Critique de film
Transcendance

Dans un cadre champêtre, une maison paisible, s’aime un couple. Un homme et une femme. Leur beauté sublime l’espace qu’ils habitent. Dehors, derrière une porte en bois brut, s’ouvre un jardin. Une nature affriolante et sauvage mais travaillée par les amants. Ensemble et de leurs mains, ils transcendent leur petit coin de paradis. Ils sont scientifiques, lui, le génie cherchant à rationaliser l’intelligence artificielle, elle, la suiveuse au sourire radieux. Mais ce bonheur apparent se verra mis à mal par l’assassinat du génial mari. Désemparée par l’amour et la douleur, la belle n’aura d’autre intérêt que de transférer l’esprit mourant dans une machine de sa propre invention, capable de conscience.

Problème de vision entre le scénariste et le metteur en scène

Dès les premières minutes et bien avant que ne commence l’intrigue véritable, se pose une rupture artistique. Une scission entre plusieurs points de vue. Alors que l’on parle de manichéisme lorsque l’on évoque Transcendance, il serait intéressant de laisser trainer son regard sur cet élément de l’œuvre. Il paraît assez clair que le scénario tombé dans les mains du metteur en scène occasionnerait une résonnance bien différente. On le sait, Wally Pfister, le directeur photo de Christopher Nolan dont c’est ici le premier film, se refuse depuis des années à utiliser le numérique, préférant ainsi tourner ses films en 35mm. On connaît donc l’aversion du monsieur pour l’instigation des sciences digitales dans toute chose. Le scénariste quant à lui propose une lecture assez évidente. Selon lui, certains types de technologies, ici, l’intelligence et la conscience artificielle, peuvent amener l’humain à avancer vers un futur plus simple ou certains procédés viendraient à améliorer les lois physiques et naturelles. Le scénario transpire cette dernière idée. Mais ne rentrons pas dans un débat sur la course éperdue des avancées scientifiques car ces pages, rappelons-le, n’ont pour amour que le cinéma.

Donc, bien plus (ou bien moins, c’est selon) qu’un simple débarras de tout questionnement existentiel et humain, le film confronte les visions tracées d’un metteur en scène aux idées marquées, d’un employé scénariste confus et de financiers cherchant à évacuer les ambiguïtés pour laisser jaillir les évidences. En surface, les terroristes sont mauvais, les scientifiques fous aussi, ceux qui se questionnent sont les bons. Reste les autres, les insignifiants, nous, ceux qui ne trouvent place dans une logique marketing destructrice cherchant à tout simplifier pour ceux que nous semblons être aux yeux du maître Hollywood.

Au-delà, de ses indéniables défauts et facilités scénaristiques, de ses acteurs en service minimum (voir en sous régime pour certains grands noms) et du prosaïsme de la majorité de ses scènes, Pfister insuffle à son film un ensemble iconique de plans vus mille fois, aux forces pourtant pénétrantes ainsi que quelques scènes d’une véritable et intense beauté. Ainsi l’écran s’éteint comme on éteindrait deux cœurs aux ondes partagées dans une dernière scène entre sacrifice humain et science illusoire.

Jusqu’à laisser le héros télécharger un virus fatal en mouillant ses mains de sang. Et l’amour de dépasser l’inconscience virtuelle pour laisser exploser les corps en millions de pixels avant le néant, l’extinction des regards de feu numérique irradiant les amours éternels. Avant le renouveau des vies animales et de la mort aussi. 

Durée : 1h53

Date de sortie FR : 25-06-2014
Date de sortie BE : 02-07-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 08 Juillet 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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