Critique de film
Une vie violente

À la vision du nouveau film de Thierry de Peretti, Une vie violente, on comprend aisément ce qui a intéressé Charles Tesson, le Délégué général de la Semaine de la critique, section parallèle du Festival de Cannes qui a pour ambition de défricher les nouveaux territoires de la carte mondiale du cinématographe. En effet, cette fresque politique, historique et intime, d’une folle ambition, brille par sa puissance tragique dans un geste radical qui épouse la force de l’engagement viscéral de Stéphane (son personnage) pour la cause indépendantiste.

« Qu’est-ce qui nous est arrivé ? »

Toute la beauté funèbre du deuxième long métrage de Thierry de Peretti repose sur sa puissance tragique. Car Une Vie violente évoque à la fois la beauté, la sincérité de l’engagement radical dans la lutte armée en Corse à la fin des années 1990, mais aussi ses errements, ses dérives, l’impasse qu’elle constitue par essence. Comment Stéphane (Jean Michelangeli), jeune étudiant qui rêvait jadis de monter à Paris, en est-il arrivé là ? En un long flashback, qui constitue l’essentiel du film, on remonte son parcours fulgurant qui le fait entrer dans le radicalisme : une arrestation pour détention d’armes (un service rendu à des amis, en toute conscience néanmoins), un séjour en prison qui lui fait rencontrer François, un leader du mouvement nationaliste. Stéphane rejoint alors Armata Corsa, groupe armé nationaliste dissident du FLNC. Dans ce premier acte, Thierry de Peretti retranscrit parfaitement toute la beauté, la sincérité et l’utopie qui se dégagent de la pensée militante ; beaucoup de conversations, de débats, notamment en prison, évoquent le sens de la lutte : défendre un peuple et son territoire. On y entend même un chant, « L’Oru », dans un moment de grâce d’un sublime dépouillement, traduisant par là tout l’attachement à la terre corse. Idéalisme et romantisme de la lutte.

Génération sacrifiée

Thierry de Peretti a le sens de l’instant décisif, de l’image qui frappe. C’est justement l’incursion du romanesque dans un récit si proche du documentaire qui marque le film d’une empreinte indélébile. Une Vie violente est librement inspiré de la figure de Nicolas Montigny, jeune militant nationaliste assassiné à Bastia en 2001. Il est constitué d’un mélange d’acteurs professionnels et non professionnels. Il s’encombre de peu d’artifices de montage puisque la mise en scène consiste en de longs plans-séquences qui font vivre personnages et territoire librement. C’est une force, mais c’est quand il sort de ce systématisme naturaliste que la puissance tragique (et lyrique) du film opère à plein. En une combinaison de trois plans et deux transitions (un homme aux abois [cut] / une voiture qui brûle, écho de la sécheresse de l’assassinat inaugural / [fondu enchaîné] sur Stéphane hanté par ce passé et qui voit le piège se refermer inexorablement sur lui), Thierry de Peretti nous saisit et nous fait ressentir viscéralement la portée tragique de son film, cette génération sacrifiée qu’il a voulu représenter. Comme ce chœur de femmes, juges et annonciatrices de la fatalité, digne des plus grandes tragédies antiques : « La règle, c’est la règle… »

Tout cela, Thierry de Peretti nous le fait ressentir par les moyens du cinéma les plus simples, utilisés avec parcimonie et intelligence. Il excelle à installer un climat, à évoquer l’âme corse et les contradictions inhérentes à cet attachement viscéral au territoire, aussi fascinant que destructeur. Dommage dans ces conditions qu’il échoue à traduire l’idée du collectif d’une telle organisation et peine à donner consistance aux personnages secondaires du film. Toute la chronique criminelle manque singulièrement de rythme et de tension dramatique, et sombre parfois dans une certaine confusion au risque de susciter l’ennui.

Durée : 01h53

Date de sortie FR : 09-08-2017
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 24 Août 2017

AUTEUR
Guillaume Saki
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