Critique de film
3 Billboards : Les Panneaux de la vengeance

Annoncé comme un chef-d’œuvre suite à sa récente razzia aux Golden Globes – meilleur film dramatique, meilleure actrice, meilleur acteur dans un second rôle et meilleur scénario –, le troisième long métrage de Martin McDonagh débarque en Europe auréolé de ses titres honorifiques et prêt à conquérir le public cinéphile.

Il était une fois

Three Billboards, Les panneaux de la vengeance raconte l’histoire de Mildred Hayes qui décide, neuf mois après le meurtre de sa fille, de réagir face à l’inaction des autorités et d’inscrire sur trois panneaux menant à sa ville un message dirigé contre le chef de la police, le respecté William Willoughby (Woody Harrelson). C’est l’apparition soudaine de la tragédie, un élément matériel qui vient perturber le destin paisible d’une communauté. Véritables personnages à part entière, ces trois panneaux ravivent les blessures et les rancœurs, font rejaillir les tensions oubliées, les histoires que les habitants s’efforçaient d’enterrer et ouvrent la porte aux réactions les plus disproportionnées. Fortement inspiré par le cinéma des frères Coen et de Tarantino, McDonagh emprunte aux premiers une de leurs actrices fétiches (Frances McDormand), leur compositeur (Carter Burwell), leurs personnages de losers et leurs situations cocasses, et au second son penchant pour l’hémoglobine et la violence spectaculaire. 

En quatrième vitesse

Le film est fluide et rythmé mais ne laisse aucune respiration. Les scènes s’enchaînent avec le même degré d’intensité et d’importance, chaque scène étant écrite comme un climax, un morceau de bravoure. 
Grande machine à émouvoir, généreuse et divertissante, le film manque cruellement de subtilité. La volonté de plaire et l’ambition de faire un grand film sont perceptibles, si bien que le cinéaste perd le sens de la mesure. Les personnages sont chargés des pires pathologies, chacun ayant ses problèmes et ses carences. La panoplie est vaste – du cancer à l’alcoolisme en passant par le racisme et la violence conjugale – donnant au film un goût de mélodrame indigeste.
Malgré ses bagarres, suicide, deuils et incendies, le réalisateur ne semble toujours pas rassasié et ajoute des effets artificiels destinés à affirmer son originalité de scénariste, et sa patte de metteur en scène. Un flashback d’une dispute avec la fille disparue vient apporter son lot de pathos, soulignant, si besoin était, la culpabilité et la tristesse de Mildred. Une biche apparaît sous les fameux panneaux et voilà la séquence « poético-onirique » (très peu inspirée) mise en boîte, il y en aura pour tous les goûts ! 

Noir et blanc

Cette surcharge d’événements est dommageable tant les personnages trouvent par moments le ton juste. McDonagh s’amuse à instiller son humour noir et cynique qui dépasse le cadre un peu trop étriqué du mélodrame naïf qui nous est présenté. Il réussit – grâce à des dialogues savoureux où son humour corrosif peut exploser – à faire rire malgré les horreurs du scénario. Le film fonctionne lorsqu’il privilégie la simplicité aux coups de théâtre. Lorsqu’il fait confiance à ses personnages et qu’il les laisse se rencontrer. Le film se dresse alors en terrain d’essai, en terreau expérimental où les ordures ne sont pas totalement abjectes ni les saints exempts de tout reproche. Le réalisateur permet l’ambiguïté et les personnages ne terminent pas le film comme ils l’ont commencé. Si physiquement ils en prennent plein la tronche (brûlés, mutilés, blessés ou morts), cela influe inévitablement sur leur état d’esprit qui change au cours du film : ils évoluent, pour le meilleur ou pour le pire.

Salauds en liberté

Superbement interprété, Three Billboards vaut surtout pour ses acteurs : Frances McDormand est saisissante de force et de détermination, les petits rôles apportent tous le second degré et l’humour du film (citons l’excellent Peter Dinklage, drôle et touchant), mais c’est surtout Sam Rockwell qui justifie totalement son prix d’interprétation. Ambigu, insondable et énigmatique, il donne une dimension humaine à un personnage détestable. Sa haine profonde n’apparaît que comme le reflet d’un mal-être, le cri de détresse d’un homme incapable d’aimer. Son policier imbécile et méchant se mue alors en être sensible et troublant. Le long plan-séquence qui le voit traverser la rue pour extérioriser sa colère est la scène la plus réussie du film. Plus de scories, plus d’effets, mais un homme vidant ses tripes, filmé avec maestria. C’est lorsqu’il s’affranchit de l’obligation de produire que Three Billboards surprend réellement. Les personnages se dévoilent alors tels qu’ils sont, monstrueux mais humains. C’est beau et c’est laid à la fois. La vie, quoi…

 

Durée : 01h56

Date de sortie FR : 17-01-2018
Date de sortie BE : 10-01-2018
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 17 Janvier 2018

AUTEUR
Julien Rombaux
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