Critique de film
To Rome with love

Aller voir un film de Woody Allen avec une réalisatrice, c’est peu ou prou comme aller voir une compet de saut en hauteur dans laquelle Sergueï Bubka concourt en compagnie de Jean Galfione. Forcément, son regard va être intéressant et ses remarques pertinentes. Cette critique est donc le compte-rendu de nos réflexions croisées et décroisées.

Le maître new-yorkais nous présente donc cette année le 3ème opus de sa tournée européenne. Après le passionnel Vicky Cristina Barcelona et le mitigé Midnight in Paris (pâle copie sans épice du génial La rose pourpre du Caire), Allen dépose sa caméra dans la capitale italienne. Avec tout ce que la cité antique peut engendrer comme fantasme romantique et théâtre culturel en chaque pierre. Le cadre est somptueux, le soleil contribue à la belle photographie (il est vrai quasiment inratable quand on traite de Rome) et tout est prétexte à introduire une des running thématique du réal : la flânerie d’un des protagonistes en quête d’ailleurs, d’autre voire d’un nouvel espace-temps. Et c’est le très prolifique Alec Baldwin qui s’y colle. Il déambule dans les ruelles à la recherche de son passé romain lorsqu’il tombe sur Jesse Eisenberg (The Social Network) dont il va petit à petit, et de manière assez intéressante (parce que jamais annoncé), devenir un espèce de Jiminy Cricket. Une conscience pour éviter au bellâtre de se fourvoyer dans ce dangereux triangle amoureux (autre running thématique) qu’il joue avec Greta Gerwig (sa compagne) et Ellen Page (son désir). 
 
 
Il nous emmène également vers 3 autres histoires dans l’histoire. Et comme toujours, il apparaît lui-même en intello bourré de doutes et de tics nerveux, en questionnement perpétuel sur l’idée même de la retraite et de la mort ; et surtout, il vit très mal la relation avec son futur beau-fils, communiste et pourfendeur du syndicalisme, alors que lui, metteur en scène d’opéra raté et sur le déclin, ne rêve que de dollars en entendant le père du jeune homme chanter sous sa douche. Le tout rythmé par les analyses assassines de sa psychiatre de femme (Judy Davis), jamais avare quand il s’agit de remettre l’animal sa place.
 
Autre chapitre proposé, celui où l’on nous dépeint l’italien moyen (interprété par Roberto Benigni) style métro-boulot-dodo qui se définit lui-même comme le « premier couillon venu » et sa femme comme « la femme du premier couillon venu ». Il vit paisiblement sa vie middle class quand, du jour au lendemain, son existence devient le centre d’intérêt de tous les médias qui le coursent dans toute la ville et qui l’interrogent tant sur la manière beurrer ses tartines que sur sa préférence pour les slips ou les boxers. Sorte de Truman Show à l’italienne, l’idée n’est pas dénuée d’intérêt à la base, mais finit, au fil des pitreries du génial acteur italien, par lasser sur la longueur. 
 
Dernier pan de cette chronique transalpine, les tribulations d’un couple de provinciaux qui débarquent à Rome en y voyant un eldorado et qui, en se perdant de vue par un concours de circonstance, chacun de leur côté, connaissent des aventures extraconjugales exotiques. On retrouve avec bonheur Penelope Cruz (en italien dans le texte grrrrrr) plantureuse en péripatéticienne qui affole le jeune plouc ultra-bigot. L’autre versant du couple, la jeune et innocente Milly (jouée par la ravissante Alessandra Mastronardi, une des locales de l’étape) qui s’égare dans la ville jusque dans les draps de son acteur préféré. L’adultère (autre running thématique) est prétexte à toutes les fantaisies et entraine là aussi son lot de réflexion (pas forcément juste…) sur la trahison et les espaces de liberté dans le couple.
 
 
A l’analyse, la mise en scène est intelligente, le casting au rendez-vous, les thématiques respectées, on rit à plusieurs moments. Donc, tout était là pour se dire « Ce n’est pas un grand Woody, mais j’ai quand même aimé ». Or ici, le film perd complètement en intensité après une très agréable entrée en matière et s’essouffle sans jamais reprendre de vigueur en cours de route. Les étapes obligatoires de sa construction narratives sont trop flagrantes voire trop faciles que pour que cela nous paraisse, comme ça l’est d’habitude, agréable. Ce n’est pas à proprement parler un mauvais moment à passer, mais le tiramisu manque ça et là de ce je ne sais quoi qui fait qu’on s’écarquille les yeux en pourléchant la cuillère. La recette nous glisse sur le palet en ne laissant qu’une impression fade. Le revers de la médaille vient peut-être du fait que l’on sait toujours en gros ce qu’on va voir quand on va voir un de ses films. Mais là, le cru italien qui aurait pu être un millésime delicioso a juste les allures d’un petit vin du patron sans prétention. « Il est peut-être temps qu’il retourne à ses névroses new-yorkaises » me glisse la belle réal. Le « European Woody Tour » a vécu, vivement l’année prochaine, please à Manhattan…
 
Durée : 01h51

Date de sortie FR : 04-07-2012
Date de sortie BE : 04-07-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 17 Juillet 2012

AUTEUR
Alexandre Janvier
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Rédacteur en chasse perpétuelle de nouvelles émotions cinématographiques, de grandes p...
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