Critique de film
X-Men : Le Commencement

On appelle cela un prequel ou une préquelle : une œuvre réalisée après une autre mais dont l’action se déroule avant. C’est à la mode chez les producteurs de franchises. On avait déjà eu le coup avec Star Wars et maintenant c’est Marvel qui s’y colle. Alors qu’elle avait joliment commencé, effet de surprise sans doute, la trilogie X-Men s’était achevée en eau de boudin avec un X-Men 3 l’affrontement final qui ressemblait à une fresque peinte à la gouache surréaliste. Mais fort de leur pouvoir monétaire et avides de nouvelles dividendes, les producteurs remettaient ça avec X-Men Origins : Wolverine. Autre bide retentissant ! Et pourtant ils ne se sont pas arrêtés là. Voici X-Men : Le Commencement racontant la genèse de ces petits mutants aux pouvoirs surnaturels.

 

On retrouve le petit Magneto (Michael Fassbender), quand il était encore Erik Lehnsherr, un jeune enfant juif aux pouvoirs étonnants. Pris dans une rafle, il assiste au meurtre de sa mère et passe son enfance dans le laboratoire expérimental de Sebastian Shaw (Kevin Bacon), à ruminer sa future vengeance. De son côté, le Professeur X n’était encore que Charles Xavier (James McAvoy), un jeune nanti vivant dans un château solitaire passant son temps à draguer en ignorant sa meilleure amie la nympho Mystique (Jennifer Lawrence, la découverte de Winter’s Bone). Charles Xavier travaille sur une thèse à Oxford quand le FBI le contacte sous les traits de Moira MacTaggert (Rose Byrne). Cette dernière a découvert lors d’une mission secrète l’existence de mutants qui menacent la sécurité mondiale et cela en pleine guerre froide. Ce démon de Sebastian Shaw est décidé à provoquer une troisième guerre mondiale pour faire advenir l’ère des mutants ! Le Professor X et Magnéto vont alors s’associer pour l’en empêcher.

A grand renfort de musique tonitruante soulignant chaque effet de mise en scène, X-Men Le commencement réalisé par Matthew Vaughn (Kick-Ass) prend le spectateur par les sentiments. Il lui raconte l’histoire de la différence en lui demandant de bien vouloir l’accepter mais pas trop tout de même, c’est qu’il faut parfois savoir rester un esclave pour vivre vieux, pour preuve cette scène où le seul mutant noir se fait dézinguer après s’être révolté (l’acteur noir meurt toujours en premier dans les films américains), on se croirait revenu dans les champs de coton. En fait, la position neutre du Professeur X est à priori la seule acceptable. Ne pas être contre la société, la vie, ne pas s’indignez surtout, composer. Si la morale sous-jacente de l’œuvre a quelque chose d’affreusement formaté et sclérosé, elle ne nous empêche pas d’apprécier la maîtrise, le savoir-faire génial qui nous fait prendre pour réalité les corps au génome modifié s’élever dans les airs, faire tournoyer les métaux, souffler des tornades et se désintégrer dans une fumée carminée. Nous n’avons rien à redire devant tant de talent numérique… si ce n’est que nous lui préférons un million de fois Jessica Chastain de The Tree of Life voltigeant comme une feuille d'automne.

Si la pauvreté des dialogues est affligeante, la nécessité d’expliquer tout ce qui doit se produire dans les prochains épisodes y est pour beaucoup (Atroce passage entre Fassbender qui se prend décidément pour Christoph Waltz (voir épisode risible de la banque suisse et du bar argentin) et James McAvoy devisant sur les intentions de Shaw). Alors conscient de ces lacunes, la franchise base sa prétention sur ses clins d’yeux, la présence d’acteurs du petit écran par exemple : Michael Ironside (le résistant de V) en militaire américain, Ray Wise (le père de Laura Palmer/Twin Peaks) en président américain, le garde du corps du président Palmer dans 24H, la nerveuse Rose Byrne de Damages et surtout la Grace Kelly de Mad Men, la délicieusement froide January Jones dans le rôle d’une télépathe au décolleté émouvant. Car ce X-Men a cet avantage sur ces prédécesseurs, il assume ses formes et il les expose dans ce que la censure lui autorise, masquant les seins de Mystique sous son fin pelage d’écailles bleues et ceux de Betty Draper par un léger corset échancré et beaucoup trop serrant. Et dire que Don Draper la trompait entre deux bourbons. Mais quel con ! Elle est le véritable diamant de cette production. Et qu’on ne vienne pas me dire que je n’aime pas les films de super-héros. J’ai adoré le baiser renversé de Spiderman, les miaulements de Pfeiffer alias Catwoman et ri devant le « Go Fuck Yourselves » de Wolverine dans cet épisode quand les deux copains viennent essayer de le recruter. C'était là une belle auto-dérision... Enfin !

Durée : 2h10

Date de sortie FR : 01-06-2011
Date de sortie BE : 01-06-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 09 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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