Critique de film
The Dark Knight

Alors que Batman Begins troquait la combinaison en latex du chevalier noir contre une armure en kevlar, The Dark Knight dynamite littéralement toute l’imagerie du super héros. Plus héritier de Michael Mann que de BurtonNolan nous livre un véritable polar urbain où se mèle noirceur de l’âme à celle non moins sombre d’un monde environnant. Fini les héros immaculés et les méchants souillés, l’heure est à l’humaine vermine. 

En relative continuité avec le précédent opus avec ses thématiques diverses et ses traitements divergents, la saga peut paraitre éclatée et ses composantes autonomes. Fort d’une collaboration avec un homme, le commissaire Gordon, représentant d’une police dévouée, Batman éradique petit à petit la racaille de Gotham. L’espoir commence à toucher la populace avec l’arrivée d’un véritable héros, le procureur Harvey Dent. Mais le chaos et son ordre imposé verra son retour en la personne du Joker, terroriste aposant son trouble sur les structures citadines et jusque dans l’esprit de ses habitants.

 
 
Le Joker, charismatique anticonformiste à l'humanité affirmée jusque dans ses valeurs nihilsto-anarchiques, sorte d’anti Batman, tente dès la scène d’ouverture d’imposer son jugement à un monde au totalitarisme dérobé. Au point de déranger le spectateur dans un consumérisme manichéen souvent infligé. Et si Batman ne faisait que déséquilibrer la balance ? Et si le bien, sans mal, ne pouvait exister ? C’est la question que soulève le film entrainant ainsi le simple divertissement vers une réflexion métaphysique sur l’ordre d’équilibre moral d'un monde jamais plus proche de celui qui est le nôtre. Si Batman, inhumain et protecteur, cherche à garder l'anonymat, c'est parce que derrière les masques se cachent parfois les figures fascistes, alors que les couches de maquillage n'occultent que les cicatrices jamais plus humaines d'un homme aux brumeuses utopies.
 
Gotham City n’est plus la ville répugnante qu’elle était. Fini la pourriture des sols, les braseros, le verre broyé et les manteaux usés. Ce sont les buildings qui s’élèvent et qui brillent, ne différenciant plus la ville de Bruce Wayne de Hong Kong, ne distinguant plus notre société de celle du comic de Bob Kane. Le crime n’est plus aux faits divers mais aux mondanités, il est devenu industriel, politique.
 
Pour substituer Jack Nicholson, le Joker de Tim Burton, Nolan fait appel à un Heath Ledger tout en démarche et splendeur. Cabotinage jubilatoire qui aura le don de dessiner les sourires aux commissures des lèvres les plus septiques. Aux plus fervents défenseurs de la méthode, comme à ses détracteurs. Le comédien trouvant ainsi le moyen d'arracher, dans sa dernière apparition, la gloire aux plus grands. (Caine, Oldman, Freeman, Roberts, Bale…)
 
 
En dehors de cette ahurissante performance, le Joker devient rapidement la charnière scénaristique du film, comme une étoile autour de laquelle graviteraient et brûleraient les autres protagonistes. Il est le déclencheur des zones d’ombre de chacun et par là même le personnage central du métrage. La fausse vacuité de Bruce Wayne s’étant effacée au profit du désir d'ordre et de justice de Batman : face sombre plus intéressante mais moins captivante sans son autre versant. Le chevalier noir perd donc de sa grandeur et laisse place au clown funèbre.
 
C’est dans ce traitement des personnages transformant les êtres à priori secondaires et abjects en protagonistes de premier plan, en travaillant l’humanité de chacun, rapprochant les bons (Dent, Wayne) des mauvais, que Nolan se fait descendant de Michael Mann. Polar urbain musclé comme drame existentiel, The Dark Knight se distingue surtout par sa verve alors que Mann joue plus du silence. On peut cependant aborder la scène d'ouverture de The Dark Knight comme un hommage ouvert à Heat. Et Nolan d'inaugurer son récit par l'action et d'installer le chaos inhérent à la psychologie du Joker en un braquage simple et percutant, au plus proche des machines et du métal brulant. La complexité de l’œuvre n’en témoigne donc pas moins par son côté spectaculaire, éblouissant. Et sa qualité à dresser les portraits et les idées à l'intérieur même du mouvement, de l'action est le témoignage de sa maitrise formelle sans limite. Bien mieux tenu en terme de suspense que le précédent, ses scènes d'action sont aussi plus brillament composées (cf. course à moto), le film laisse entrevoir une certaine ouverture poétique dans les dialogues comme dans le traitement esthétique (cf. le Joker passant sa tête par la vitre d’une voiture de police profitant du vent de liberté que lui apporte son statut de chien fou, unique mais paumé).
 
 
A l’instar de l'homme chauve-souris, le spectateur est invité à plonger des toits rutilants dans la noirceur de l’imaginaire Nolanien, dans l’obscurité des êtres peuplant son univers très premier degré, durant presque 2h30 d’une aisance inattendue, d’une intelligence rare. Plus grandiose et lyrique que son prédécesseur, il est aussi plus syncopé, plus politique, plus foisonnant d'idées, simplement plus réussi. Reste surtout le plaisir de voir un réel sujet tourmenté et pas toujours facile à appréhender au cœur d’un film qui reste l’un des plus grands succès du cinéma contemporain. Le grand spectacle aurait-il à nouveau la force de discourir ? On l'espère, on y croit !

 

Durée : 2h27

Date de sortie FR : 13-08-2008
Date de sortie BE : 13-08-2008
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Lucien Halflants
[113] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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