Critique de film
The Voices

 

La carrière de Marjane Satrapi ne va jamais là où on l’attend. Après le succès de Persepolis, est venue la déception de Poulet aux Prunes et l’échec cinglant de La Bande à Jotas. On est du coup intrigué en apprenant qu’elle réalise en solo (sans Vincent Paronnaud) son premier film américain, d’autant plus que le casting assez sexy met l’eau à la bouche. Notons aussi qu’elle n’en est pas l’auteur, The Voices a été écrit par Michael R. Perry, scénariste de Paranormal Activity 2. Il est bien connu que certains réalisateurs qui se sont illustrés par un univers visuel très marqué réussissent souvent mieux certains films de commande que des films auto-produits où leur délire n’est absolument pas contrôlé et peut s’avérer épuisant. Le cas de Satrapi le prouve une fois de plus, The Voices est tout à fait réjouissant.

Ryan Reynolds joue Jerry, un employé dans une usine de baignoires situé dans un petit village. Il est plutôt du genre timide et maladroit et a le béguin pour la secrétaire de la compta. Tout commence par l’organisation d’un barbecue, comme ces comédies indés qui égratignent un peu trop facilement l’ambiance du travail. On se rend progressivement compte que ce Jerry souffre de quelques problèmes mentaux de plus en plus inquiétants. Il ne prend pas ses cachets, et commence à dialoguer avec ses animaux de compagnie dans un délire schizophrénique assez hilarant. Les conflits entre le diabolique chat Mr.Whiskers et le bon chien Bosco tourmentent le pauvre Jerry qui semble porter sur ses épaules l’ange et le diable.  Avec de multiples ruptures de ton souvent très habiles, le film bascule petit à petit dans une bizarrerie plutôt plaisante. Et quand Jerry va commettre l’irréparable bien malgré lui, alors qu’il n’avait aucune mauvaise intention, The Voices parvient à maintenir l’équilibre entre l’incongruité absurde des situations et l’horreur tragique sous-jacente. C’est à la fois un thriller psychologique assez angoissant et une joyeuse comédie macabre, un mélange qui évoque parfois le cinéma de Polanski. Et cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu une aussi judicieuse utilisation du gore, où tout se joue dans la perception de la réalité.

Mais surtout, ce film doit beaucoup à la performance sublime de Ryan Reynolds. Il faut voir l’inquiétude profonde qui transparaît dans son regard derrière sa tête de benêt. Sa fragilité candide illustre à merveille la perte absolue de repères entre le bien et le mal. Quand le film n’évite pas toujours certaines facilités ou maladresses (on ne nous épargne pas l’explication laborieuse du trauma enfantin), c’est bien lui qui réussit à nous accrocher et épouser à merveille l’étrange ambivalence du film, à transformer un projet aussi casse-gueule en réussite, certes pas transcendante, mais réelle.  

Durée : 1H47

Date de sortie FR : 11-03-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Septembre 2014

AUTEUR
Viguen Shirvanian
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Insatiable cinéphage qui aime les grands mélos lyriques, la Nouvelle Vague française, le pinku...
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