Critique de film
The Walk-Rêver plus haut

« Je ne peux pas vous dire pourquoi cela est arrivé mais je peux vous montrer comment cela s'est déroulé », loin d’être anodine, cette phrase adressée aux spectateurs par un Joseph Gordon Lewitt installé au sommet de la statue de la liberté pourrait être celle de Robert Zemeckis en parlant de son nouveau film The Walk. Conteur hors pair, Zemeckis aura toujours mis au cœur de ses créations la notion d'émerveillement par l'image avant de donner au spectateur les clés de lecture de son cinéma. Déjà au cœur de l'excellent documentaire de James Marsh (Shadow Dancer) Man on the Wire, l’extraordinaire traversée du funambule Philippe Petit entre les deux tours du World Trade Center est ici abordée sous un angle nouveau et substitue aux rares images d'archive la puissance d'évocation de la fiction.

L'enfance de l'art

Passé une première demi heure parisienne à l'esthétique de carte postale animée où le souci d’authenticité linguistique de Zemeckis semble confiner ses comédiens dans un exercice maladroit d'imitation de l'accent français, le film prend son envol avec l'arrivée de Philippe Petit et de ses comparses sur le sol américain. Le doute et la peur laissent place à l’excitation de l'instant tant attendu, la caméra épouse les courbes monstrueuses du bâtiment dans un ballet aérien sublimé par une technologie 3D arrivée à maturation et dont Zemeckis reste un des meilleurs ambassadeurs. Après un faux départ aux airs d'Amélie Poulain et d'Hugo Cabret, The Walk adopte la structure classique d'un film de hold-up avec constitution d'une équipe, élaboration de plan et ajustement de dernière minute mais transforme l'exercice en réflexion déguisée sur l'art de la création. Point de diamant ou de microfilm à la clé mais l'expression d'une passion artistique capable de faire lever les yeux vers le ciel.

Sur le fil

Suspendue à 475 mètres de hauteur, la caméra de Zemeckis embrasse le vide aux côtés de Philippe Petit dans une forme d'expérience cinématographique inédite et vertigineuse. Au cœur de l'action le spectateur retient son souffle et avance en apesanteur pour vingt minutes qui redonnent au pari insensé et réussi du funambule français toute sa force d'attraction. Difficile de ne pas voir derrière Philippe Petit et son équipe de doux rêveurs le portrait de Zemeckis face à son propre métier de raconteur d'histoire repoussant sans cesse les limites de son art, à l'instar de ce que le réalisateur de Seul au monde a accompli depuis dix ans autour du cinéma virtuel et de la 3D avec Le pôle express, Beowulf et Le Drôle de Noël de Scrooge.

Retour vers le futur

Projet de longue date, initié il y a plus de dix ans dans une Amérique encore marquée par l'effondrement du World Trade Center, The Walk ne fait pas l'impasse sur la symbolique qui entoure désormais les deux tours mais célèbre le pouvoir d'enchantement exercé en 1974 par la vision de Petit sur l'inconscient collectif de ses contemporains. Une manière poétique et politique pour Zemeckis de plaider pour le type d’imaginaire que l’on souhaite transmettre. Une image de beauté contre une image de terreur. Dix ans avant le Dr Emmett Brown et Marty Mc Fly, Philippe Petit avait trouvé une manière bien à lui de changer le futur.

Durée : 02h03

Date de sortie FR : 28-10-2015
Date de sortie BE : 14-10-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 22 Octobre 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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