Critique de film
Zulu

Littéralement peuple du ciel, les Zoulous viennent d’Afrique Australe mais ils sont majoritairement présents en Afrique du Sud. Durant l’apartheid,  ils sont ostracisés et regroupés à KwaZulu, ghetto créé au début des années 1970. Ils perdent de ce fait tous leurs droits et sont persécutés par la population sud-africaine. A la fin de cette période, le gouvernement met en place une « commission vérité et réconciliation » pour effacer les crimes passés et laisser la possibilité aux bourreaux de demander pardon à leurs victimes.

Plus qu’un « revenge movie », Jérôme Salle se concentre sur le mécanisme de la réconciliation pacifiste dans son dernier film Zulu. Après le meurtre d’une adolescente dans des circonstances atroces, deux policiers que tout oppose, Brian Epkeen (Orlando Bloom) et Ali Sokhela (Forest Whitaker), vont mener une enquête où ils recroiseront pas mal de démons intérieurs, vestiges du passé issus de l’apartheid. 

Adaptant un livre de plus de 400 pages, le réalisateur a fait des choix esthétiques pour retranscrire à l’image la pensée de Caryl Ferey, auteur du roman. Si la base romanesque présente évidemment un intérêt à être adaptée au cinéma, la mécanique du film se laisse trop souvent envahir par une certaine superficialité. En effet, la thématique de l’apartheid est pratiquement masquée par la prédominance des codes policiers qui obligent le spectateur à suivre deux personnages stéréotypés, contrepied d’un duo Men in Black tout droit sorti d’un « buddy-movie ».

Au niveau des personnages, on perçoit grâce à  l’utilisation de flashbacks les contours du passé difficile d’Ali, assistant très jeune à l’exécution de ses parents et ayant lui-même subi des sévices inhumains. Cette technique apparait ici comme un moyen trop simple de favoriser l’empathie envers le personnage. Le metteur en scène aurait pu à contrario jouer davantage sur l’allégorie entre son enfance et les évènements présents pour provoquer l’émotion. Il faut également relever que pour une raison d’opportunité et parce que Forest Whitaker souhaitait jouer dans le film, le scénario a complètement modifié la personnalité d’Ali pour s’adapter à la prestance de l’acteur. Le film met ainsi clairement en avant la prestation de Forest Whitaker. A l’opposé, Orlando Bloom n’incarne pas avec suffisamment d’intensité le second policier. Son jeu est fade et trop scolaire.

Deux points positifs ont néanmoins retenu l’attention. D’une part, la maitrise des scènes d’action, tournées caméra à l’épaule. D’autre part, la musique, composée encore une fois par Alexandre Desplat qui utilise des sonorités électroniques ennivrantes.

Au final, si la stratégie ancestrale zoulou était d’épuiser la proie pour mieux l'attraper, le pari est réussi car on sort de la projection complètement lessivé …

Durée : 01h50

Date de sortie FR : 04-12-2013
Date de sortie BE : 29-01-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 01 Décembre 2013

AUTEUR
Antoine Corte
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