Critique de serie
Boardwalk Empire
A l'occasion du dernier épisode de la saison 2 qui se tiendra ce dimanche sur HBO, Le passeur critique vous présente Boardwalk Empire qui a révolutionné le monde de la série en se plaçant à la hauteur de certaines productions cinématographiques. « Fuck it! We're goin’ into the whiskey business.»
 
16 janvier 1920, dans un bar d'Atlantic City, ville balnéaire au sud de New York, véritable Babylone de l'entre deux guerres dédiée à la débauche et au stupre. Les notables locaux, sur fond de musique jazz, finissent leur dernier verre d'alcool avant les douze coups de minuit et le début de la prohibition. Le décompte s'accompagne d'un silence de plomb, l'instant est gravissime. Puis la foule exulte. Chacun sait que le Volstead Act sonne le début d'une période dorée pour ceux qui se trouvent dans les petits papiers de Nucky Thompson (Steve Buscemi) : trésorier municipal et personnage central de Boardwalk Empire, édile le plus influent de la jetée.

Surfant sur le succès du "period drama" (reconstitution historique) initié par Mad Men, Boardwalk Empire compose une peinture, qui se veut précise, des jeux de pouvoir entre les gangs de la côte Est au début des années folles. Une période historique très riche que les scénaristes avaient jusque là peu exploitée : fin de la Première guerre mondiale, émancipation des mouvements féministes et afro-américains, prohibition et naissance des mythes du grand banditisme...autant de facettes d'une société américaine qui se cherche et qui prend à peine conscience de son statut de nouveau maître du monde.
 
Derrière l'adaptation du roman de Nelson Johnson "Boardwalk Empire: The Birth, High Times, and Corruption of Atlantic City" se cache une vraie révolution dans le monde de la série : genre mineur de la télévision avant de servir de vivier de talent pour le cinéma dans les années 2000, Boardwalk Empire inverse l'attraction que le grand écran opère sur le petit.
 
Le casting est dantesque, à un niveau jamais atteint pour une production télévisée : Steve Buscemi tient le haut de l'affiche (Mystery Train, Réservoir Dogs) mais également Michael Pitt (Last days), Kelly Macdonald (No country for the old men) Stephen Graham (This is england), Michael Shannon (Take Shelter) ou Michael Kenneth Williams (The Wire) se donnent la réplique.
 
Non content de bénéficier d'un panel de talents confirmés du septième art, HBO a fait appel...à Martin Scorsese pour l'écriture du pilote puis pour la production exécutive. Un premier épisode qui est d'ailleurs le plus cher de toute l'histoire des séries puisque les cinquante premières minutes de Boardwalk Empire ont coûté près de 18 millions de dollars.
 
Conséquence : la série rafle huit prix aux Emmys Awards et bénéficie de pas moins de dix-huit nominations. La critique est elle aussi unanimement élogieuse et même si les audiences ne sont pas forcément à la hauteur des espérances, Boardwalk Empire peut compter sur le soutien de HBO, chaîne habituée à ne pas paniquer aux premiers résultats négatifs (Community, voir notre article).

 
Un succès d'estime pas franchement étonnant quand on connaît la qualité d'écriture de ses auteurs, Boardwalk Empire navigue dans une histoire riche qui captive les téléspectateurs (qui n'est pas intéressé par l'histoire d'Al Capone ?). Mais les scénaristes ont eu l'idée judicieuse de développer pertinemment la psychologie de leurs personnages.
 
Il y a d'abord une première saison, sur fond de libération de la femme, qui tourne principalement autour des jardins secrets des personnages: Nucky et la mort de sa femme, Jimmy et les souffrances physiques et morales liées à la guerre, Richard Harrow et son visage à moitié arraché, Al Capone et son fils sourd ou encore Angela, l'épouse de Jimmy qui se découvre une attirance pour une autre femme...Tous ces aléas de la vie humanisent les personnages et évitent un manichéisme malvenu.
 
La seconde saison va plus loin en développant un thème cher au monde du cinéma : la filiation. Entre les vraies relations père / fils qui tissent les grands empires et la volonté d'émancipation des jeunes loups (Darmody, Capone, Luciano), ce cru 2011 revisite le "tu quoque mi fili" de César ou l'histoire d'Oedipe.
 

En 12 épisodes de 50 minutes, on peut cependant reprocher à la série de ne pas multiplier les coups de théâtre et à se borner à une seule intrigue qui peut rebuter les téléspectateurs férus de rebondissements. Côté technique, c'est propre, bien filmé et certaines scènes sont sublimes (le scalp d'un vieux notable qui ose contester l'autorité de Jimmy, la tentative de suicide de Harrow, la succession des discours de Nucky à la tribune du Ku Klux Klan et de la communauté afro-américaine...) sans pour autant tomber dans le poncif esthétisant.

Autres critiques que l'on peut formuler, c'est qu'en favorisant les acteurs confirmés du grand écran, la série perd un peu son potentiel de découvreur de talents. On peut citer toutefois Jack Huston qui interprète l'un des personnages les plus intéressants de la série tant il est complexe : Richard Harrow, ancien soldat et homme de main de Jimmy qui a perdu la moitié de son visage lors de la guerre et qui se cherche un nouveau sens à son existence.

Si ce n'est déjà fait, nous vous invitons donc à vous jeter sur ce petit bijou dont la seconde saison se termine dès ce week-end aux Etats Unis. Une troisième saison est d'ores et déjà prévue et l'on espère qu'elle se penchera un peu plus sur l'histoire de Capone ou de Luciano, toujours avec le même soucis du détails de ses personnages et de sa qualité scénaristique.

Durée : 45min

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 08 Mai 2012

AUTEUR
Michaël Bastien
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