses parents et qui a grandi dans un désir de vengeance est délicieusement double. C'est ce que The Dark Knight, le deuxième épisode, révèle. En dépit de ses ambitions altruistes, il ne fait que répandre sous son vol, la haine, le mensonge et la mort. La face cachée de Batman c'était justement le joker incarné par un Heath Ledger phénoménal qui avait presque évincé le personnage de Batman. Alors qu'il n'était plus central, condamné même à disparaître après la mort d'Harvey Dent / Double Face, Batman allait-il se relever et s'élever à nouveau (rise) dans le ciel de Gotham, la décadente ?

 
Faire mieux que The Dark Knight, c'était le défi de Nolan et son armada de spécialistes des effets spéciaux ! Mais à l'impossible nul n'est tenu et Nolan n'y est pas parvenu. D'abord parce que Heath Ledger qui portait le film précédent n'est plus de ce monde et que Tom Hardy qui incarne le méchant de cet épisode, même affublé d'un masque qui ressemble à un foetus d'alien, n'a pas son charisme. Il ne démérite pas, son personnage est dense, ambivalent, touchant même, au prix c'est vrai de ces fameux flash back qui doivent émouvoir. Ensuite et surtout parce que la trame est relativement prévisible et sans surprise. Il nous avait promis la guerre, force est de constater qu'elle a lieu sur cette planète mais pas sur l'écran où des hommes armés se foncent dessus pour en découdre avec leurs poings. Bien entendu il y a des rebondissements qu'il ne conviendrait pas de vous révéler puisqu'ils sont censés vous estomaquer mais ces derniers ne changent rien à la donne, on a l'impression que la franchise n'a plus grand chose à montrer. Certes Nolan et son frère réussissent à insuffler dans leur scénario un air contemporain assez brillant, une critique virulente du système capitaliste, mais c'est à l'oeuvre de la plupart des films qui sortent en salles, il devient rare qu'un réalisateur ne s'en prenne pas aux traders. Dans The Dark Knight Rises, la colère monte des sous-sols, grouille dans les souterrains, ravive la lutte des classes, symbolisé par le personnage de Catwoman, étonnante Anne Hathaway qui ferait presque oublier les miaulements de Michelle Pfeiffer.
 
 
Comme dans les deux précédents opus de la trilogie, la noirceur est sans appel, ici teintée de bleu et mise une nouvelle fois en lumière avec génie par Wally Pfister. Tout est froid et clinique et la présence tenace de Jospeh Gordon-Levitt dans son rôle de policier zélé nous donne parfois la sensation de nous retrouver dans un plan d'Inception. La mise en scène est un train lancé à grande vitesse, ça ne ralentit jamais, on jongle constamment entre les lieux grâce à un montage énorme, les intrigues, les personnages (la qualité première de la franchise est de savoir introduire des personnages et s'en débarrasser sans trop d'affects), les scènes d'action fortement numérisées mais aussi mécaniques et les scènes de dialogue se succèdent sans faiblir pour asséner une vérité d'où l'espoir est le principal ressort. L'espoir vu par Bane (Tom Hardy) est ce qui peut arriver de pire parce qu'il rend la vie nécessaire, pour le policier interprété par Joseph Gordon-Levitt, il est nécessaire à toute idée de finitude. On ne peut mourir sans espoir, d'un haut-delà sans doute. La fin du film nous déçoit à juste titre (elle ressemble à s'y méprendre à la fin d'une saison de 24H Chrono), elle n'a pas eu le courage d'être aussi sombre que la trilogie, elle s'appuie sur un élément de scénario éculé et banal. La scène d'ouverture aussi, quoique prouesse d'équilibre et d'invention, n'arrive pas à la cheville de celle de The Dark Knight, avait-on déjà vu braquage de banque plus génial dans toute l'histoire du cinéma ? Non. Cette fois-ci, on a l'impression d'assister à un remake de Con Air. Souvent d'ailleurs et c'est l'écueil principal du film, on a cette sensation de déjà-vu. Imperceptible certes, mais déjà vu. 
 
 
Pourtant on peut affirmer sans peine qu'il s'agit là de la plus grande trilogie de super-héros qui ridiculise les tentatives répétées de Marvel. Cette trilogie s'appuie sur une idée forte, il n'y a pas de héros, Batman n'en est pas un, il l'est parce qu'il est riche et qu'il n'a maudit que la mort de ses parents, puisant dans cette douleur la force de renaître autre, mais avec toujours dans son baluchon de fortune, quelques milliards dont il disposait sans peur. Autour de lui gravitent des êtres qui ont grandi dans l'obscurité, déchirés par les mêmes pertes et les mêmes douleurs, ce sont ses pendants, ses doubles, il les aime autant que celui qu'il tente d'oublier sous un masque, lui-même. Nolan a eu le génie de ne pas faire de Batman un nouveau héros, il y a dans sa démarche quelque-chose de désespéré. Il est à l'image du monde, replié sur lui-même, retiré dans son manoir, nanti humaniste qui perd sa fortune et est la proie du terrorisme sadique, reflet du monde grevé par la finance malade et la menace du terrorisme. Le sursaut final n'est motivé que par la peur de l'oubli, pas par l'altruisme. Batman, le narcisse boitillant. Nolan n'a donc nullement manqué de courage, il a juste déçu parce qu'il avait atteint le sommet dès le deuxième épisode. Il a réussi en livrant une oeuvre inspirée par un comics à nous dépeindre notre monde, triste et pathétique, accroché à des sirènes malheureuses et à nous prédire ce qu'il allait advenir de lui si la révolte souterraine prenait le pas sur le sommeil des masses. Nolan avait enfermé les policiers dans les égouts, substituant leur fonction à la mission justicière de la chauve-souris, pour nous ce sera différent, il faudra avancer à visage découvert.
 

PS : Par contre et c'est une demande solennelle qui sera, je l'espère vivement, relayée par d'autres et que ça fera boule de neige... Peut-on demander à l'industrie du cinéma d'interdire les scores répétitifs et continus d'Hans Zimmer qui semble être le seul habilité dans ce septième art à créer de la musique légèrement exaspérante. Ce n'est pas tant qu'on lui reproche d'être mauvais ou malhabile mais bien d'être omniprésent. De plus et c'était aussi navrant dans Batman Begins et The Dark Knight, il n'y a pratiquement pas une seule scène sans tapis sonore musical, que dis-je pas une seule seconde, dialogues compris, qui ne soient couverts par la musique assourdissante de Mister Zimmer. Et la pause aussi fait partie de la musique !
Durée : 02h44

Date de sortie FR : 25-07-2012
Date de sortie BE : 25-07-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Cyrille
27 Août 2012 à 11h26

Franchement après quelques jours il ne reste rien du film. Il est passé beaucoup trop vite et n'a pas laissé une impression tenace, c'est le moins qu'on puisse dire.

Fraancesco
27 Août 2012 à 09h16

Franchement j'ai aimé;mm si j'aurrais facilment coupé 30 min; et pas mal de problemes dans le temps ,batman qui s'evade de la prison et la scene suivante il apparait sur le pont de Gotham city,y a des passages de scénes un peut inexpliqué....et la mort de Marion....hyper nulle.
Mais bon comme tous les hommes de ma generations on vient pas pour voir Batman...mais pour le grandiose Sir Michael Caine
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Critique mise en ligne le 19 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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