Critique de film
The revenant

Initialement prévu avant le tournage de l'oscarisé Birdman, The Revenant aura pleinement bénéficié de l'expérience hors norme d'un film conçu comme un seul et unique plan séquence. Tournant le dos à un style jusqu'alors reconnaissable par une volonté affichée de malmener le temps et l'espace, Iñárritu semblait vouloir tirer un trait sur le passé dans une forme de mise en abyme où l'image de son créateur et de son personnage principal ne cessaient de se confondre. Film méta sur le cinéma et la création, Birdman laissait entendre dans un final en forme de saut dans le vide, que le cinéma d' Iñárritu ne serait désormais plus jamais le même.

Retour à l'état sauvage

Un an plus tard, The Revenant confirme cette impression et marque le début d'une ère nouvelle dans la carrière de son auteur. De ce récit mythique et fondateur de l'ouest américain, confrontation entre un homme blessé par un ours et ses compagnons l'ayant laissé pour mort, Iñárritu opte pour une pure logique de survival intense et viscéral où la sensation prend le pas sur la raison. Conçu dans un souci d'authenticité absolument dément, entre conditions météorologiques extrêmes et tournage en lumière naturelles, The Revenant s'impose comme une expérience hors-norme de cinéma, où la nature sauvage et souveraine dicte aux personnages les règles d'un combat qui questionne la nature de notre propre humanité.

Voyage au bout de l'enfer

Tourné intégralement au grand angle, pour coller au plus près des acteurs et à une réalité distordue, The Revenant nous impose un univers mental hautement subjectif à la manière des modèles du genre que sont le Convoi de la peur de William Friedkin ou le Aguirre de Werner Herzog. L’infiniment grand et l'infiniment petit se télescopent dans le même plan, donnant à la quête de ce héros américain des accents d'odyssée intimiste et métaphysique. D'un duel sanglant sur les rives d'un lac à une bataille épique qui revisite les codes du film choral cher à son auteur, la caméra aérienne et démiurge du chef opérateur Emmanuel Lubezki (Gravity/Birdman) navigue entre les assaillants, alterne les points de vues sans jamais perde de vue l'absurdité du combat qui unit ses hommes dans la violence, le pillage et la guerre.

Calvaire et rédemption

Après l'envol Birdman, Iñárritu fait vœu de silence, délaissant le tumulte sonore et misanthrope du théâtre de Broadway pour une forme qui choisit d'interroger le spectateur par l'image plutôt que par le verbe, à l'image de cette magnifique scène où le souffle de DiCaprio se pose sur les paysages enneigés avant de nous présenter le visage de sa Némésis incarné par l'excellent Tom Hardy. Sans parole et en un subtil enchaînement de trois plans Iñárritu scelle le destin de ces deux personnages que la nature finira par opposer.

Magnifié par une photographie crépusculaire et une mise en scène anxiogène, le chemin de croix de Hugh Glass incarné par un Leonardo DiCaprio mutique et minéral ne connaît aucun répit et bouscule toutes nos attentes. Lacéré par un ours, enterré vivant ou trouvant refuge dans une carcasse d'animal mort, DiCaprio fait preuve d'une abnégation qui force le respect pour donner corps au parcours d'un homme qui devra apprendre à vivre en harmonie avec la nature pour accomplir son deuil plutôt que sa vengeance.

De l'autre côté du miroir

La mue opérée avec Birdman semble complète, débarrassée du désir de reconnaissance sociale et artistique qui clouait encore au sol le personnage de Michael Keaton, le cinéma du réalisateur mexicain s'efface derrière la mécanique du genre pour en bouleverser les fondamentaux de l’intérieur. Au travers d'une mise en scène virtuose, orchestrée autour de plans séquences immersifs, Iñárritu se réinvente en grand cinéaste d'action, loin des terres du cinéma d'auteur célébré qui ont fait sa réputation. Après avoir étrillé le genre super héroïque contemporain avec son précédent film, Iñárritu vient avec The Revenant en proposer une alternative salutaire. Sans être aussi définitif qu'un Mad Max : Fury Road, The Revenant vient rebattre les cartes de l'année cinématographique à venir et s'impose comme le meilleur film de son auteur.

 

Durée : 02h37

Date de sortie FR : 24-02-2016
Date de sortie BE : 27-01-2016
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Critique mise en ligne le 06 Janvier 2016

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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