Critique de film
Une Nouvelle année

Igor et Zhenia sont très amoureux. Ils sont jeunes mariés et vivent à Moscou, où Zhenia a trouvé un emploi dans un journal branché. Igor faute de mieux, fait le taxi clandestinement. Elle est vive et joyeuse et souhaite s’amuser, vivre sa jeunesse entièrement, ne rien sacrifier. Igor est plus grégaire et réservé, sa vie de couple est l’essentiel de son existence. Alors qu’ils font du shopping dans un centre commercial, nouveau paradis de la consommation moscovite, elle voudrait qu’il s’achète une Parka Jaune, car «c’est super cool comme couleur le jaune», mais Igor lui préfère celle plus discrète dans une nuance de marron, même si de cette façon il ressemble à un vigile. Pour les fêtes de fin d’année, elle veut faire une fête à tout casser et s’enivrer avec ses nouveaux copains. Lui, préfère une soirée en petit comité avec ses vieux camarades. Bref, ils ont des problèmes.

Pourtant ils s’aiment tellement fort, que ça crève l’écran (les comédiens Nadya Lumpova et Alexey Filimonov sont tombés amoureux pendant le tournage, une bénédiction pour  ce film). Les scènes d’amour sont très belles, cadrées de façon à laisser apparaître sous la délicatesse en surface, la profondeur de l’étreinte. C’est l’histoire d’un jeune couple qui s’éloigne à une vitesse étourdissante, car au mois de mars ils sont déjà chez le juge pour signer les papiers du divorce. Igor se met immédiatement en ménage. Zhenia continue sa vie de jeune femme indépendante avec sa bande de hipsters, traversée néanmoins par de vertigineux moments de flottement. C’est l’histoire d’un couple qui se délite car socialement ils ne sont pas intégrés de la même façon. Igor souhaite que le foyer seul entretienne la flamme de l’amour. Il ne prend pas le train de la modernité en marche. Un monde d’où il se sent exclu aussi. De jalousies en tensions ménagères, l’écart se creuse, il faut se séparer. Il n’y a pas de drame, juste quelques larmes. Ils sont toujours complices devant le juge, ils rient comme des enfants et se provoquent gentiment. Trop jeune, trop orgueilleux, il est plus facile de se dire adieu.

Cette chronique de la fin d’un couple se déroule pas à pas avec une simplicité telle que s’en est désarmant. Aucune sophistication dans le scénario, reste à savoir quelle liberté Oxana Bychkova a prise vis-à-vis du texte, puisque l’histoire est librement inspirée de la pièce d’Alexander Volodine: « Ne t’éloigne pas de ceux que tu aimes ». Même la mise en scène semble couler de source. La cinéaste est préoccupée par la seule proximité avec les personnages, c’est l’intimité à tous les étages, avec un couple d’acteurs illuminés d’une blanche lumière. Quand bien même il est aussi un reflet de notre époque, le film ne dit rien de plus que ce qu’il énonce jusque la toute fin avec beaucoup de sincérité, dans un ultime lâcher prise, tendre et sublime. Il fallait oser. De ce point vue, les nouvelles de Russie sont plutôt bonnes.

Barbara Alotto

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 20-07-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 20 Juillet 2016

AUTEUR
Le Passeur Invite
[50] articles publiés
test
[en savoir plus]
NOS DERNIERS ARTICLES