Critique de film
Vers l'autre rive

I see dead people

Si l’on pouvait convoquer nos morts en leur préparant leurs plats préférés et les voir venir s’asseoir à notre table, se coucher et s’endormir près de nous.

Si l'on pouvait voyager avec eux et les étreindre une dernière fois avant de les aider à passer définitivement la rive, leur demander pourquoi et qu'ils nous murmurent pour simple réponse : "je t'aime".

Si l’on pouvait les faire revivre une heure, une journée, rire avec eux, les voir sourire et les entendre respirer, s’ils pouvaient nous dire pardon juste avant de s’évanouir sereins et de nous embrasser les paupières de leur sourire triste.

Miraculeux

Le miracle du cinéma de Kiyoshi Kurosawa tient en cela, il parvient à faire communiquer les mondes, le terrestre et celui qu’on fantasme, au-delà de toute conscience, « l’hypothétique » qui nous soulage parfois du poids de vivre. Il y parvient avec une délicatesse infinie, avec une pudeur singulière… par petites touches sensibles et surréalistes.

Maîtrisant l’art de l’économie, Kiyoshi Kurosawa suggère plus qu’il ne démontre, montre plus qu’il ne dit et par des cadres mouvants où la lumière et le son se tordent et s’épanouissent il dessine des images qui hantent la rétine comme un kaléidoscope.

Il y a dans ce drame fantastique tout ce que le cinéma peut offrir de plus beau, raconter une histoire d’amour impossible en lui offrant ce que la vie ne permet pas, une portée onirique, un espace où tout est permis, un lieu où l’on peut faire l’amour avec le souvenir.

L’impossible deuil

Ce qui est encore plus beau dans cette histoire entre une femme qui se morfond dans le doute et un homme disparu qui vient raviver son désir, c’est qu’elle donne envie d’aimer avec plus de force. Pour Kurosawa, il n’est jamais trop tard… jamais trop tard pour dire les choses, demander pardon ou pardonner. Ce mort qui revient, qui emmène sa femme dans un voyage où il aide les autres à passer de l’autre côté, cet homme c’est notre culpabilité, celle que l’on soigne quotidiennement pour qu’elle ne nous écrase pas de son poids immense.

Vers l’autre rive prend alors une dimension encore plus universelle, presque théorique, sur le deuil des relations amoureuses et sur la confiance que l'on peut avoir en l'autre. Kurosawa par des scènes plus merveilleuses les unes que les autres aspire le monde en une image et délivre sa magie poétique avec la sérénité d’un sage qui poserait son regard plein de compassion sur l’impossible oubli.

Durée : 2h07

Date de sortie FR : 30-09-2015
Date de sortie BE : 30-09-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 29 Novembre 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
[976] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES