Critique de film
Une bouteille à la mer

Comment expliquer le conflit israélo-palestinien aux ados ? C'est sans doute la question à l'origine de la réalisation d'Une bouteille à la mer, le dernier film de Thierry Binisti. Normal, me direz-vous, le film est directement adapté du livre pour la jeunesse de Valérie Zenatti Une bouteille dans la mer de Gaza qui raconte l'histoire de Tal (Agathe Bonitzer), jeune française installée à Jérusalem avec sa famille et de Naïm (Mahmud Shalaby - Les Hommes Libres), jeune palestinien vivant dans la bande de Gaza.

Ecrit en collaboration avec l'auteur du livre, le film explore la thématique du conflit à travers le regard de deux adolescents séparés par quelques kilomètres mais à des années lumières d'une compréhension des politiques qui dans les deux camps président à leur quotidien, à savoir les attentats kamikazes pour elle, les raids aériens et les incursions pour lui.

Pour leur donner l'occasion d'exprimer ce qu'ils ressentent, Valérie Zénatti imagine une correspondance épistolaire, Tal par l'intermédiaire de son frère militaire jette une bouteille à la mer contenant une lettre pour amorcer un dialogue sur ce conflit dont le sens lui échappe. De l'autre côté, Gazaman, le nom d'emprunt de Naïm lui répond depuis un cyber café. Les premiers échanges sont froids, il lui dit pouvoir lui expliquer comment fabriquer une bombe, elle lui demande comment on peut tuer des gens innocents, à la méconnaissance des enjeux va succéder une description fidèle du quotidien. A la faveur du temps qui passe, Tal et Naïm vont développer des liens d'amitié, flirtant avec l'amour et offrant surtout un éclairage sur leur vie physiquement séparée.

Réalisé en lumière naturelle (qui écrase parfois un peu l'image), tourné entièrement en Israël, Une bouteille à la mer a l'intelligence d'éviter toute forme de didactisme et a le mérite de jongler avec les langues, ce qui est de plus en plus rare. N'ayant jamais la prétention de proposer une forme de résolution au conflit, le réalisateur et la scénariste ne font qu'amorcer le dialogue, le dialogue entre les jeunes générations qui ont la capacité de trouver une échappatoire à la violence. Il s'agit de bâtir par le verbe un pont entre les deux sans jamais fournir d'explication.

Passant d'un quotidien à l'autre, Une bouteille à la mer ne prend pas parti mais n'évite jamais de pointer les responsabilités des deux camps. Valérie Zenatti a passé toute son adolescence en Israël, elle tente de rester objective. Si la relation de Tal et Naïm est une métaphore du conflit, le traitement de la fin est assez intelligent. Le point de passage d'Erez que l'équipe du film a réussi à filmer, fait froid dans le dos et prouve bien qu'il y a une inégalité des rapports de force. Naïm qui, à force de persévérance, a réussi à apprendre le français, reçoit un visa pour partir étudier en France. C'est grâce à Tal (elle lui a appris à parler français) qu'il parvient à s'extirper de ce lieu où il était condamné quittant sa mère et la misère qui l'entoure. Ce qui sans être un parti-pris sur le fond semble toutefois logique, la clé de la liberté pour les palestiniens est quelque part entre les mains des israéliens.

Les comédiens apportent le sérieux nécessaire à l'entreprise et l'économie des moyens au niveau de la mise en scène ne devient alors qu'anecdotique, parce que la mise en scène est portée par Agathe BonitzerMahmud Shalaby et la merveilleuse Hiam Abbass qui joue le rôle de la maman de Naïm et lui apporte une douceur et une force d'une élégance rare. Un film réussi sans être manichéen alors qu'il prenait tout de même racine sur un sujet hautement glissant. 
 

Durée : 1h39

Date de sortie FR : 08-02-2012
Date de sortie BE : 22-02-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 20 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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