Critique de film
Wind River

Scénariste du crépusculaire Sicario (2015) de Denis Villeneuve ou encore du mordant Comancheria (2016) de David Mackenzie, Taylor Sheridan passe pour la première fois derrière la caméra pour clore cette trilogie sur la « frontière américaine moderne » et ses laissés-pour-compte avec Wind River, un néo-western glaçant dans le froid du Wyoming, nimbé des nappes envoûtantes de la voix chaude de Nick Cave. Auréolé du Prix de la mise en scène dans la sélection Un certain regard à Cannes 2017, Wind River ne brille étonnamment pas par sa réalisation, mais plutôt par son écriture, bien que parfois malhabile.

Des personnages sur-écrits et sur-signifiants

Cory (Jeremy Renner) est un pisteur, un chasseur de prédateurs qui œuvre dans la réserve amérindienne de Wind River. Il découvre ainsi une jeune femme, pieds nus, violée et sans vie dans la neige. Un membre du FBI est alors dépêché dans cet environnement hostile pour résoudre l’affaire. La rencontre entre le taiseux Cory et l’émotive Jane (Elizabeth Olsen) se passe sous une tempête de neige, comme pour laisser présager une enquête tumultueuse qui viendra mettre à mal la distribution. Elle sera au contraire banale et sans véritable remous. Taylor Sheridan a néanmoins la bonne idée d’offrir le premier rôle à Jeremy Renner, éternellement condamné à l’arrière-plan dans le paysage cinématographique (Avengers, la saga Mission impossible). Son personnage porte le film sur ses épaules endeuillées – il a perdu sa fille dans d’étranges circonstances –, mais sa présence imposante et meurtrie, en salopette, réconforte. On rappelle constamment à Cory dans la narration qu’il doit empêcher les prédateurs de nuire à la faune et à la flore de la réserve. Taylor Sheridan écrit un personnage de pisteur sur-signifiant, celui du traqueur, non pas des pumas ou des loups, mais des prédateurs sexuels.

Un western glaçant

Le personnage le plus significatif de Wind River, comme dans tous les bons westerns, est très certainement le paysage ; sauf qu’ici, les motoneiges et les gros véhicules ont remplacé les chevaux. Ce paysage hivernal est à la fois terriblement cruel (il tue en raison de températures extrêmement basses) mais aussi précieux parce qu’il recèle de nombreux indices. Le gigantesque manteau de neige laisse des marques. Ainsi, ce sont autant de signes à suivre dans le récit pour les personnages, mais aussi pour le spectateur. Le scénario est littéralement tout tracé.

Sheridan écrit mieux qu’il ne filme

Taylor Sheridan parsème pertinemment des bribes sociologiques dans ses scénarios. Comancheria était déjà une radiographie pertinente d’une Amérique violente sur fond de crise financière. Wind River est également un constat acerbe et alarmant d’une population laissée à l’abandon. Le cinéaste compose une atmosphère irrespirable, et rend habilement compte de la situation tragique et de l’isolement provoqués par la réserve. Le désœuvrement de chaque être humain qui évolue en son sein est palpable. « Il n’y a pas de renforts », explique le shérif à Jane, visiblement préoccupé par les événements. Les longues distances des grands espaces annihilent l’aide et l’espoir. « Il n’y a que des survivants et ceux qui abandonnent », scande Cory dans une envolée métaphysique un peu maigre. L’imbrication d’un flashback, qui vient relativement chambouler le récit, mène vers une séquence cathartique et brutale, mais terriblement anecdotique.

La réalisation n’est pas aussi précise que l’écriture, elle est au contraire hasardeuse et hésitante. Là où Denis Villeneuve filmait le désert comme des peintures abstraites dans Sicario, Sheridan filme ici la neige et le territoire platement, sans vertige. Là où David Mackenzie tournait des séquences de virées turbulentes et sauvages avec Comancheria, le réalisateur de Wind River signe des séquences d’action disciplinées, voire désuètes.

Wind River n’est pas déplaisant, son esthétique immaculée qui cache une noirceur profonde est même charmante. Dommage qu’il s’enfonce trop régulièrement dans une poudreuse de conventions.

Durée : 1h50

Date de sortie FR : 30-08-2017
Date de sortie BE : 20-09-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 02 Septembre 2017

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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