Critique de serie
The Killing

Nanna Birk Larsen est retrouvée morte, attachée dans le coffre d’une camionnette, elle-même jetée au fond d’un canal. Elle aurait vraisemblablement été violée avant d’être tuée. L’agent Sarah Lund de la PJ de Copenhague va devoir repousser son transfert à la police de Stockholm et travailler avec son remplaçant, le bourru Jan Meyer. L’enquête démarre au jour 1, le lundi 3 novembre dans la soirée… elle durera 20 jours, soit 20 épisodes passionnants. Jamais série policière n’a été aussi réaliste, aussi bien mise en scène, avec une direction d’acteurs aussi inspirée et un suspens vraiment diabolique. The Killing est une série exceptionnelle.

Notons d’emblée que nous parlons ici de la série danoise, créée par ce génie de Soren Sveistrup, crédité d’ailleurs en tant que scénariste. Nous précisons parce qu’évidemment les américains se sont emparés de l’idée, on racheté l’adaptation et nous ont balancé un remake copié collé en 2011, The Killing US produit par la chaîne AMC. The Killing compte pour le moment deux saisons, nous évoquerons ici uniquement la première (20 épisodes) dont la diffusion vient de s’achever sur ARTE. La deuxième saison qui a raflé de nombreux prix tient sur 10 épisodes. Et pour être complet la troisième saison est actuellement en pré-production et devrait être tournée à l’automne 2012.

Au cinéma le polar est un genre majeur mais excessivement frustrant. Comment peut-on en effet insuffler l’idée de suspens chez le spectateur alors qu’on a dans le meilleur cas de figure deux heures de pellicule pour narrer la trame, le contexte, décrire les personnages et raconter l’enquête tout en distillant deux ou trois fausses pistes histoire de maintenir la tension ? Le polar est un genre fait pour la série et sa durée exponentielle. Dans The Killing c’est une évidence. Les scénaristes (ils sont trois) ont le temps de poser l’intrigue, de présenter les personnages et ils le font à merveille. Tous sont décrits en profondeur, on voyage avec eux, vit le deuil avec les parents, l’acteur qui joue le père, Bjarne Henriksen, est prodigieux, un géant mutique et brisé par la perte, la mère progressivement atteinte d’obsession n'est pas en reste. Que dire encore de Sarah Lund, une femme policière dépressive, mutique elle aussi. L’actrice Sofie Grabol l’incarne à la perfection, ne se séparant jamais de son vieux pull en laine, armée d’un courage inconscient, ne souriant que deux ou trois fois sur les 20h que durent la série. A chaque personnage mutique correspond un alter ego bavard, le coéquipier Jans Meyer pour Lund, l’associé du père etc... La série est construite sur ces oppositions et quand elle s’insinue dans les arcanes du pouvoir, puisque la mairie de Copenhague semble être liée au meurtre, elle associe de nouveau des duos toujours merveilleusement écrits. A noter la présence au casting du frère de Mads MikkelsenLars Mikkelsen impeccable en candidat à la Mairie.

La série s’appuie sur une unité de teintes excessivement sombres. Le jour ressemble à la nuit dans la capitale danoise. Les intérieurs respirent le deuil, les jeux de regard, les travellings dans les longs couloirs sont autant d’idées de mise en scène récurrentes pour signifier l’angoisse. Les trois directeurs de la photographie qui se succèdent dans l’harmonie visuelle dépeignent un univers presque carcéral dans lesquels tous les personnages sont enfermés, aucune parole de trop, aucun acte irréfléchi jusqu’à la perte de contrôle qui les guette tous. La photographie racée et opaque permet instantanément d’associer le texte au lieu. L’atmosphère générale est aussi stressante qu’inédite. The Killing a la couleur d’un long métrage léché et la profondeur sociologique d’un roman. Parce que la série est avant tout un prodige d’écriture. Aucun personnage caricatural, aucun jeu approximatif, aucune situation ou avancée de l’enquête irraisonnée ou peu crédible. Nous progressons dans l’intrigue au même rythme que les enquêteurs, éliminons les pistes en même temps qu’eux et bénéficions des mêmes informations qu’eux. C’est cela le plus exceptionnel nous réfléchissons et essayons de démêler les nœuds du crime en même temps qu’eux.

A mi-chemin entre Twin Peaks pour l’idée de départ et 24H pour la forme qui reprend la chronologie du temps presque réel (1H qui en valait 3 ou 4 pour 24H, ici un jour pour une heure), The Killing monte progressivement en puissance au fil des épisodes, à tour de rôle tout le monde est suspecté et en remontant l’emploi du temps de Nanna, les enquêteurs croisent la route de dizaines de personnages ambigus et secrets, chacun ayant intérêt à masquer une part de vérité, c’est au cœur même de ces interstices que le crime peut se résoudre et aussi dans la logique pure. Mathématique, The Killing l’est dans sa forme contenue et symétrique autant que dans sa progression narrative. C’est inouï d’être à ce point happé par la résolution. A un tel point que quand la série s’emballe, on parvient à regretter les premiers épisodes, ceux qui prenaient leur temps et offraient encore des multitudes de pistes. La fin de la série est son principal point faible parce qu’elle se sent obligée de faire dans le sensationnalisme, mesuré évidemment nous sommes au Danemark (je n’ose imaginer le remake s’en repaître). Le rythme s’accélère et les contractions se rapprochent, quelques invraisemblances aussi, légères, presque transparentes. L’atmosphère humide et glaçante reste intacte, préservée des sursauts du scénario jusque là gonflée de retenue… et les personnages de s’abîmer encore plus profondément dans la douleur.

 

Durée : 0h55

Date de sortie FR : 07-01-2007
Date de sortie BE : 07-01-2007
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Critique mise en ligne le 05 Septembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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