Critique de film
Tintin : Le Secret de la Licorne

Lors d'une brocante place du jeu de balle, Tintin se fait croquer le portrait un peu comme sur les hauteurs de Montmartre, sauf qu'à cet instant c'est Hergé lui-même qui lui tend le papier aux lignes claires où son visage de poupon au contour systématique et aux couleurs en aplats se dégage curieusement sans relief dans cet univers en 3D où grouille une vie débordante de détails dans l'arrière plan du cadre. Sur la place du jeu de balle, Tintin flanqué de son éternel Milou se détourne de son créateur pour s'intéresser à une maquette de bateau et Spielberg d'abandonner là aussi la retranscription fidèle pour une adaptation musclée de l'univers du petit reporter belge.

Le film de Spielberg est en réalité un condensé libre de trois volumes, à savoir le Secret de la Licorne, le Trésor de Rackham le Rouge et le Crabe aux Pinces d'Or. Les fans s'y perdront certes un peu surtout en voyant débarquer la Castafiore en plein Maroc et chanter d'une voix cristalline. Mais la surprise est avant tout cette utilisation systématique de la performance capture qui permet au cinéaste de tourner les scènes avec des vrais acteurs avant de céder le tout aux ingénieurs numériques qui transformeront les décors en un univers aux contours entre la BD et le réel suspendu. Les visages sont étrangement peu expressifs, les yeux comme figés mais l'action fluide, nerveuse et les gestes habiles.

C'est Hergé lui-même qui avait donné les droits d'adaptation à Spielberg qui repoussa longtemps le tournage. On sent évidemment une connaissance aigüe du sujet surtout dans cette façon de saisir l'univers dans son entièreté, les Dupont-Dupond, les expressions riches d'Haddock, les multiples personnages secondaires, le côté lisse de Tintin, presque effacé au profit du riche en couleurs Haddock. C'est vrai que Tintin n'est pas forcément très cinégénique, d'où l'importance à ses côtés de Milou dont le réalisateur américain a compris l'importance au niveau du rythme de l'intrigue. On peut toutefois regretter l'absence de Tournesol, personnage incontournable de la saga.

Si la performance capture offre un rendu assez laid en ce qui concerne les visages, elle laisse par contre d'infinies possibilités dans le soin apporté au décor et d'une richesse visuelle époustouflante. Partout dans le cadre se glissent des hommages à l'univers d'Hergé, mais il faut avoir grandi avec les BD pour s'en apercevoir. L'essentiel de l'intrigue ressemble à une longue course poursuite, c'est l'inévitable côté blockbuster de ce genre d'adaptation, il faut que la BD se plie au rythme du cinéma. Spielberg en fait des tonnes, à une course poursuite inédite dans le port de Bagghar (Crabe aux Pinces d'Or), qui faisait elle-même suite à la longue traversée du désert où Haddock est victime d'hallucinations et entame son sevrage, on a droit à de nouvelles explosions visuelles dans un port européen où Haddock règle son compte au descendant de Rackham le Rouge. Too much My Dear.

Tintin ressemble dès lors à un grand film d'aventures, ce qu'Hergé n'aurait sans doute pas renié mais de ses personnages il ne reste pas grand-chose, Haddock oui sans doute, c'est celui qui est le mieux exploité grâce notamment au talent d'Andy Serkis (Golum, King-Kong, César), des autres et de Tintin notamment on regrettera l'absence de relief, ce qui vous l'avouerez est assez cocasse pour un film en 3D.

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 26-10-2011
Date de sortie BE : 26-10-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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