Critique de film
The Experimenter

Et si on désobéissait ? Depuis l’enfance on nous conditionne à obéir, aux parents, aux professeurs, puis aux employeurs et aux policiers, aux médias et marketeurs, aux lois tacites et obsolètes, et j’en passe. A croire qu’on passe notre vie à dire oui. Le rusé Milgram nous a pourtant prévenu, la soumission à l’autorité n’offre rien de bon, jugez-en plutôt : l’Allemagne nazie, le génocide rwandais, la colonisation, l’apartheid, l’esclavage, tous produits peu reluisants de la soumission à l’autorité. Comment expliquer sans cette soumission aveugle que des centaines de milliers d’homme puissent soudainement se transformer en bras armés de dirigeants déments ?

"J'ai obéi aux ordres"

Remercions d’emblée Michael Almereyda d’avoir réactualisé nos cours de psychologie sociale et rappelé ce cher Milgram à nos bons souvenirs. Eichman lors de son procès répond laconiquement : « J’ai obéi aux ordres ». Il n’en faut pas plus à Stanley, fils d’immigrés juifs, pour s’interroger et s’attaquer non sans railleries à son expérience la plus connue : l’expérience dite de Milgram. Les conclusions de l'expérience sont terribles : dans 65% des cas, nos braves congénères vont jusqu’à électrocuter un pauvre inconnu parce qu’un type en blouse blanche leur dit : « vous devez continuer ». Exit le libre arbitre donc, aux égouts la morale, la conscience. On fait ce qui nous semble impensable parce qu’une autorité morale nous l’ordonne, et l’autorité repose souvent sur la perception, par le costume en quelque sorte. Ce qu’il en ressort c’est que l’être humain est un sacré zigoto, un peu crétin sur les bords et largement manipulable. De là à perdre toute confiance en l’humanité, il n’y a qu’un pas. Mais heureusement quand la majorité adopte un comportement de mouton pour ne pas dire de lemming, il existe des exceptions, des gens qui se lèvent et qui refusent d’infliger des décharges électriques à un pauvre inconnu qui hurle de l’autre côté du mur, des héros qui disent NON. Le film décline l’expérience de Milgram en long et en large et propose d’autres expériences à la fois stupéfiantes, hilarantes ou effrayantes.

Un film froid comme son sujet

Michael Almereyda a le bon goût de ne pas nous infliger un énième biopic ronflant. La proposition formelle est osée même si aussi excitante qu’une thèse universitaire. Décors théâtraux, images projetées sur ces premiers, métaphores visuelles, regards et discours complices face caméra, Winona Ryder… élément de mise en scène oui oui… Si la forme est originale quoiqu’un brin statique, d’où vient donc cette froideur ? Peut-être de la prestation de Peter Sasgaard qui joue sous Xanax, de l’absence de rapports humains, de la proposition clinique dénuée d’émotion, de la faible profondeur des personnages. Un peu de partout ! C’est un crime de réduire Winona Ryder à ce rôle secondaire d’épouse. Winona Ryder n’est pas un élément de décor sacrebleu. Le film se concentre autour de l’expérience, il en devient expérimental lui aussi, aussi tragique par instants que le sort d’une humanité qui aurait remis les clés de son cerveau à un gestionnaire d’intelligence. The Experimenter a la qualité inouïe de nous faire réfléchir sur notre supposé libre arbitre, ce n’est pas si mal mais ce n’est pas assez pour en faire un film aussi fascinant que son sujet.

Réalisateur : Michel Almereyda

Acteurs : Peter Sarsgaard, Winona Ryder

Durée : 1h37

Date de sortie FR : 27-01-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 21 Janvier 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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