Critique de film
World War Z

Il est loin le temps où George Romero nous terrifiait avec deux zombies qui marchent au ralenti dans un cimetière. World War Z ne nous propose ni plus ni moins qu'une guerre mondiale de zombies avec des morts-vivants par milliers ultra rapides sautant sur leurs proies avec une violence extrême. Brad Pitt est un enquêteur des Nations-Unis envoyé de par le monde pour tenter de résoudre cette soudaine et mystérieuse épidémie qui est en train de réduire à néant l’humanité. Le film prend donc le parti original de créer une intrigue internationale sur fond d’invasion zombie. Nous n'avions littéralement jamais vu ça.

Mais entre promettre un spectacle inédit et réussir à impressionner le spectateur avec du jamais vu il y a un fossé que World War Z ne parvient pas (ou trop peu souvent) à traverser. On sait aujourd’hui que la production du film a été cauchemardesque. Alors qu’il était quasiment terminé, la production a commandé des « reshoots » (tournage de scènes supplémentaires) et au final c’est 40 minutes de film qui ont été retournées notamment pour changer totalement la fin originale. Le budget a d’ailleurs explosé (les rumeurs parlent aujourd’hui de 250M$). Et tous ces tâtonnements se ressentent assez clairement dans le résultat final. Après une première partie plutôt réussie où l’on rentre immédiatement dans le vif du sujet (malgré une mise en scène brouillonne et souvent illisible de Marc Foster), Brad Pitt part enquêter aux quatre coins de la planète dans une construction très épisodique. Si cette structure épisodique n’est pas nécessairement une mauvaise idée, il faut reconnaître qu’elle est très mal gérée. On pouvait s’attendre à un spectacle montant lentement en puissance pour exploser dans un climax final laissant les spectateurs bouches-bées, cependant le choix des auteurs est étrangement inverse, la scène la plus spectaculaire intervenant au milieu du film. C’est la scène qui est vendue dans les bandes annonces et les affiches où le numérique fait des merveilles dans la duplication des corps et on a vraiment l’impression d’une montagne de morts-vivants. Soudain l’accumulation des corps devient une arme à part entière, comme mû par un inconscient collectif (ici plus simplement leur irrésistible envie de chair humaine) tous les zombies se ruent au même endroit et telles des fourmis créent un corps unique géant leur permettant d’atteindre leur objectif. Cette idée, spectaculaire en diable pouvait accoucher d'images iconiques et incroyables mais elle sera finalement très peu mise à contribution. Cette scène terminée (Jerusalem), le film ne propose qu’une irrésistible descente sur l’échelle du spectacle.

Une autre scène sympathique et bien tendue nous maintient en éveil mais nous ne ressentons plus jamais cette menace mondiale, prête à avaler l’humanité entière, ce frisson de fin du monde. Surtout que le film fait dans son dernier tiers le choix désastreux de confiner les personnages dans un lieu clos. Là où justement l’originalité du film était son terrain de jeu ouvert et potentiellement sans limites on se retrouve avec une fin très classique où les personnages principaux se battent contre une dizaine de zombies (en version lente en plus). C’est curieux que les auteurs n’aient absolument pas intégrés cette règle simple et universelle qui veut que dans ce genre de spectacle on garde toujours le meilleur pour la fin.

On peut se poser la question de l’adaptation de ce livre en particulier de Max Brooks car il n’en reste quasiment rien à l’écran. Il était impossible d’adapter fidèlement le livre (qui est un recueil de témoignages sur la guerre des zombies), cependant Brooks proposait des images monumentales et des scènes de guerre apocalyptiques que l’on aurait imaginé retrouver ici. Ce n’est absolument pas le cas. Au lieu de creuser le roman pour y trouver des idées, ils se sont contentés d’en reprendre le titre pour développer un scénario grotesque et surtout antinomique au livre (qui propose une uchronie pseudo réaliste de la guerre des zombies) car pas crédible un seul instant dans sa résolution. Le pire est sans doute aussi le sentiment d’assister à un pilote de série télé puisque la fin ultra ouverte n’attend plus que le public pour valider la ou plutôt les suites prévues par les studios.

C’est donc une relative déception même si le film, du fait de ses problèmes de développement arrive chez nous accompagné d’un bad buzz qui faisait craindre le pire. Marc Foster n’est clairement pas l’homme de la situation, n’étant pas suffisamment geek, ne s’intéressant visiblement pas à la mythologie zombie et surtout échouant globalement à filmer l’action de manière convaincante (la première partie est très brouillonne et repose essentiellement sur une ambiance sombre pour masquer les défauts de réalisation). Brad Pitt quant à lui n’y est pas du tout ! Ce rôle ne lui va tout simplement pas, il n’y croit pas, en gros il est très mauvais. C’est dommage qu’après une carrière quasi sans faute il commence à jouer dans des films sans intérêt (Cogan).

Un mot également sur la classification du film. Proposer une film de zombies PG13 pourquoi pas mais il faut être capable d'apporter une certaine violence à travers le montage ou la mise en scène pour faire trembler le spectateur. Et là c'est totalement raté. A part la première partie bien nerveuse, l'absence de tripes (au sens littéral comme au sens figuré) va être rédhibitoire pour le film. Zombies trop propres (à peine maquillés en réalité) et violence hors champ ne parviennent pas à faire l'affaire. On reste sans cesse sur notre faim et attendons en vain une gerbe ou au moins un filet de sang qui ne viendra jamais.

Du coup on préfèrera revoir L’Armée des Morts ou 28 Semaines plus tard qui avec un budget largement inférieur parvenaient à être jouissifs et spectaculaires là où ce triste film de Marc Foster n’est qu’un collage maladroit de mauvaises idées mal agencées. 

Durée : 1h56

Date de sortie FR : 03-07-2013
Date de sortie BE : 03-07-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Juin 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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