Critique de serie
Homeland

Homeland débarque sur Canal + le 13 septembre auréolée d’une réputation élogieuse et des prix glanés aux Golden Globes 2011 (meilleur série dramatique, meilleur actrice pour Clare Danes). La série créée par Howard Gordon et Alex Gansa d’après la série israélienne, Hatufim, révèle une Amérique prisonnière d’une gueule de bois militariste, conséquence directe de l’attentat du 11 septembre et de la paranoïa qui s’en est suivie mais aussi d’une certaine forme de culpabilité issue des guerres lancées contre l’Irak et l’Afghanistan. Carrie Mathison (Clare Danes) un brillant agent de la CIA a reçu une information indiquant qu’un militaire américain était passé chez l’ennemi. Au même moment, le sergent Nicholas Brody (Damian Lewis) est libéré d’une geôle où il était retenu prisonnier depuis huit ans par Al Qaida. Carrie le soupçonne immédiatement et décide de le mettre sous vidéo surveillance. Toute la première saison visera à savoir si l’intuition de Carrie était la bonne !

L’épisode pilote est une merveille du genre. On entre tambour battant dans le vif du sujet. La CIA truffe la maison de Brody de caméras et micros, Carrie obtient 4 semaines pour trouver des éléments à charge, seul son supérieur direct est au courant de ces écoutes illégales. La paranoïa frôle la toute puissance, Carrie observe sa proie, détaillant chaque geste inédit ou inopiné. Le voyeurisme est constant, baignant la série d’une atmosphère envoûtante, le spectateur complice consentant de ce voyeurisme illégal. La mise en scène exécute un équilibre entre les images en prise directe et celles retransmises par vidéo, dans ce jeu schizophrène quelle image est vraie ? Après un très bon départ, la série subit une baisse de régime pendant trois ou quatre épisodes. Le scénario s’attache à trois personnages, c’est peut-être trop peu. L’agent Mathison, le sergent Brody et Saul Berenson, le patron dirct de Carrie. Les trois luttent avec leurs traumas (la bipolarité pour l’agent de la CIA, le souvenir de la torture pour Brody et la rupture sentimentale pour Berenson), l’erreur des scénaristes est de vouloir donner un trop grande importance à ce sentimentalisme de la douleur personnelle. Les personnages se rencontrent et les traumas se confrontent. De manière assez incompréhensible, si ce n’est pour être foncièrement mainstream dans le traitement du sujet, l’agent et le sergent, l’observateur et l’observé, le voyeur et sa victime vont vivre une histoire d’amour aussi invraisemblable que ça puisse sembler et déroutant aussi.

Mais à partir de ce moment-là et alors qu’on était prêt à renoncer, la série prend un tournant inattendu et après avoir surfé sur la résolution d’une intrigue (est-il passé aux mains de l’ennemi et fomente-t-il un complot) et la naissance d’une aventure, Homeland amorce sa courbe, la seconde partie de la première saison est beaucoup plus intéressante. Tout d’abord parce que Homeland ose affronter les démons du terrorisme, la manipulation de la communication, parce qu’au départ de la chaîne de la violence, il y a un acte de barbarie commis par le gouvernement américain. Et ça c’est relativement inédit. La seule personne à avoir conscience du danger c’est Carrie Mathison mais c’est aussi celle dont le jugement est devenu le plus subjectif, sa bipolarité jusque là secrète et confinée au milieu familial est exposée et la met en danger. La folie la guette, la folie guette tous les personnages, aucun d’entre eux ne parvient réellement à démêler la réalité, à avoir conscience de ce dont nous sommes les témoins privilégiés. Leurs personnalités se fissurent et leur obscurité fait surface. Cette idée est très bien résumée dans l’épisode où Carrie rédige frénétiquement des dizaines de fiches de couleur jetées éparses et sans ordre logique sur le sol. Sa folie lui masque l’essentiel. Mais nous avons une longueur d’avance sur elle, pour nous l’intérêt revient à observer les comportements des personnages face à ce flou des intentions.

Si Homeland redresse bien la barre dans le final, la série ne mérite pas toutes les éloges qu’on a pu lire ou entendre depuis son lancement aux USA l’année dernière. Elle n’est pas très bien écrite, beaucoup de clichés sont véhiculés et la religion est une nouvelle fois mise en avant pour expliquer les convictions. Elle n’est pas particulièrement bien interprétée non plus, les acteurs sont emmurés dans l’idée qu’ils se font du personnage (Clare Danes parvient à donner du coffre au sien vers la fin de la saison et en devient assez bluffante), Damian Lewis était beaucoup plus surprenant dans Frères d’armes (Band of Brothers) où il tenait déjà le rôle principal. Homeland est formellement extrêmement classique, pas vraiment inventive. En fait ce qui a ravi les observateurs provient sans doute de cette tentative de catharsis faite par les producteurs de la série. La qualité de la série tiendrait alors de son idée de départ, faire l’examen de conscience de la politique étrangère américaine. Quoi de plus emblématique qu’un militaire américain se retournant contre son propre pays, qui plus est après avoir été fait prisonnier et torturé pendant des années. On regrette toutefois l’importance excessive donnée aux flash-back pour bien expliquer au spectateur sur quoi se base cet éventuel retournement. Ces retours en arrière sont d'ailleurs très naïfs dans leur retranscription du réel, ils ont la saveur d'un écran publicitaire.

En dépit de la narration en deux temps, du retournement de situation évoqué et de la fin rocambolesque de la première saison, Homeland est bien ancrée dans la lignée des séries du genre, moins pro républicaine que 24H mais jouant comme toutes ses consœurs davantage sur l’aspect émotionnelle que sur la crédibilité de l’ensemble. Comme s’il fallait toujours fantasmer son rapport à l’autre et lui donner une couleur dramatique. 

Durée : 0h55

Date de sortie FR : 13-09-2012
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 05 Septembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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