Critique de serie
Les séries anglaises sont-elles les meilleures au monde ?

Les séries britanniques, je suis tombée dedans toute petite, sans même le savoir. Je n’ai jamais trouvé une musique de générique plus belle que celle de The Persuaders (Amicalement vôtre), Roger Moore était le comble du sexy (même si les années ont fini par me faire préférer Tony Curtis) et Emma Peel (Chapeau melon et bottes de cuir) a longtemps été l’un des modèles sur lesquels baser ma féminité. 

Adolescente, j’ai ri avec le Monthy Python’s flying circus, avec Mister Bean, et mes premières amours se sont faites au rythmes de la séries As If le samedi matin. 
 
Ces dernières années, après un gavage de séries américaines trop sérieuses, trop fausses (hormis quelques rares exceptions, évidemment), je suis revenue vers la Perfide Albion pour me fournir de quoi nourrir ma sériephagie. Et en quelques années, les Anglais ont eu le temps de produire beaucoup d’excellents éléments, au point d’être jalousés par les Etats-Unis qui font des remakes de leurs plus grands succès, mais qui échouent lamentablement, souvent au bout d’à peine une saison.
 

Serial-Art

Si les British sont très forts à quelque chose, ce sont les mini-séries (dites Serial). En général, le format de celles-ci est de 4 à 6 épisodes d’une heure, format bâtard entre le film à rallonge et la série trop courte. Ceci étant, ce format présente les mêmes caractéristiques et avantages qu’une nouvelle littéraire : le nombre de protagonistes est réduit, l’intrigue est unique, et le tout se révèle être intense. 
 
Parmi ces serials, l'on peut citer Blackpool (2004). Dans la ville éponyme, Ripley Holden (David Morrissey) a une femme-trophée, deux adolescents, une salle de jeux d’arcades et le rêve de faire de la ville le nouveau Las Vegas. Jusqu’à ce qu’un corps retrouvé dans son antre du divertissement amène dans sa vie l’inspecteur Carlisle (servi par le magistral David Tennant). Sur fond d’intrigue policière et de drame familial, Blackpool se distingue des autres séries du genre par sa ponctuation musicale particulièrement bien choisie, sur laquelle les acteurs chantent (faux) et dansent, ce qui permet de briser le sérieux de l’intrigue et d’appuyer les émotions des personnages.
 
Un mec mal rasé,  un ciel gris et de la bouffe synthétique, pas de doutes, nous sommes bien en Angleterre.
 
Dans la catégorie, on trouve également Black Mirror (2011), série de trois épisodes de 90 mn. La particularité de Black Mirror est de servir à chaque épisode une intrigue et des personnages totalement différents, avec pour seul point commun l’anticipation à moyen terme telles que la dérive de  l’utilisation des données personnelles, l’asservissement de la population avec un peu de célébrité à la clef, ou encore la prise de pouvoir du réel sur le virtuel. Le ton est juste, sans en faire une problématique d’un monde qu’il faut sauver, chaque épisode est un brin d’histoire pris à la pipette, un simple avertissement bien ficelé.

 
L’humour british
 
Les anglais ont l’humour le plus extraordinaire du monde. Pléthore de sitcoms qui n’ont pas besoin de rires enregistrés, et fabriquée avec trois fois rien d’autre qu’un scénario est des acteurs.
 
Parmi ces monuments de fous rires, on trouvera Spaced (1999-2001), créé par Simon Pegg (Shaun of the Dead, Hot Fuzz), tribulations de deux jeunes paumés qui habitent en colocation un peu par hasard. Dans les protagonistes, pêle-mêle, on trouve le geek passionné de comics et de jeux vidéo, la journaliste qui n’a jamais écrit un article, le voisin artiste torturé, la logeuse suave-alcoolique, la meilleure amie un peu bête, le meilleur ami fan d’armes à feu. Le tout est servi sur fond de pop-culture, avec une réalisation plus proche du cinéma que de la télévision. On y retrouve avec plaisir quelques figures connues de la télévision britannique telles que Bill Bailey (Black Books, Doctor Who, …) ou Jessica Hynes (Doctor Who, Shaun of the dead, …). Bref, la série est un bijou dont on regrette qu’il soit si court !

Father Ted (1995-1998) est également à ne manquer sous aucun prétexte. Father Ted, interprété par Dermot Morgan, est un prêtre envoyé sur Craggy Island comme punition pour avoir détourné les dons de l’Eglise pour aller à Las Vegas. Il est entouré de Father Hackett, vieux prêtre alcoolique aux répliques cultes (« Drink ! » « Girls ! »),  Dougal McGuire, tout jeune prêtre benêt, et Mrs Doyle, gouvernante défraîchie obsédée par le thé. Ensemble, ils participent à des concours de prêtres sosies, font du roller, conduisent un camion de lait sans frein, ou encore écrivent une chanson pour l’Eurovision. Après un début difficile, la série prend ses marques au troisième épisode et ne prend pas une ride malgré son âge avancé.
 
