Critique de serie
Chuck

Après cinq saisons et 90 épisodes, Chuck prendra fin le 27 janvier prochain aux Etats-Unis. L’occasion de revenir sur une saison d’abord adulée et qui a vite tourné à l’eau de rose et à l’eau de boudin.

La série de NBC part d'une idée intéressante : croiser le thème de l'espionnage et du sitcom. Chuck (Zachary Levi) , jeune homme paumé après s'être fait jeté, reçoit un jour un email étrange d'un de ses anciens camarades, Bryce alors devenu espion. En ouvrant le document Chuck mémorise involontairement “l'intersect”, matrice de l'ensemble des connaissances et des données de la CIA et de la NSA. Ce dernier est vite retrouvé par Sarah Walker (Yvonne Strahovski), séduisante agent de la CIA et par John Casey (Adam Baldwin, aucun rapport avec les frères du même nom), ancien para "dur à l'extérieur et tendre à l'intérieur" et membre de la NSA.

Sécuriser l’Intersect nécessite pour ces deux agents de protéger Chuck, le temps que chacune des agences ne trouve le moyen de lui extraire la base de données.

Voilà pour l'intrigue initiale qui va voir Chuck et Sarah se rapprocher et jouer au jeu du je t’aime moi non plus au cours des deux premières saisons, l'amour s'avérant impossible après la résurrection de Bryce et la nécessité pour Sarah de ne pas confondre boulot et plaisir personnel. Ce petit jeu constitue pour beaucoup l’intérêt principal de la série lors des premiers épisodes, les deux personnages se montrant tellement mignons l’un envers l’autre (voila, on peut refermer la parenthèse girly).

Rien de bien transcendant en soit, Chuck s'avère critiquable à bien des égards.

Comme beaucoup de séries dédiées initialement aux geeks, Chuck trouve vite sur internet une armée de fans fidèles. Cependant, les audiences ne suivent pas et NBC menace de ne pas renouveler pour une troisième année consécutive. Pour sauver la série, les producteurs ont l'idée de transformer l'heure hebdomadaire d'entertainment en placement produit. Les références aux sorties de jeux vidéos sont d'abord discrètes (un encart publicitaire par-ci, un personnage jouant à Madden 2009 par la) puis s'insèrent carrément dans les dialogues. Le summum étant l'accord signé avec la chaîne de fast-food Subway qui oblige Big Mike a déclamer sa flamme à un sandwich au cours de chaque épisode.

Pour une série s'adressant à une population qui ne veut rien faire comme tout le monde et qui souhaite n’ être aucunement récupérée, on peut s'interroger si il ne s'agit pas d'une grossière erreur.

À ce sujet, si l'on avait déjà eu l'opportunité de critiquer l'aspect "geek-grand public" de The Big Bang Theory, on atteint ici des sommets de caricature. Chuck travaille comme réparateur de matériels informatiques, n'est pas à l'aise avec les filles et sa connaissance de la sub-culture se cantonne à aimer Star Wars et Tron. Point. Son compère Morgan est du même tonneau. Lester et Jeff, deux irascibles célibataires un peu glauques complètent le tableau, offrant aux deux acteurs des scènes ridicules et des jeux d'acteur totalement grotesques. Pire, si la série cherche à attirer cette partie de la population, elle la dénigre constamment en rappelant à travers la grande soeur de Chuck, Ellie, qu’il doit se responsabiliser, se chercher un vrai métier et devenir ENFIN un adulte.

La production pense également qu'en saupoudrant tout cela d'une scène ou deux d'une jolie poupée en sous-vêtement, cela permettra à nos aficionados boutonneux de trouver le programmer plus alléchant. Yvonne Stahovski est donc sacrifiée dans chaque épisode pour jouer la bimbo effeuillée une arme à la main. Des guns, du boobs, de quoi peut-on avoir encore besoin finalement ?

 


Et bien d’une pincée de patriotisme exacerbée. les évènements de septembre 2001 avaient eu un impact énorme sur le monde des séries US (la peur constante déclinée dans 24 heures Chrono), cette fois ci, sur le ton de l’humour, notre trio va mener la guerre face à tous les terroristes de la planète : un guérillero sud-américain plus vraiment dangereux, une société secrète qui complote face aux plus hautes sphères de l’Etat, un ancien communiste, les Chinois...bref, tout le monde en veut à Chuck et par ricochet, à la sécurité du pays. John Casey cristallise à lui seul ce patriotisme, avec là aussi un sérieux penchant pour la caricature puisque ce dernier est un fan...de Ronald Reagan.

Comme un symbole, la dérive de ce repli sur soi se traduit par une méconnaissance des us et coutumes du monde, et particulièrement de la France qui aura droit à un traitement spécial en début de saison 4. Lyon est donc un petit village Suisse dans lequel on se rend grace à un train qui ressemble plus au Transsiberien qu’au TGV.

Hormis ces fautes de goût, Chuck renvoie à une autre interrogation : quelle est la durée de vie d’une série ? Qu’en est-il de l’intérêt lors des deux dernières saisons ? Les scénaristes ont toutes les peines du monde à captiver l’attention de l’audimat.

Chuck se termine la semaine prochaine et aura vécu deux belles premières saisons avant de se plier au volonté du marché médiatique. Il aura alors perdu une part de son identité et de son public.
 

Durée : 42min

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 08 Mai 2012

AUTEUR
Michaël Bastien
[16] articles publiés

Webmaster du site, j'entretiens un rapport de "je t'aime moi non plus" avec les salles obscures. J'...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES