Critique de film
Une merveilleuse histoire du temps

Oh le joli cocktail à Oscars que voilà !

La recette est ancestrale. On prend un biopic comme base d’ingrédient. C’est tendance, le label « histoire vraie » est une gage de succès… aujourd’hui plus que jamais. En l’occurrence, il s’agit du  cosmologiste et physicien Stephen Hawking rendu célèbre pour ses travaux sur les origines du temps. On l’adapte d’un roman, ici celui de l’épouse du physicien. On s'appuie sur un sujet fort qui mettra tout le monde d'accord. Hawkings a été diagnostiqué à l’âge de 20 ans avec la maladie de Lou Gehrig, une maladie neuro-motrice qui conduit à une progressive paralysie des muscles. On secoue le shaker en rajoutant un litre d’Actor’s studio, Eddie Redmayne a d’ailleurs remporté le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique pour sa « performance »… On dispose ensuite sur la fine pellicule un zeste de morale religieuse (lui est athée, sa femme est croyante qui avouera que l’autre a raison ?), une once de catharsis et enfin un filet d’happy end…

Bingo ! On obtient : Une merveilleuse histoire du temps, sous-titrée… l’histoire extraordinaire de Jane et Stephen Hawking. Merveilleuse, extraordinaire, les producteurs se frottent les mains, l’académie est aux anges !

Le Temps du couple

Mais à y regarder de plus près… 2h03, l’histoire du temps s’étire, histoire du temps à travers une histoire de couple filmée comme celle qu’on aurait pu immortaliser sur les VHS de notre adolescence. Chapitre 1 : la rencontre. Soirée étudiante où les regards se croisent pendant que le temps se suspend, sourires gênés et complices. Chapitre 2. Les hésitations. Tu veux sortir avec moi ? Oui mais je suis avec un autre. Ok je t’attendrais alors. Chapitre 3. La concrétisation. Tu viens au bal de la Prom avec moi ? Je t’embrasserai sur le pont des amoureux après avoir regardé le ciel s’embraser à la lueur d’un feu d’artifice. So romantic ! Chapitre 4. Le temps de l’obscurité… déclenchement de la maladie, climax de la relation, si l’on peut s’exprimer ainsi. Quitte moi avant qu’il ne soit trop tard. Non, je reste, marions-nous, je prendrais soin de toi. Etc… etc…

Deux acteurs five stars + Frank Leboeuf

Pas grand-chose de cinématographique à se mettre sous la dent ! Pire, le traitement de l’histoire est navrant… On parle d’un des génies contemporains et le réalisateur, James Marsh, pourtant remarqué pour son dernier long Shadow Dancer, choisit de traiter le tout sous le prisme de l’histoire d’amour. La nature des trous noirs évacuée en deux traits de craie sur un tableau noir, le big bang balancé en trois phrases de cours magistral dans un amphithéâtre… Tout est noué autour du couple, comme une constellation qui réfléchit une lumière déjà morte. On peut lui en vouloir à Marsh mais avec un casting de cette trempe, difficile d’y échapper ! Ici même, nous qualifions la découverte Felicity Jones d’ « amoureuse merveilleuse » pour sa prestation dans Like Crazy où elle avait le culot d’éclipser Jennifer Lawrence… Si la composition d’Eddie Redmayne se joue avant tout dans un rapport de déconstruction du corps et des mouvements, pour ne laisser filtrer que l’intensité souriante de son regard, celle de Felicity Jones nous bouscule à travers une palette d’émotions assez inouïe. De l’amoureuse ingénue à la femme brisée, de la compassion à la lassitude, de la douceur à l’aigreur… Son visage se transforme au fil du film, kaléidoscope des sentiments. Elle devient le sujet de ce temps tournoyant autour du corps meurtri de Redmayne, crispé sur son fauteuil roulant. On finit par ne plus regarder qu’elle… peut-être pour cesser de s’apitoyer sur lui… Et on en oublierait presque l'apparition tout à fait incongrue de Frank Leboeuf en Docteur suisse !

Pour être honnête, l’angle a quelque chose d’intéressant… c’est rare de voir les personnes concernées avouer que la prise en charge d’une personne handicapée est un fardeau… Le réalisateur insiste largement sur ce point. Felicity Jones qui incarne Jane Hawkings, la première épouse du cosmologiste, est victime de cette débauche d’énergie, ça finit même par la rendre agressive, haineuse. Stephen Hawkings lui coincé dans un corps immobile ne peut que constater l’épreuve du temps sur le visage de sa compagne et les rides de l’exaspération se dessiner sous des yeux qui noircissent avec les années. L’histoire, triste, nous apprendra qu’il divorcera de sa seconde épouse pour maltraitance comme si c’était inévitable… tout cet amour pour ça se dit-on en sortant de la salle… On se retrouve aussi impuissant devant ce cinéma biographique qu’Hawkings face aux sentiments qui se fanent autour de lui, malgré tout l’amour du monde, sa maladie éprouve les sentiments pour les aspirer dans un trou noir sans fin.

Durée : 2h03

Date de sortie FR : 21-01-2015
Date de sortie BE : 21-01-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 21 Janvier 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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