Je cherchais une vanne pour promouvoir Father Ted mais l'image se suffit à elle-même
 
The IT crowd (2006-2010) est une institution. La série qui a inspiré The Big Bang Theory présente de vrais Nerds, loin des versions édulcorées de la série américaine. T-shirt jaune sale et chemisette à carreaux, bossant au service informatique d’une grosse boîte, Roy et Moss se voient affublés d’une chef parfaitement incompétente, Jen, qui va tenter de les ouvrir au monde extérieur. La série est un gros producteur de phrases cultes (« Have you tried to turn it off and on again ? ») et multiplie les références geek. La série pousse la caricature à l’extrême et on est loin du geek socialement correct que les derniers films/séries sur le sujet veulent nous faire avaler.

Et puis, l’OVNI, The Mighty Boosh (2004-2007). Adaptation d’un spectacle, la série, orchestrée par Noël Fielding (déjà aperçu dans The IT Crowd), est tellement surréaliste qu’il est difficile de la classer. Vince Noir et Howard Moon travaillent tous les deux dans un zoo. C’est à peu près tout ce qu’on peut en dire tellement en dehors de cet élément, leurs aventures, encore un peu présente au zoo dans la saison 1, sortent complètement du cadre pendant les saisons suivantes. Joyau télévisuel sous LSD, le générique suffit pour savoir si l’on va adorer ou détester.
 
 

Mais pourquoi les britanniques sont-ils si forts ?

Je n’ai pas développé les magnifiques Doctor Who et Sherlock qui l’ont déjà été fait précédemment, ni le sympathique Coupling, ancêtre de Friends, ou encore le culte Skins, mais ils sont les exemples types de la réussite télévisuelle anglaise. Hormis Doctor Who, chacun bénéficie d’une adaptation américaine, dont certaines ont échoué lamentablement. Sherlock devient Elementary qui sera diffusé à compter du 27 septembre en France et est déjà très critiqué. Tandis que Skins, dépeignant les expériences de lycéens à Bristol, n’aura duré qu’une saison outre-Atlantique, scandalisant les américains malgré une version très édulcorée de ces ados torturés.
 
L’une des grosses différences essentielle entre ces deux nations super-productrices de séries, c’est l’absence de politiquement correct des scénaristes britanniques. Les caricatures sont poussées à l’extrême, les conversations crues ne souffrent d’aucun fard, l’humour est potache, on se moque de tout et de tout le monde sans se soucier de froisser quiconque. Si l’on trouve une morale dans beaucoup des séries américaines ainsi qu’une prévention à l’extrême, en Grande Bretagne, les alcooliques ne sont pas jugés ni soignés systématiquement, et coucher le premier soir ne gêne pas grand monde tant que tout le monde y trouve son compte.

Même les méchants ont l’air plus méchants chez les anglais, comme dans Dead Set, que je n’ai jamais pu voir après le premier épisode tant ce huis clos de zombies sur un plateau de télé-réalité est plein de tensions et les zombies autrement plus flippants que dans n’importe quel blockbuster américain. C’est une question légale, également, puisque tant que le scénario le justifie, la barrière de ce que les réalisateurs peuvent montrer en matière de sexe et de violence est très souple. La question bien moins paranoïaque de ce que les parents choisiront de montrer à leurs enfants et d’une confiance d’adulte à adulte, loin de l’infantilisation américaine.
 
Intestins ça va, deux, bonjour les dégâts !
 
Pourtant, les images ne paient pas de mine au premier abord, les effets spéciaux sont parfois cheap (Doctor Who), la photographie n’est pas somptueuse dans la plupart des cas, mais les scénarios sont toujours originaux et bien ficelés  et les dialogues irrésistibles.

En bref, la télévision britannique a encore de beaux jours devant elle, et les français devraient en prendre de la graine ! 

Par Davina Hundert
 
Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : David Tennant, Simon Pegg, Dermot Morgan, Noël Filding

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

Aurélien
18 Novembre 2013 à 10h02

On peut aussi mentionner " How Not to Live Your Life ", excellente dans le registre comique.

FeF
14 Novembre 2013 à 20h54

Je rajoute aussi This is England inspiré du film éponyme.

marielle issartel
04 Octobre 2012 à 01h48

Et Dowton Abbey ? pas même évoquée ?

Lions
20 Septembre 2012 à 01h12

Vous n'avez même pas cité LUTHER! Série géniale avec le charismatique Idris Elba!

Michaël Bastien
18 Septembre 2012 à 20h38

* qu?Européens et non occidentaux, pardon.

Michaël Bastien
18 Septembre 2012 à 20h37

Sur la question du politiquement incorrect, je ne suis pas d'accord. amha, si l'on apprécie autant l'humour anglais, c'est qu'en tant qu'occidentaux, nous y sommes plus sensibles.

Ben
18 Septembre 2012 à 16h42

Très bon article, j'ajouterais tout de même l'excellent PeepShow dans les séries humoristiques à ne rater sous aucun pretexte!
Mark et Jezz, 2 trentenaires un peu loosers vivent en coloc à Croydon et nous régalent de leurs histoires navrantes

daniel rezzo
18 Septembre 2012 à 16h03

Excellent!
Merci pour les conseils... Je rajouterais a cette liste The Office, avec l'indepassable Ricky Gervais!

Cyrille Falisse
18 Septembre 2012 à 11h21

Et que dire du merveilleux Misfits !
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 17 Septembre 2012

AUTEUR
Le Passeur Invite
[49] articles publiés
test
[en savoir plus]
NOS DERNIERS ARTICLES