Critique de serie
Justified
Raylan Givens (Timothy Olyphant), Marshal au look de cowboy, est un sacré numéro. Alors qu’il opère à Miami, il tue à bout portant et devant témoins un bandit notoire à qui il avait demandé de quitter la ville. Par chance, le mécréant a sorti son arme à la dernière seconde, qualifiant l’acte du Marshal de « justified ». Une chance pour Givens, qui aurait tiré de toute façon, en bon excité de la gâchette. Pas de suspension de badge mais une punition tout de même. Le voilà renvoyé en tant que « deputee » (adjoint) dans son Kentucky natal où il retrouvera son ami d’enfance, maintenant pyromane et nazi, son ex-femme remariée, son ancien boss et autres vieilles connaissances. Pas vraiment ravi de se retrouver chez les péquenauds, qui plus est rétrogradé, cette tête brulée de Raylan va tenter de faire le ménage comme bon lui semble sans jamais vraiment prendre en compte ceux qui l’entourent ou plus généralement, la loi. 

En voilà une série bien sympathique, peut être un peu tiède mais laissons donc l’histoire s’installer, les personnages nous proposer une profondeur sur un terme plus étendu. Nous savons que Justified a signé pour une quatrième saison, cqfd. N’est-ce pas d’ailleurs plus heureux que la carrière d’un Breaking bad si brillant au début, si poussif par la suite ? 

L’architecture d’ensemble change d’ailleurs de cap dès le sixième épisode qui met en place des «villains» au long cours, le gang Crowder, après avoir privilégié de courtes intrigues en vase clos.

La série a donc envie de lorgner vers les productions HBO, en moins intello, mettant en place une vaste entreprise à tiroirs, le tout, on l’imagine, survolant plusieurs saisons. Très bonne rectification pour ce type de fictions, qui serait immédiatement tombée dans le marasme des nouveautés à fausses bonnes idées qui ne passent pas l’été. Difficile de tenir uniquement sur le look et la gâchette de Raylan, aussi charismatique soit-il. Il fallait donc lui inventer un univers un peu plus dense que de simples petites affaires à résoudre et un peu d’humour. 

Nous embarquons donc avec une famille de trafiquants, dont son vieil ami facho Boyd (Nemesis au parcours bien trouvé); une nouvelle petite amie qui porte la poisse et le père du héros, crapule notoire. Ajoutons une batterie d’ingrédients éculés : le collègue génial, humble et pas jaloux pour un sou, sorte de side-kick idéal, le chef patient et admiratif, figure paternelle idéale pour Raylan et l’ex-femme encore pétris de haine mais dont les sentiments amoureux sont encore palpables. 

Première agréable surprise, l’action se déroule au fin fond de l’état roi du « fried chicken » : le Kentucky. Exit les grandes métropoles, nous sommes à Harlan dans le sud-est d’un état connu pour son bluegrass, son whiskey et ses mines de charbons. Il est donc assez salvateur de quitter un peu l’enfer urbain et les suburbs rupins pour un peu de campagne. Le filtre de pollution enlevée, la lumière change et la lumière comme on dit, a son petit effet sur l’ambiance. « Justified » a donc cet aspect frais, sain d’une petite bourgade où la nature gambade encore, où les résineux remplacent les buildings. Point d’exploitation systématique et appuyée de la faune ou de la flore, juste un horizon verdoyant. La production a su rester à l’image de son environnement : découpage simple, caméra stable, plans larges, ouf, on respire.

Au milieu de tout cette verdure, s’ébat notre cabot, interprété par Timothy Oliphant, star du cinéma bis bankable (Hitman,The craziesI am number four) mais surtout connu pour avoir été le sheriff Seth Bullock dans le sublime Deadwood. Ceci expliquant cela. Précisons qu’il a également prêté sa voix au personnage de Clint Eastwood dans le réussi Rango : comment ne pas lui offrir ce rôle de Marshall old school, sorti tout droit d’un western moderne un peu édulcoré. D’autant plus que le jeu d’Olyphant s’inspire plutôt solidement du maître, dents serrées et yeux plissés à toutes les sauces. Rajoutez des sourcils levés presqu’en toutes occasions (Michael Madsen-like) et vous obtenez un Raylan Givens aux expressions certes limitées mais diablement sexy et plutôt crédible en Badass. 

Le seul autre personnage assez épais pour justifier l’engagement sur une saison ou plus est ce redneck haut en couleurs de Boyd Crowder interprété par l’impeccable Walton Goggins, ex-detective Shane Vendrell de The Shield. D’abord Goggins a une parfaite gueule de bouseux psychopathe et, bien qu’il nous soit difficile de juger, semble maîtriser l’accent « they took our job » du Kentucky profond avec une habileté qui flatte l’oreille. La relation Givens-Boyd donne d’ailleurs tout son intérêt à la série, anciens amis, l’un applique la loi sans la respecter, l’autre tente de se racheter une conduite à laquelle personne ne croit. On ne sait pas vraiment qui mérite le plus d’aller en prison, seule certitude, l’expression « frères ennemis » s’exprime parfaitement ici. 

Seule la moitié des épisodes peuvent commencer à bâtir Justified, édifice séduisant sur le papier. Cette première saison achevée, il reste quelques bonnes promesses pour l’avenir mais le souvenir d’un contenu peut-être un peu fade, à l’image du cliffhanger final, pour plonger sans hésitation dans la suite. 

 

Durée : 00h42

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 18 Juin 2012

AUTEUR
Jérôme Sivien
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