Critique de film
We need to talk about Kevin

We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay vous passera certainement l’envie de faire des gosses. Parce que ça arrive parfois un peu par hasard ou qu’on se dit mais oui pourquoi pas en revenant d’une soirée arrosée comme Eva (Tilda Swinton) et Franklin (John C. Reilley). Neuf mois plus tard, on hurle de douleur et le visage décomposé, on se demande ce qui a bien pu nous prendre, ce jour-là pendant cette soirée pluvieuse et arrosée. Quand l’enfant hurle sans arrêt, qu’on est obligée, pour ne plus entendre ses cris, de l’amener au bord d’un chantier où des marteaux-piqueurs défoncent l’asphalte, c’est qu’on est carrément dans le regret de cet abandon. 

Dans We need to talk about KevinLynne Ramsay pose la question du pourquoi ? La raison qui pousse des adolescents à tuer leurs camarades de classe. Quand Gus Van Sant (Elephant) choisissait de n’apporter aucune réponse psychologique et que Michael Moore (Bowling for Columbine) proposait un débat moraliste sur les armes à feu, la réalisatrice britannique se penche sur la responsabilité parentale en adaptant le roman de Lionel Shriver. Pauvre Tilda Swinton, soulignons d’ores et déjà son courage d’avoir affronté les quolibets, la haine et la violence sourde de son fils de substitution pendant tout le tournage. Ca n’a pas dû être de tout repos mais Tilda Swinton est une actrice fabuleuse, elle peut tout jouer et tout encaisser, son visage traduit l’évolution de sa douleur avec une précision chirurgicale.

Dès la première séquence, Lynne Ramsay annonce la couleur. Son personnage principal, Eva, participe à la Tomatina dans la ville de Bunol en Espagne. Son corps rougi par la chair de tomate est porté par des hommes avant d’être déposé dans une mare sanguinolente. Le rouge, la couleur dominante du film. La réalisatrice qui n’est pas avare de symbolisme, nous la tartinera à toutes les sauces, confiture, sang, peinture, motifs muraux, sièges, boîtes de conserves, éclaboussures de tee-shirt. Le sang comme celui que versera son odieux fils, incarnation du diable, du mal dans toute sa splendeur, haïssant sa mère ou lui faisant payer de ne pas l’avoir adoré dès sa naissance, va t’en savoir. On ne le saura jamais vraiment. 

Si l’analyse psychologique est assez mince, qu’elle s’attache surtout à décrire minutieusement le calvaire d’une femme, avant et après la tragédie provoquée par son fils (elle se prend des coups, des insultes, on la harcèle en somme) et d'une critique légère de la société de consommation, ça se comprend. Lynne Ramsay, photographe de son état, s’est avant tout concentrée sur la mise en scène avec un souci prononcé du détail. Les compositions de cadres sont magnifiques, le montage qui mêle les temporalités fait mouche, guidant le spectateur avec les différentes coiffures d’Eva. La direction d’acteurs est moins sentie, Tilda Swinton n’a évidemment pas besoin d’être guidée pour étaler sa palette entre l’exaspération (mise en valeur par un travail intéressant sur le son) et la résignation mais l’interprétation autistique appuyée de l’enfant qui interprète Kevin dans ses premières années est assez ratée et celle de Erza Miller (Kevin adolescent) façon tueur dans Scary Movie l’est tout autant.

En fait il est surtout difficile de s’abandonner au film, non pas parce que son sujet est délicat et qu’il disperse une violence psychologique avant d’abattre ses flèches, mais parce qu’il est constamment dans l’exagération, la démonstration visuelle, la récitation du champ lexical technique au détriment de l’histoire en elle-même dont on décroche en finissant par la trouver ridicule. Les intentions étaient pourtant prometteuses bien que le sujet ne soit plus vraiment novateur, le caractère odieux du fils poussé à l’extrême (il casse ses jouets, tue le hamster, rend sa petite sœur aveugle, se fait dessus, bousille tout ce qui appartient à sa mère) par une mise en scène outrancière (tout ce qui est suggéré est montré dans un clinquant tape à l’œil organisé) finissent par le rendre tout à fait dispensable quoique d'une beauté plastique largement au-dessus de la moyenne.

 

Durée : 1h50

Date de sortie FR : 28-09-2011
Date de sortie BE : 19-10-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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