Critique de film
Wolverine : le combat de l'immortel

Dans cet été incroyablement surchargé de blockbusters on a eu tendance à oublier un peu la sortie de ce nouveau Wolverine coincé entre Pacific Rim et The Lone Ranger. Il faut dire que la réputation du premier opus sorti en 2008 et réalisé par Gavin Hood est désastreuse. Film déjà horriblement daté Wolverine premier du nom est un film d’action ringard et cheap peu digne de la trilogie qui le précédait. Cependant ce deuxième épisode s’annonçait sous de meilleurs auspices. Initialement écrit par Christopher McQuarrie (collaborateur régulier de Bryan Singer notamment  Usual Suspects – mais paradoxalement sur aucun des X-Men) et réalisé par Darren Aronofsky le film partait sur d’excellentes bases. Mais ce dernier a rapidement renoncé, reprochant à demi-mot à la Fox de ne pas lui laisser les mains totalement libres sur le projet. Réécrit de fond en comble (au point que McQuarrie n’est même plus mentionné au générique) et récupéré par James Mangold (honnête faiseur dont le seul vrai fait d’armes est l’excellent polar Copland), l’excitation est depuis largement retombée..

Pourtant ce Wolverine sort du lot. Apparaissant comme un stand-alone dans l’univers X-Men, il nous emmène à Tokyo où Logan (fatigué d’être Wolverine) vient rendre un dernier hommage à un industriel japonais qu’il avait sauvé durant la seconde guerre mondiale.  Se déroulant (presque) exclusivement en terre japonaise, The Wolverine joue sur le dépaysement et la confrontation des cultures. Et le concept est plutôt bien tenu, imposant une vraie ambiance asiatique qui, mis à part quelques touches d’humour déplacées, est plein de respect pour la culture japonaise de l’honneur et du sacrifice. Et dans sa construction même, le film se permet des moments de suspension, étonnants pour un film de super héros. Comme lorsque Wolverine et Mariko, la fille de l’industriel qu’il protège, se retrouvent dans un petit village côtier où Logan va aider les villageois à dégager un arbre au milieu de la route sans utiliser ses pouvoirs, à l’ancienne avec ses bras et une hache. Mais paradoxalement ces moments-là ne parviennent pas à imposer une personnalité à une œuvre qui passe 2 heures à se chercher entre thriller peu engageant et éléments super-héros. Le tout s’assemble bien mal et le film paraît brouillon, manque d’homogénéité. Il ne fait rien de ses propositions (la perte de pouvoirs momentanée de Wolverine) et tâtonne pour trouver un ton propre qui lui fera défaut jusqu’au générique final (qui contient paradoxalement, une des scènes post-générique les plus réussies de l’univers X-Men).

C’est particulièrement prégnant au niveau des personnages. La très ratée Viper (qui ressemble un peu trop à la Poison Ivy de Batman et Robin pour être crédible) est le symbole de ce manque d’unité. On ne comprend pas très bien ce qu’elle fait dans l’univers qui nous est présenté, elle n’est pas à sa place. Surtout que The Wolverine aurait pu jouer sur le fait que Logan est le seul mutant du film, d’en faire un paria, hors de l’univers des hommes. Pourquoi alors intégrer ce personnage vulgaire et sans intérêt, si ce n’est pour cocher les cases imposées par ce genre de film ? De même l’excellent personnage de Yukio (jeune japonaise experte en arts martiaux et alliée de Wolverine) est affublé d’un pouvoir de prédiction qui n’est jamais mis à profit et qui ne sert à rien. Enfin ce qui fait également la spécificité de The Wolverine, c’est l’absence d’un grand méchant. Wolverine affronte des yakuzas et des ninjas mais (à part Viper qui est plus une méchante « secondaire ») il n’y a pas de grand génie du mal. C’est une proposition intéressante, qu’il aurait fallu mener à son terme et ne pas contredire in extremis dans une précipitation maladroite et ratée.

Outre cet aspect brouillon, l’autre problème du film est sa « petitesse » dont il ne parvient jamais totalement à faire un atout. Pourtant son projet est là, dans cette vision romantique de Wolverine qui doit faire le choix de renoncer à qui il est et à son immortalité souffrant d’avoir perdu l’être aimé. Souffrance qui ne pourra être vaincue qu’en allant vers l’avant, vers les autres, vers un nouvel amour peut-être. C’est étrangement ces problématiques très terre à terre et humaines qui prédominent dans un film où le spectacle apparaît presque comme superflu, artificiellement hypertrophié une fois de plus pour cocher les cases « scènes d’action » inhérentes au film de super héros. Si l’une de ces scènes est plutôt amusante (une course poursuite sur le toit d’un train à très grande vitesse), le climax boursouflé aux effets spéciaux particulièrement moyens (c’est une constante dans cette série, les effets spéciaux du premier Wolverine étant catastrophiques) est raté et cette brusque tentation de l’épique et du spectaculaire à tout prix convient bien mal au film qui précède.

Dans un été où la destruction massive règne dans les salles The Wolverine aurait pu représenter une alternative avec un film d’action à l’ancienne plus adulte à la tonalité romantique et sombre (ce qui était sans doute, du moins peut-on le rêver, la version McQuarrie/Aronofsky). Mais si c’est le cas sur le papier, à l’écran on  est face à une série B à la qualité très relative qui comme son prédécesseur aura vite fait de tomber dans l’oubli.

Durée : 2h08

Date de sortie FR : 24-07-2013
Date de sortie BE : 24-07-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 17 Juillet 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
[173] articles publiés

"Schizophrène cinéphile qui s'éclate autant devant The Hobbit que devant un  B&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES