Critique de film
Une nouvelle amie

Tout était pourtant bien parti ! Ambiance série américaine avec flash-backs auréolés d’une lumière digne d’un conte de fée, Romain Duris troublant en travesti, aussi désirable que Grace Kelly, foulard au carré dans le coupé décapotable de La main au collet, et aussi scary que le Dr. Robert Elliott de Pulsions. Ozon brouille les pistes d’une intrigue aux multiples visages qui déjoue les préjugés et dédouble les chemins de traverse de l'identité sexuelle… Où compte-il donc nous emmener ? Pas très loin malheureusement, très rapidement après le premier quart, le film s’enlise dans les clichés, pire il fait du surplace en se répétant à l’infini, tournant sur lui-même pour finir par se bouffer… la queue.

Le pitch : Claire (Anaïs Demoustier) déprime. Sa meilleure amie vient de décéder et elle ne s’en remet pas. Alors qu’elle rend visite à David (Romain Duris) le mari de cette dernière dont elle a promis de prendre soin, elle fait une découverte surprenante. David est habillé en femme (ne criez pas au spoiler, cet élément de l’intrigue intervient dès les 10 premières minutes). Elle le traite d’abord de pervers avant de se raviser et de rentrer dans jeu car sous les traits de celui qu’elle appelle désormais Virginia, Claire retrouve une nouvelle amie.

Références multiples mal digérées

La force du film est aussi son point faible, Une nouvelle amie n’est d’aucun genre. Transgenre certes mais surtout polymorphe, entre la comédie surannée et le thriller psychologique, entre la satire religieuse et l’œuvre militante. Clin d’œil au Victor Victoria de Blake Edwards, allusion au Psychose d’Hitchcock, glissant de Certains l’aiment chaud à  Laurence Anyways sans en avoir la force poétique. Ozon ne cherche pas à faire des œuvres aussi émouvantes que Dolan, il badine avec le travestissement sans lui trouver de ressorts psychologiques, il les évite soigneusement mais ne peut y échapper.

Quelques exemples : Claire dit à David qu’il doit se faire soigner, que la comédie a assez duré. Son mari (Raphaël Personnaz) suggère qu’un enfant peut être élevé par un père veuf mais pas par un homo, les beaux-parents sont abasourdis de trouver leur gendre déguisé de la sorte (peut-être pour une soirée en pleine journée), le comble du kitsch étant atteint lors d’une séquence dans un club incarnant la tolérance et le mythe d’une cendrillon travestie. Tout ça manque résolument de finesse car à trop vouloir embrasser, Une nouvelle amie vacille et n'approfondit rien, petit mascara de surface qu'on efface d'un revers de main, comme un rouge à lèvres révélateur.

Au bout du conte, on finit par ne plus savoir à quel sein se vouer et on considère l’entreprise tour à tour ridicule ou au mieux ennuyeuse mais absolument jamais émouvante ou distrayante. Ce qui est préjudiciable au plaisir cinéphile, vous me le concéderez.

Certes le duo fonctionne, Duris délivre une partition sans fausses notes, si belle en Virginia qu’on a envie de lui enlever délicatement son porte-jaretelles, la tension sexuelle permanente est d’ailleurs une des réussites du film. Demoustier en petite ingénue succombant à la tentation de l’amour ne démérite pas, mais elle évolue constamment dans l’ombre du double David/Virginia. Les autres personnages, secondaires (Personnaz en tête), sont totalement anecdotiques, souffrant d’un manque d’écriture et d’une caractérisation assez sommaire. Que restera-t-il d’Une nouvelle amie ? On hésite entre le sourire triste de Duris, sublime incomprise mélancolique, ou une séance d’épilation du bas du dos, ce qui vous donne un ordre d’idée du grand écart permanent tenté par Ozon. 

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 05-11-2014
Date de sortie BE : 05-11-2014
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Critique mise en ligne le 10 Novembre 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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