Critique de film
Zootopie

Le 55e film d’animation Disney est une vraie réussite. Il annonce aussi le retour en grâce des animaux au sein du mythique studio. La percée Marvel des Nouveaux Héros semble déjà loin, celle des jeux vidéos encore plus loin (Les Mondes de Ralph) même si les princesses et autres reines des neiges ont le marketing dur, on se réjouit de voir les animaux reprendre le pouvoir, l’anthropomorphisme a une longue histoire avec le studio.

Les réalisateurs Byron Howard (Raiponce) et Rich Moore inventent une mégalopole fantastique, synthèse des plus grandes capitales mondiales où seuls vivent les animaux, des animaux « civilisés » qui travaillent et ont abandonné leur « sauvagerie » dans les limbes de l’évolution des espèces.

Arche de Noé ouverte

A Zootopie (où l'on arrive par le train en compagnie de l'héroïne Juddy, aussi émerveillé qu'elle par la splendeur des décors), herbivores et carnivores cohabitent en parfaite harmonie. On croise des antilopes, gnous, kudus, bubales, des rhinos, des éléphants, des buffles, des lemmings et des prédateurs comme les ours polaires, les panthères, guépards, lions. Zootopie est divisée en quartiers-biotopes, à côté du secteur de la forêt tropicale, il y a le quartier polaire situé non loin du désert. Un arrondissement entier est consacré aux petits rongeurs où tout est construit en miniature (il s'y déroulera d'ailleurs un remake d'une scène de King Kong/Godzilla). Les commerces sont adaptés aux besoins, glacier avec cornet géant pour les éléphants, escalators adaptés aux tailles, souffleur pour distribuer en hauteur les boissons du bar à jus ambulant aux girafes. Zootopie est une arche de Noé réinventée où tout est conçu pour satisfaire toutes les espèces. Il existe même un espace naturiste. On ne voit pas de poissons, pas d’oiseaux ou de reptiles mais les mammifères coexistent en harmonie.

Buddy Movie

Zootopie fonctionne sur le principe du Buddy Movie, l’association osée d’une lapine qui rêve de devenir agent de police alors qu’elle est normalement vouée à planter des carottes à la campagne et un renard roublard, image lointaine du prince des voleurs. L’association fait fureur, à deux le renard et la lapine vont déjouer un vaste complot qui tend à semer la peur sur Zootopie, certains prédateurs redevenant mystérieusement sauvages, ce qui met en péril l’équilibre de la mégalopole. Pour asseoir son pouvoir c’est bien connu, il faut faire régner la peur car la ville n’échappe pas à un certain déterminisme. Les postes importants de l’état sont tenus par des animaux de grande taille, le maire est un lion, le chef de la police un taureau, les policiers des rhinos… Ça peut susciter des jalousies… Il y a bien des exceptions, le parrain local bien secondé par d’impressionnants ours polaires et une musaraigne qui parle avec la voix cassée de Don Corleone.

Antispécisme

Dans ce monde où tout fonctionne selon une forme force d’apparence, Judy Hopps (hope) choisit de briser les trajectoires. Elle se rêve flic. Les enfants y verront l’allégorie de la volonté, du courage et du jusqu’au-boutisme. Dans un premier temps à la traîne, Judy finit par devenir major de sa promotion. Et si son chef la cantonne à un rôle de pervenche, Judy finit par démontrer toutes ses capacités grâce à la complicité de son « pire ennemi naturel ». L’union faisant la force.

A ce premier degré de lecture qui touchera les plus petits, d’autres se tissent, celui des apparences trompeuses, de la prétendue sauvagerie animale, du racisme, et de l’antispécisme qui refuse que l’espèce soit un critère pour déterminer la manière dont on doit traiter un animal. Et ce dernier degré de lecture est résolument moderne à une époque où l'on commence à peine à se soucier de la souffrance animale. L’homme est absent de Zootopie, pas une trace, pas un souvenir, les animaux agissent comme lui, ils bossent, dépensent leur fric dans des distractions et sont absorbés par les smartphones mais ils coexistent grâce à un pacte de non-agression. La paix sociale rendue possible par l'absence de l'homme, tout un symbole.

Le souci du détail n’est pas uniquement réservé au scénario. 400 personnes ont travaillé sur ce film pendant 5 ans. Si les décors et biotopes de la ville sont stupéfiants (la scène dans la forêt tropicale est merveilleuse sous une pluie nocturne dense au rendu poisseux), que dire de la texture des animaux, des poils, des mouvements, des attitudes, on croise une centaine d’espèces différentes et elles sont toutes magnifiquement reproduites.

Le buddy movie est également enrichi d’une mise en scène qui reprend les archétypes du film noir et du polar. On suit notre duo dans des aventures de plus en plus sombres qui s’achèvent dans un ancien zoo transformé en musée. Tout en symbole. Un jour peut-être les zoos ne seront plus qu’un   vieux souvenir.

 

Réalisateur : Byron Howard, Rich Moore

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 17-02-2016
Date de sortie BE : 10-02-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 03 Avril 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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