Critique de serie
Community : le fantasque est-il soluble dans l'audience ?
Tenter de renouveler un genre aussi éculé que la comédie de situation, c'est un peu ce qu'est en train de réussir Community. Conçue comme une série télévisée classique, basée sur la vie commune d'un groupe d'amis, le bébé de Dan Harmon a su casser les codes en revisitant la structure du format court et en injectant une grosse dose de pop-culture...au détriment de l'audience et de sa propre survie ?
 
Ne nous mentons pas. À l'origine, Community a certainement été conçue comme un sitcom classique. Le speech est très simple : Jeff Winger (Joel Mc Hale), beau gosse trentenaire, se voit obliger de retourner à l'université après avoir été déchu de sa qualité d'avocat. Flashant sur la séduisante Britta (Gillian Jacobs), jeune fille un peu rebelle « mais pas trop », il l'invite à rejoindre son groupe factice d'étude d'espagnol. Malheureusement, cette dernière fait la rencontre d'Abed (Danny Pudi), autiste et fou de cinéma, qui invite lui-même Troy (Donald Glover), son ami et ancienne gloire du football américain de son collège. Annie (Alison Brie), fille un peu coincée et folle amoureuse de Troy, ainsi que Shirley (Yvette Nicole Brown), quarantenaire divorcée et ultra-catholique. Pierce (Chevy Chase), entrepreneur retraité, raciste et antipathique qui a fait fortune dans les fournitures de toilette complète cette fine équipe.
 
On devine alors que la série va nous emmener dans de nombreuses péripéties visant à ce que les différents protagonistes, par leurs oppositions de caractères, se retrouvent embarqués dans des quiproquos plus classiques les uns que les autres.??Et bien non. L'intrigue principale tient 10 épisodes à tout casser avant que la série ne se transforme en grand n'importe quoi jubilatoire. On sent d'ailleurs que l'assurance d'une seconde saison promise par NBC a conduit Dan Harmon et ses scénaristes à lâcher les chevaux en termes d'imagination. Là où un « Friends-like » se concentre à répéter inlassablement la même trame en tentant de conserver un lien avec son fil conducteur - quitte à lasser ses fans (coucou How I Met Your Mother) - Community s'apparente plus à une succession d'épisodes spéciaux.
 
 
 
Entre l'épisode de Noël entièrement en pâte à modeler qui jongle aisément avec les références à Lost et de The Polar Express, le jardinier néo-nazi qui entretient un jardin secret abritant un trampoline, l'épisode Halloween sur fond d'ABBA ou les désormais célèbres épisodes de paintball qui closent les saisons, Community se démarque de nombreux sitcoms par une structure à géométrie variable.

Un autre atout de la série, c'est son rythme. En plaçant ses personnages au sein de situations surréalistes, Community offre la possibilité à son casting de se permettre des dialogues ou des échanges ubuesques. L’exemple le plus éloquent étant l’épisode à huis-clos  de Cooperative Calligraphy (saison 2) où chaque membre du groupe se déchire sur fond de recherche du stylo égaré d'Annie.
 
Dan Harmon a d'ailleurs eu le nez creux sur sa distribution, aucune « pointure », mis à part Chevy Chase, ancien du Saturday Night Live, les autres ont plutôt eu l'habitude des seconds rôles dans d'autres séries (Alison Brie, dans Mad Men) ou dans des films de seconde zone (toujours Alison Brie...dans Scream 4). Par conséquent, aucun ne fait l'objet d'une attention particulière, on retiendra néanmoins la prestation de Danny Pudi, au phrasé si particulier et percutant, véritable bible de la pop-culture.
 
Car c'est là aussi l'une des forces de Community : sa propension à proposer de nombreuses références de la culture geek. Entre la passion d'Abed pour Cougar Town, Doctor Who et les citations émanant de Lost, Mad Men ou Twilight, Community est la série qui s'amuse à être une série. Un exercice de mise en abyme qu'apprécient en général les geeks les plus férus, population d'initiés qui aime les sous-entendus que le commun des mortels ne peut comprendre. C'est cette volonté de plaire à une catégorie bien précise de la population qui a certainement permis d'attirer de nombreux invités qui ont chacun à leur manière participé à l'édification de la pop-culture : Josh Holloway (le Sawyer de Lost) en cavalier noir dans l'épisode du paintball de la deuxième saison, Michael K. Williams (The Wire, Boardwalk Empire) ou... John Goodman en professeur d'installation et réparation d'air conditionné, tous s'y retrouvent pour rendre hommage à l’inspiration des scénaristes.
 
Le revers de la médaille de ces nombreuses références, c’est qu’elles ne peuvent pas être comprises par tout le monde et risquent de lasser le téléspectateur lambda, peu au fait de ce qui peut apparaître comme des blagues de potes.
 
 
Autre critique que l’on peut formuler, c’est l’absence du fil conducteur que nous citions précédemment. En laissant libre court au surréalisme le plus complet, quid de la cohérence d’une saison à l’autre ? Allons-nous avoir droit à six, sept saisons au sein de ce Community college ? Quelles évolutions pour les personnages ? Dan Hamon, déjà interrogé sur ce point, avait alors indiqué que la saison 3 (NDLR : celle en cours) serait celle de « l’ouverture » et du développement de cette communauté à l’extérieur de l’enceinte scolaire.
 
Suffisant pour pérenniser la série ? L’avenir et les résultats télémétriques le diront. Après avoir attiré en moyenne 4.5 millions de téléspectateurs à chaque diffusion lors de la première saison, les résultats ont baissé lors de la seconde (5 millions de téléspectateurs au premier épisode, 3.3 au dernier). Une baisse d’audience qui correspond à l’évolution scénaristique présentée précédemment.
 
Mais cette évolution tend à énerver NBC, chaîne qui diffuse la série aux États-Unis et qui a menacé mercredi dernier de supprimer purement et simplement la série de sa nouvelle grille, cela dès janvier 2012 ! Haro sur les réseaux sociaux où les fans se sont mobilisés pour faire pression en créant des groupes de soutien sur Facebook et des hashtags dédiés sur Twitter (#savecommunity) .
 
Encensée par la critique mais boudée par le grand public, Community est un cas d'école car elle nous interroge sur la nature de la série télévisée : machine à fidéliser le téléspectateur pour vendre des plages publicitaires ou prise de risque intellectuelle et artistique au détriment de l'audience ? Un arrêt de Community représenterait selon moi un retour en arrière dans la prise de risque orchestrée par les diffuseurs. NBC est d’ailleurs coutumier du fait, il y’a 3 ans, le diffuseur avait menacé d’arrêter Chuck au terme de sa seconde saison…la série de l’espion sous-doué entame aujourd’hui sa cinquième année d’existence.

De quoi offrir une bonne dose d’espérance aux fans du septuor de Greendale.

Durée : 22min

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Merlinpinpin
28 Mai 2013 à 11h31

Bien dit, bien pensé que dire de plus que " a quand la méta-critique ? "
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Critique mise en ligne le 01 Mai 2012

AUTEUR
Michaël Bastien
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