Critique de film
Yossi

J’ai vu Yossi (suite du court métrage Yossi et Jagger) il y a quelques semaines, j’ai laissé passer un peu de temps avant de me dire que ce serait intéressant d’écrire sur mon souvenir, peut-être même davantage que sur le film en lui-même. Je ne dis pas cela parce que je ne l’ai pas aimé mais que m’en reste-t-il vraiment après plusieurs semaines ? On pourrait d’ailleurs se poser cette question pour bon nombre de films, on sort parfois enthousiaste d’une séance avant de constater que le film s’éparpille dans notre mémoire, voire dans notre indifférence. D’autres, au contraire, nous ont ennuyé sur le moment mais sans prévenir reviennent nous hanter (je repense souvent à une scène de Time Out par exemple), quoique ce cas de figure soit plus rare.

Yossi du réalisateur israélien Eytan Fox ressemble à beaucoup de films naturalistes indépendants qui inondent les petites salles laissées à l’abandon des complexes remplis de blockbusters. Pas mal de points communs entre Yossi et Le Policier de Nadav Lapid aussi mais davantage à cause de la société de Tel-Aviv qu’au niveau de la mise en scène nettement plus inspirée chez Lapid. Ici, on assiste à une observation de cas, Yossi (Ohad Knoller), trentenaire dépressif, a perdu sur le champ de bataille son amant. Dans son entourage tout le monde ignore qu’il est homosexuel, il se réfugie d’ailleurs dans le travail (il est cardiologue) pour échapper à cette vérité qui le définit malgré lui.

Mal dans sa peau, rongé par le souvenir, désespéré, Yossi fait un burn-out et prend quelques jours de congé dans le sud du pays. L’occasion toute trouvée pour le réalisateur d’installer un mini-road movie saupoudré de love story. Yossi va tomber sur un beau militaire gay comme lui et retrouver espoir en cette sombre existence. Vendu comme ça vous me direz que ça ne donne guère envie et pourtant c’est le souvenir qui parle, il faut lui faire confiance. Après la couche superficielle du souvenir, il y a l’impression et celle-ci est affectueuse, tenace et bienveillante. Yossi est un film qui touche la mémoire en trois scènes.

La première scène qui me revient c’est celle où Yossi se rend chez les parents de son amant décédé pour leur apprendre la teneur de leur relation. Filmé en caméra fixe, sans renfort d’artifices, la vérité brute éclate avec beaucoup de pudeur. Que voulez-vous nous sommes dans un cinéma réaliste, tout doit être le plus proche possible du réel, de la vraie vie comme on dit parfois à la sortie d’une séance. La réaction du père est intéressante et surprenante. Cut.

Il y a aussi la scène où Yossi surfe sur le net, le soir chez lui, signe de solitude XXL, il cherche un one-shot pour étreindre sa déprime. Il débarque alors chez un mec torse nu drôlement roulé, bien bâti quoi. En face de lui, Yossi a l’air d’une andouille molle, il fait de la peine à voir. Le type bien foutu lui parle mal, en gros il lui fait comprendre qu’il est moche et qu’il ne correspond pas à sa photo d’avatar. Yossi a l’air gêné d’être là mais plie l’échine avant de s’abandonner à une tâche ingrate. Cut.

Dernière scène enfin, Yossi est tombé sur un apollon en vacances, ils se retrouvent dans la chambre pour froucholer. Le beau gosse veut faire l’amour dans la lumière, pas Yossi qui est bidonnant. Le beau gosse râle alors parce que Yossi n’a pas confiance en lui et le force à se désaper devant lui. Les deux hommes s’exécutent ensemble pour s'encourager, stip-tease filmé de profil, les deux corps nus s’enlacent fraternellement.

Ramener un film à trois scènes c’est déjà pas mal. Elles sont toutes parlantes, touchantes et assez fortes. C’est pas non plus très risqué de filmer ce genre de scènes, on s’attend communément à ce qu’elles respirent une forme de sincérité. Mais c’est ce qu’il m’en reste tout de même. Trois scènes et cette impression de thématique commune avec le policier narcissique (le culte du corps est plus que vivace en Israël) de Nadav Lapid. Ce que dénonce Eytan Fox n’est ni plus ni moins qu’une partie de ce que dénonçait Lapid, une société machiste, militaire, une société qui ne s’interroge plus et dans laquelle il est conseillé d’être hétéro comme d'être un bon petit soldat obéissant. Ohad Knoller, l’acteur du film est impeccable, fragile et intelligent, victime consentante, il donne suffisamment de variantes à son jeu pour ne pas plomber le film d’une aura dépressive. 

Réalisateur : Eytan Fox

Acteurs : Lior Ashkenazi, Ohad Knoller, Oz Zehavi

Durée : 1h25

Date de sortie FR : 02-01-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 02 Novembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
[974] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES