Critique de film
Wonder Woman

Ah ce siège dans ce cinéma de Montréal… Tout confort, à la taille du spectateur sur-nourri, qui se nourrira encore et encore pendant les 2h15 minutes de projection. Un litre de Coke diète. Combo Nacho à portée de main. Lunettes 3D qui collent à l’écran IMAX. La promesse d’un spectacle délicieusement calorique.

On est sur l’île Themyscira. Les Amazones, après leur défaite contre Hercule, se sont retirées sur cette île enchanteresse, à la nature luxuriante, à l’architecture désuète et aux riches CGI. Les belles passent leur temps à s’entraîner contre un ennemi mythologique qui pourrait surgir d’une minute à l’autre. Cool, cette origin story reprend les fondamentaux créés par Charles Moulton dans les années 30, soit une héroïne qui viendrait faire la nique au bestiaire masculin des super-héros. Car Moulton a mis un peu de sa cervelle dans Wonder Woman, un peu de ses fantasmes bondage aussi. Moulton est un psychologue, assez renommé à l’époque. Et il désire que les jeunes filles puissent s’identifier à un personnage féminin, courageux et fort, pas uniquement affairée à préparer le repas de son mari bien-aimé. Ca fait des lectrices en plus et ça vendra du papier… Et comme elle sera mignonne, avec sa jupette, les teenagers mâles, libidineux en devenir, apprécieront aussi…

Bref, c’est dans cet Eden féminin que grandit Diana, notre future Wonder Woman (Gal Gadot). Cruche certes, mais efficace au combat, la donzelle. Alors quand débarque Steve Trevor (Chris Pine), Diana y voit l’occasion de l’accompagner sauver le monde. En l’occurrence, ici, il s’agit de niquer les méchants Allemands en pleine Première Guerre Mondiale. Steve, s’il s’emploie à déjouer les plans du Docteur Poison (Elena Anaya, honteusement sous-employée), devra également expliquer la vraie vie, telle qu’elle est, à cette jolie Amazone qui a grandit trop vite. Heureusement que les mecs sont là, hein ! Ensuite, l’attention se disperse… Car, après les déceptions Man Of Steel et Suicide Squad, il s’agissait de muscler ce produit DC. C’est loupé… La première partie insulaire s’avère en fait la plus réussie… Gal Gadot, à la rencontre du monde, affiche éternellement le même masque fait d’incompréhension gnangnan, d’engagement naïf et de haussements de sourcils. Tout cela est quand même gentil et nous vaut quelques réparties assez drôles. L’histoire, elle, patauge comme les Poilus à Hazebroek que Diana viendra sauver à coups de bouclier et de bonnes manières. Les sidekicks se dévoilent. Ils sont attachants mais pas suffisamment pour voler quelques secondes à WW qui occupe l’écran à coups de ralentis maladroits et de quelques jolies scènes de baston, même si déjà vues dans Sucker Punch. Dans le genre, on ne conseillera jamais assez de jeter un oeil sur les Baahubali qui attirent les foules en Inde et ailleurs. Le dernier acte s’étire mollement sur un parking pour un combat peu concernant, au prix d’un twist navrant. La réalisatrice, Patty Jenkins, semble peu s’intéresser au sort de ses personnages et les laisse se taper dessus comme dans un épisode des Power Rangers.

Alors, film féministe comme on nous le vend à gauche et à droite, tel un certificat officiel ? Eh bien non, car notre chère Diane ne trouvera son salut que dans l’ «Amour», cette chose qu’elle proclame dans une des répliques les plus indigentes de ces dernières années. Et l’Amour, ce ne peut être que dans les bras d’un mec, finalement à la manoeuvre. Chris Pine s’en sort d’ailleurs plutôt bien, arrivant à insuffler un peu de nuance à son personnage de beau soldat. On est loin de la Furiosa de Mad Max… Zack Snyder, aux manettes, entre autres, du scénario, aurait pu gommer ces aspects très vintage de la conception de la femme s’il voulait prétendre au brevet de modernité. Au milieu de tout cela, quelques scènes iconiques surnagent. Mention au dévoilement de WW en jupette et un générique de fin d’excellente facture. Pour le reste, la 3D fait le job à coups de jaillissement de flèches et d’un joli travail de profondeur. Wonder Woman, après une brève incursion dans quelques bandes DC plus adultes, nous renvoie donc à un spectacle très calibré pour la famille toute entière, sans la moindre surprise et au premier degré assumé (enfin, on l’espère…). Tant mieux, on vendra encore plus de combos Nacho.

Réalisateur : Patty Jenkins

Acteurs : Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen

Durée : 2h21

Date de sortie FR : 07-06-2017
Date de sortie BE : 07-06-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 04 Juin 2017

AUTEUR
Daniel Rezzo
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