Critique de film
Théo et Hugo dans le même bateau

Olivier Ducastel et Jacques Martineau sont de retour, déjà auréolés du Teddy Award à la dernière Berlinale, avec ce joli film et leurs thématiques de prédilection. Près de vingt ans après Jeanne et le garçon formidable, comédie musicale avec dans le rôle titre Matthieu Demy, c’est dans un registre pour le coup, plus incarné et charnel qu’ils mettent en scène leurs nouveaux protagonistes. Théo et Hugo respectivement interprétés par Geoffrey Couët et François Nambot, deux jeunes premiers qui se livrent entièrement et pour la première fois. Gageons que cette audace leur portera chance.

Le film s’ouvre sur le rythme pulsé d’une électro « sexy », dans la lumière rouge et feutrée d’un club exclusivement masculin, où des corps anonymes pour la plupart, se caressent, s’étreignent et jouissent ensemble. La caméra s’attarde sur le visage de Théo, qui cherchant du regard alentour, aperçoit celui qui occupé par ailleurs va faire naître en lui un désir d’autant plus irrépressible, qu’excité visuellement. De caresses en fellations et à la faveur d’un heureux enchaînement, ils se retrouvent face à face, dans une parfaite symétrie, mais nous en avons déjà trop dit. Après cette séquence parfaitement chorégraphiée dans laquelle nos jouisseurs ont « fabriqué de l’amour », ils quittent la back-room le coeur léger, un peu comme s’ils sortaient de la piscine, fraîchement rassérénés, apaisés et bien dans leur peau. Il est amusant de les voir monter les escaliers du club et rejoindre la sortie, d’un pas alerte, cheveux au vent et détendus du gland. On est pas bien là ? C’est aussi toute la beauté du geste (d’une durée aussi inédite), rendre au sexe en le montrant, ses vertus et ses bienfaits en prenant le parti d’un acte joyeux.

Bien sûr, lors de cette étreinte il s’est passé quelque chose entre eux, qui va progressivement les conduire sur les chemins de l’amour, dans les rues d’un Paris encore endormi. Ils sont de toutes les images jusqu’à l’aube. Au coeur de la nuit il est question du VIH et de conduites à risque, car Théo grisé par son désir, a fait preuve de naïveté pour ne pas dire d’inconséquence, en ayant foi totalement en son partenaire, aveuglé par l’assouvissement d’un plaisir tant convoité. Le film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau ne souhaite pas s’inscrire dans la catégorie « campagne de prévention », mais parle plutôt de « trouée documentaire » dans le sens où les films imitent parfois le réel, il faut par conséquent savoir appelé un chat, un chat quand cela est nécessaire, comme « le traitement post exposition (TPE) », suite à un rapport non protégé, qui donne lieu à l’hôpital, à une saynète également savoureuse. Filmée en temps réel comme leur rencontre et leur déambulation post et pré-nuptiale (c’est aussi tout le charme), ils se disputeront, se consoleront et s’aimeront puisqu’ils sont à présent dans le même bateau.

Le film conjugue très bien toute ces intentions dans un équilibre subtil et poétique, mêlant crudité et crustacé, quand les angoisses liées à la sexualités se mêlent au vertige d’un amour naissant. La réalisation de Ducastel & Martineau, (produit avec peu de moyens soit dit en passant) est jugée parfois naïve, mais par les temps qui courent, fidèles à leur filmographie, voir leur cinéma pourrait bien devenir, au-delà de la cause LGBT, un acte politique.

Barbara Alotto

Durée : 01h37

Date de sortie FR : 27-04-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Avril 2016

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