Critique de serie
Flight of the Conchords

Lorsque je parle de Flight of the Conchords autour de moi, on me donne toujours les deux mêmes réponses : « Ah oui, c’est pas les mecs qui font une chanson avec des robots ? » et « J’ai un pote qui est fan, mais j’ai jamais vu ». Bon, c’est vrai, on me dit plus généralement qu’on ne connaît pas, ce qui me fait croire qu’il était donc presque nécessaire de déterrer cette petite merveille d’humour et de chanson qui s’est éteinte après deux saisons.

FOTC est d’abord un vrai duo folk/rap/soul composé de Jemaine Clement et de Bret McKenzie, deux musiciens néo-zélandais talentueux, drôles et à la bouille irrésistible, qui décident, autour de leur chansons, et fort du succès de leurs improvisations pour la BBC Radio, d’écrire une série. A six mains (James Bobin en sus), ils racontent la vie de deux amis musiciens qui partent tenter leur chance à New-York, épaulés sur place par leur manager inefficace, Murray (Rhys Darby), leur unique groupie, l’inénarrable Mel (Kristen Schaal) et leur pote Dave « Je vais vous apprendre la vie » Mohumbhai (Arj Barker).

On le saisit en quelques scènes, Bret et Jemaine interprètent une version alternative et (dé)sublimée d’eux-mêmes: les personnages gardent les mêmes prénoms, les chansons sont celles qu’ils défendent depuis des années, les vêtements, l’accent, tout est d’origine. A peu près tout. En effet, les deux compères mettent en scène leurs vies comme s’ils avaient été deux gros losers de premier choix. Une vie redoutée sans doute, celle de deux « mou-du-genou » , co- dépendants, incapables d’aboutir à un projet de vie sensé ni même à une conversation digne de ce nom. Seulement voilà, lorsque les émotions débordent, la musique et les rimes prennent le relais et métamorphosent ses interprètes, qui tout en continuant de raconter de poétiques et imparables inepties, se révèlent, presque malgré eux, être des mélodistes innés et des conteurs sans pareil.

Seulement, dans FOTC, les chansons sont la plupart du temps des rêveries : les trois minutes d’imagination débridée de Jemaine et son « Most beautiful girl (in the room) », ne sont que quelques secondes d’inattention dans la réalité. Idem pour Bret, qui tombant amoureux de Coco, se découvre un flow Dancehall délicat aux tendances sexistes (« boom ») et raccroche les wagons, hagard au milieu de la rue. Et il n’y a finalement rien de plus émouvant que de voir ces deux empotés du rapport humain se mettre à exprimer leurs questionnements, coups de cœur ou révoltes les plus insignifiants et donc les plus cruciaux aux travers de ces mises à nu inspirées. 

Les thèmes de la série et des chansons sont finalement ceux que l’on retrouve assez fréquemment dans les comédies douces-amères : L’amour, l’amitié, le sexe, l’acceptation de soi, la perte de l’innocence, etc… Seuls vont changer les outils. Et c’est justement ça qui est remarquable chez Bret et Jemaine : leur vision du monde et comment il nous la raconte.

On est rapidement séduit par le regard tendre et naïf qu’ils posent sur ce qui les entourent ; leurs fantasmes sur les femmes et l’effet qu’ils pourraient avoir sur elles, sont déclinés d’un bout à l’autre des deux saisons. Tantôt hypnotisées par leurs corps, tantôt sirènes ou encore amantes imaginaires, les portraits qu’ils dressent sont ceux d’un pré-ado. Ils ne pensent alors qu’à fréquenter les femmes, qu’à les séduire, qu’elles soient amoureuses, chimériques ou qu’elles ne les aient même pas remarqués. Ils sont évidemment toujours à côté de la plaque, tombent amoureux en un instant, se voient mariés avec un coup d’un soir ou encore, refusent une nuit de plaisir pour montrer qu’ils ne sont pas des hommes faciles. Indeed. 

L’amour (platonique) entre potes n’est pas en reste, pudique certes mais sous-jacent, lors des triangles amoureux (« if you’re into it », « we’re both in love with a sexy lady ») ou carrément central avec les sublimes « Friends », « Cheer up Murray » et « Bret you got it going on » qui commence comme un « Cheer up song » et dégénère en aveu de Bromance peu racontable.

Mais là où les boys sont au dessus de tout c’est dans leurs propres projections. Comment ils s’imaginent en secret, majestueux et pathétiques, extraordinaires et minables. De « Bowie » où Jemaine se prend pour son idole à « Prince of parties» en passant par « I told you I was freaky », les deux mettent en scène des personnages drôles certes mais surtout touchants par leur lâcher prise, laissant apparaître bien plus que voulu sous la carapace du burlesque. Ils se voient grands mais ne peuvent s’empêcher de désamorcer leur entreprise par maladresse ou simple honnêteté.

A ce titre, il faut quand même citer leurs alter égos rappeurs, Hiphopotamus et Rhymenoceros (parfait - comment ne pas y avoir pensé avant !), bouc émissaires exaspérés mais trop inoffensifs face à des adversaires qui ne les considèrent même pas (« Hurt feelings ») ; ainsi que la propension de Jemaine à s’imaginer en gigolo (parodie de Roxanne exquise) lorsque les finances vont mal et que la société les écrabouille, que la ville les désoriente de trop, eux, les gars de la campagne.

Des anciens fermiers donc mais surtout des fermiers étrangers et ils ne manquent pas d’exposer les tendances gentiment xénophobes de certaines de leurs hôtes ainsi que la querelle ancestrale qui les opposent aux Australiens. Là encore, c’est tellement drôle et fin que l’on voudrait présenter certains épisodes dans un programme d’éducation civique. 

21 épisodes donc et une quarantaine de chansons, un duo impeccable, une réalisation vraiment plaisante, des seconds rôles épatants (ah Mel !), New-York telle qu’on la voit de moins en moins, un épisode réalisé par Gondry, une parodie du « Seigneur des anneaux ». Franchement…


Durée : 0h26

Date de sortie FR : 01-06-2007
Date de sortie BE : 01-06-2007
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Aureylien
29 Août 2012 à 16h20

Ah Flight of the Conchords, de l'art en série. Cette série est tout simplement un ovni. Aucune autre série n'est à ce point cheap ET artistiquement au dessus.
Ce n'est pas pour rien qu'ils ont reçu le "Grammy for Best Comedy Album" (celui que Murray montre dans le S02E01 est le vrai grammy histoire de rappeler qu'ils sont les meilleurs).

Comme dit dans l'article, on sait qu'une série est hors norme lorsque Gondry réalise un de ses épisodes. Je ne vois pas quoi rajouter de plus.

J'ai connu Jemaine Clement dans Tonga Ninja et il était déjà exceptionnel dedans (chanteur et musicien aussi).

Mes chansons préférées : Foux da fa fa, too many dick on the dance floor, leggy blonde, friends, boom king, mermaid et inner city pressure.

J'attends de voir les prochains arriver à leurs chevilles, heureusement je suis très patient.
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Critique mise en ligne le 13 Août 2012

AUTEUR
Jérôme Sivien
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