Critique de film
Tiens toi droite

Trois femmes. L'une est une mère de famille nombreuse (5 filles) modeste à deux doigts du burnout (Noémie Lvovsky).  L'autre est Miss Calédonie, une jolie fille qui désespère de faire quelque chose de sa vie, de ses mains, pour rendre ses parents fiers d'elle (Laura Smet). Enfin la troisième est une femme ambitieuse qui est prête à tout pour décrocher un emploi qui lui permettrait de gagner assez d'argent pour sauver une entreprise de blanchisserie qu'elle possède avec des amies et qui est sur le point de déposer le bilan (Marina Foïs).

Tiens toi droite est un film de résistante, une œuvre militante et rageuse dont l' étendard est un féminisme forcené et salutaire. Ces trois femmes seront toutes présentées à travers leur sexualité. L'une est enceinte, l'autre est une adolescente à la puberté précoce, enfin la troisième utilise le sexe pour parvenir à ses fins. On pourrait trouver paradoxal pour un film féministe d'introduire des personnages féminins sur un critère que l'on cherche à combattre (la femme définie par sa sexualité) toutefois ça fait parfaitement sens dans le film. Car c'est à partir de cette sexualité définie par les hommes (ils mettent enceinte, ils regardent la jeune fille à la puberté florissante, ils sont prêts à marchander des faveurs professionnelles contre du sexe) qu'elles vont se construire une identité. C'est presque contre cette sexualité qu'elles vont enfin pouvoir s'exprimer. Comme s'il leur fallait sortir de cette coquille que représente leur sexualité pour se définir en tant que personne.

Dans leurs trajectoires les personnages finiront par se croiser dans ce qui constitue l'aspect le plus théorique du film. En effet le personnage de Marina Foïs travaille dans une usine de poupées où elle est chargée de diriger un bureau d'études qui doit proposer un nouveau modèle. Miss Calédonie sera embauchée pour être le modèle de ladite poupée. La mère de famille, elle, fera partie avec ses filles du panel de clients donnant des idées. La problématique de la poupée est sans doute le questionnement qui revient le plus souvent dans le féminisme moderne en ce qu'il représente une vision de la femme normée imposée par la publicité et la société dominante patriarcale. Le débat de la poupée revient souvent sur le devant de la scène. Encore cette semaine on annonçait l'arrivée sur le marché d'une Barbie aux proportions plus conformes à la majorité des adolescentes avec de l'acné. Les personnages principaux vont donc s'écrire en dessinant peu à peu l'image de la Femme, comme un modèle supposé remplacer les précédents et établir un nouveau standard. Une espèce mise en abyme du film qui nous propose rien de moins qu'un grand portrait de Femmes.

Tout cela s'incarne paradoxalement dans un film passionnant mais également totalement froid où l'on ne ressent rien pour les personnages. Trop théorique sans doute, trop cérébral dans sa démarche, trop brouillon aussi semblant parfois s'éparpiller dans tous les sens (un peu de harcèlement sur Internet, une histoire de viol collectif, une relation arrangée médiatiquement...) il n'en restera finalement pas beaucoup à l'issue de la projection. Quelques scènes en apesanteur, musicales et chorégraphiées viennent faire œuvre de rassemblement, comme une superbe scène de match de baskets où certaines femmes quittent soudain leurs soutien-gorges. Le symbole est évident, Katia Lewkowicz ne s'en cache pas. Alors on aura beau être en parfait accord avec cette élégie de la femme où les hommes disparaissent peu à peu (effacement littéral et progressif du mari, de l'amant) on ne pourra s'empêcher de s'ennuyer un peu devant ce film qui dans sa colère légitime a sans doute oublié de mettre un peu de cœur et d'âme dans sa démonstration.

 

Durée : 1h34

Date de sortie FR : 26-11-2014
Date de sortie BE : 26-11-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Novembre 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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