Critique de film
The Strangers

En deux films, Na Hong-jin s’est imposé comme un passionnant réalisateur de cette récente «nouvelle vague» coréenne aux-côtés (entre autres) de Park-chan Wook, Kim Jee-won et Bong Joon-ho. The Chaser and The Murderer imposaient un cinéma sombre et violent, fasciné par une certaine souffrance physique (on se souvient des ahurissants combats au couteau de The Murderer).  Avec The Strangers, thriller de 2h36, il poursuit ses obsessions (encore une histoire d’horribles meurtres) tout en les saupoudrant d’un mélange détonnant. Car l’une des spécificités de ce nouveau cinéma coréen, c’est sa capacité à mélanger les genres d'une façon assez inédite, de casser  les codes pour se permettre de faire rire au milieu du drame sans que cela ne jure avec le reste du film.

Ici Jong-goo, le personnage principal, policier maladroit et un peu enrobé d’un village de montagne, doit enquêter sur une étrange série de meurtres barbares commis par des coupables dans un état second, comme «zombifiés». A mesure que l’affaire se complexifie, sa propre fille tombe malade, l’entraînant dans une course contre la montre pour éclaircir le mystère. Rappelons qu’en Corée du Sud, le film a été un des plus grands succès de l’année, cumulant près de 7 millions d’entrées (sur une population de 50 millions d’habitants). Surréaliste, compte tenu de la radicalité totale et de la noirceur poisseuse du film.

Car oui The Strangers est une expérience éprouvante, longue (même si le film est très rythmé, la durée se fait forcément un peu sentir). Un thriller dur et sans moment de respiration. On parlait plus haut de l'humour qui s'infuse dans les replis de l'horreur. Mais toute la qualité du film est de ne pas en faire des gags hors-sujet, mais bien au contraire de creuser organiquement une forme d'absurdité existentielle qui plonge les personnages dans un abyme de violences: violence xénophobe, violence des rapports entre villageois et plus globalement, violence intrinsèque à l'homme.

Malgré ce mono-thème morbide, The Strangers étonne par cette capacité à se réinventer sans cesse et à parvenir à surprendre scène après scène. D’un pitch finalement plutôt banal, le film développe un récit dense mêlant croyances locales et réflexions universelles sur le mal. En plongeant tête la première dans un océan de noirceur de plus en plus visqueux, The Strangers, qui peut par certains aspects paraître assommant (sa durée, sa pugnacité à saigner etc.) finit par dépasser le divertissement policier (aussi intense et maîtrisé soit-il), pour incarner la représentation d'un mal extrême et purement gratuit qui laisse un arrière goût désagréable en bouche.

The Strangers est sans doute le film le plus fou que vous pourrez voir en salles cette année.  Fou car imprévisible d’une scène à l’autre. Fou parce malgré sa durée étendue, le rythme ne semble jamais faiblir. Fou parce qu'une scène de chamanisme y atteint une intensité qui va vous faire arracher les accoudoirs de vos sièges. Fou parce qu’il ose aller dans des recoins obscurs bien peu visités par le cinéma. Un film unique, la confirmation d’un auteur qui compte et va très certainement compter encore plus dans les années à venir. Un ride furieux qui ne peut décemment pas laisser indifférent et encore moins indemne.

Durée : 2h36

Date de sortie FR : 06-07-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

john warsen
22 Juillet 2016 à 22h59

Que penses-tu de la fin du film ? Le fait qu'on y voie le shaman prendre des photos me fait penser que finalement, le diable c'est celui qu'on désigne comme tel.
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 07 Juillet 2016

AUTEUR
Grégory Audermatte
[175] articles publiés

"Schizophrène cinéphile qui s'éclate autant devant The Hobbit que devant un  B&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES