Critique de film
The Go-Go Boys : The Inside Story of Cannon Films

Les enfants des années 80 qui louaient des VHS au vidéo-club du coin se souviennent avec nostalgie de l’époque où Chuck Norris et Charles Bronson ornaient les affiches de métro, grosses pétoires à la main.  C’était l’âge d’or des films bourrins décomplexés (Delta Force, Bloodsport, la série des Death Wish) et des nanars de contrefaçon complètement cheap, comme les Allan Quatermain, pale décalque des Indiana Jones. On devait toutes ces aberrations hilarantes à la Cannon Group, sans aucun doute le studio le plus fou et le plus mythique des années 80. On savait qu’il était dirigé par Menahem Golan et Yoram Globus, deux cousins israéliens partis conquérir le rêve américain, et qui s’y sont brûlé les ailes la décennie suivante, suite à une mauvaise gestion financière. 

Mais quelle est la véritable histoire de ce studio qui a changé la face du cinéma indépendant à Hollywood ?  Entre les American Ninja et Missing in Action, leur catalogue comprend aussi bien des films d’auteurs comme Love Streams de John Cassavetes, Tough Guys Don’t Dance de Norman Mailer, Barfly de Barbet Schroeder, Fool for Love de Robert Altman et même King Lear de Jean-Luc Godard, dont le contrat a été signé à Cannes sur une serviette de papier…. 

Le yin et le yang du septième art

The Go-Go Boys relate donc l’ascension et la chute de la Cannon. Tout commence à la fin des années 60, les deux israéliens rencontrent le succès sur leur pays avec des films de guerre comme Operation Thunderbolt ou des comédies potaches comme Lemon Popsicle (aka Juke-Box) qui préfigurait déjà l’ère des teenage movies. Mais cela ne suffisait pas, les deux cousins étaient désireux de triompher dans le monde entier, ils s’envolent donc pour Hollywood, cette fameuse terre promise, et rachètent la Cannon en 1979 pour y bâtir un empire.

On comprend assez vite que le vrai sujet du documentaire est la relation familiale entre Golan et Globus, à la fois fusionnelle et conflictuelle. Les savoureuses images d’archives nous éclairent sur la complémentarité parfaite entre ces deux personnages : Menahem Golan réalisait les films en se rêvant grand cinéaste tandis que Yoram Globus était l’homme d’affaires d’une redoutable efficacité à qui on ne refuse rien. Ils produisaient les films à une cadence infernale, alternant les bides et les énormes succès. Mais surtout, ils étaient les vraies stars du marché du film, dépensant une fortune colossale pour mettre en vitrine leurs productions au festival de Cannes qui avait même été surnommé Festival de Cannon.

Après s’être embrouillés pendant la chute de leur studio, les deux moguls déchus finissent par retourner en Israël, comme à leurs débuts. Le film se conclut de manière très émouvante, lorsque les deux cousins, vieillis et usés, se retrouvent dans une salle de cinéma pour y projeter toute leur œuvre et se remémorer le bon vieux temps. Le récent décès de Menahem Golan rend forcément la scène encore plus déchirante.

Si The Go-Go Boys se révèle donc un portrait intime et passionnant de ces deux personnages, qui se sont d’ailleurs investis dans ce projet, il risque peut-être de décevoir ceux qui attendaient plus d’anecdotes sur les productions Cannon, extraits à l’appui. Heureusement, un autre documentaire, tout aussi excellent, vient juste d’être produit et a également été présenté à l’Etrange Festival : Electric Boogaloo : The Wild, Untold Story of Cannon Films. Golan et Globus ayant refusé d’y participer, l’approche de ce documentaire s’y fait donc plus objective et sans compromis, certains intervenants n’hésitant pas à égratigner le comportement parfois douteux et excessif de ces dernies nababs. Soit deux points de vue parfaitement complémentaires. Comme quand Golan et Globus, à l’époque où ils étaient rivaux pendant les années 90, produisaient chacun leur version sur la Lambada, qui était le phénomène de danse du moment, espérant réitérer le succès de Breakin’, leur hit musical de 1984 qui avait permis de populariser le breakdance.

Durée : 1h31

Date de sortie FR : 22-10-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Septembre 2014

AUTEUR
Viguen Shirvanian
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Insatiable cinéphage qui aime les grands mélos lyriques, la Nouvelle Vague française, le pinku...
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