Critique de film
Welcome to New York

Les grands noms, les grands visages - j’entends - ceux des grands hommes, ceux dont la face s’est substituée au pouvoir, ouvrent le film. D’abord il y a Depardieu en interview, quelques journalistes s’entretiennent avec l’acteur. Il dit détester les hommes politiques et préférer jouer ceux qu’il n’aime pas, il parle de cruauté, il parle de cinéma. Alors vient un long générique, les noms en lettres capitales des différents créateurs du film s’enchainent de la plus simple des manières, en blanc sur fond noir. Et puis Napoléon, Jackson, Washington, Lincoln et d’autres s’étalent sur l’écran. Statues, billets, drapeaux. Ferrara filme ce que jamais Devereaux n’atteindra, la postérité des hommes puissants, de ceux qui ont marqué l’Histoire. On l’aura compris, le film avancera dans une profonde lourdeur, trainant ses idées comme une pluie d’enluminures sur le néant abyssal de son scénario.  

Assez rapidement le film tourne en partouze animale. Devereaux baise comme un porc, il en pousse en tout cas les cris, et déchire avec ses partenaires les femmes les plus plastifiées à louer leurs intimités ; détrempant ensemble, leurs costards dans les averses de champagne, de salives et de fluides partagés. Cette première partie grotesque transformant l’acteur en pachyderme vénérien, alourdit le propos, déjà pas très fin. Les éventuelles attentes s’étiolent alors dans un vulgaire mouvement de va-et-vient autour du désir sans fin de ce gouffre à coït.

S’attaquer à un sujet aussi sensible requiert rigueur et finesse. Or – et toutes parts gardée de leurs génies respectifs – ni Ferrara, ni Depardieu, ne bénéficient de ces qualités. Ils sont les monstres qu’ils laissent voir, deux artistes immenses, dont la grandeur prend parfois le pas sur la subtilité. Ils démolissent, l’un comme l’autre, les obstacles et les sagacités laissées à l’interprétation. Adieu donc, les étrangetés vampiriques du King of New York, ou le Depardieu tout en introspection des films de Pialat. Ne reste à voir qu’un duo compresseur aplanissant toute velléité de cinéma, mise en scène sans vigueur, sans fièvre, sans désir, et un acteur ne donnant plus à voir que lui-même et son reflet. Aucune mise à nu du comédien ou mises à plat des vérités du cinéaste ne parviendront à nous le faire oublier. Le film est simpliste, parfois bête comme un porno qui aurait oublié de faire bander, souvent con comme un ado qui aurait voulu choquer.

Et puis, le viol. La scène en elle-même est risible mais qu’importe, elle est montrée frontalement, bêtement, cruellement. Quelques minutes plus tard, le scénariste revient à la charge, la femme de chambre explique seconde après seconde l’agression vue trois minutes plus tôt. Elle pleure, bon…

Si cette première partie est la pire, elle ne laisse pas le loisir à la seconde d’exister. Après un procès bâclé et quelques épisodes torchés pourtant ancré dans une indéniable réalité, Devereaux, assigné à résidence donne le ton pour un huis clos fait d’interminables disputes avec sa femme et discussions avec une femme de ménage, philosophie crétine et visions du monde et du pouvoir chétives. Pour se terminer sur un invraisemblable regard caméra, comme un doigt levé bien haut, à tous les flicards, les journaleux, les bien-pensants et les connards, aux baiseurs, aux présidents et aux autres, à vous, à moi. Il s’est bien foutu de notre gueule !

Durée : 2h00

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 21 Mai 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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