Critique de serie
The Leftovers

Critique de la saison 2 avec spoilers

De quoi ça parle ?

Dans la ville fictionnelle de Mapleton dans l’Etat de New York, la communauté peine à se remettre de la disparition inexpliquée de 2% de la population qui a affecté l’ensemble de la planète un jour d'automne. Trois ans après le grand « enlèvement », la population se remet tant bien que mal… la société est coupée en trois, ceux qui se réfugient dans la religion (minoritaires), ceux qui ont fait vœu de silence, qui s’habillent en blanc et fument des clopes, la secte des Guilty Remnants (vestige coupable) et les autres, les faux cartésiens, ceux qui continuent de vivre comme si de rien n’était… les partisans du refoulement. La première saison de The Leftovers tisse une toile relationnelle au départ invisible entre les personnages puis de plus en plus structurée afin de comprendre partiellement les origines du drame.

D’où sort cette série ?

Elle est coproduite et scénarisée par Damon Lindelof (scénariste et coproducteur de Lost) et Tom Perrotta dont elle adapte le roman éponyme. La série est déjà renouvelée pour une seconde saison prévue pour l’été 2015.

Est-ce que c’est aussi abscons que Lost ?

C’est un peu la question préliminaire, Damon Lindelof peut-il bien démarrer une série quand il n’a pas réussi à en terminer une ? Le premier épisode ne prêche pas en sa faveur et de prêchi-prêcha il va pourtant être largement question dans cette histoire qui mêle la paranoïa, l’ésotérisme et la perte des socles traditionnels de la société que sont la famille et la religion (doit-on rappeler qu’on est aux Etats-Unis, ce qui est pourtant difficile à oublier tant le choix des personnages nous le rappelle et notamment le premier rôle, le shérif local).

Lecteur sceptique, nous te conseillons pourtant de dépasser les trois ou quatre premiers épisodes qui vont te sembler incompréhensibles car après une mise en place un peu surnaturelle, l’histoire, solidement écrite, va quitter la sphère ésotérique pour s’intéresser davantage aux interactions entre ces communautés spirituelles obligées de coexister. Car il faut reconnaître que le début a de quoi rebuter… Un flic dépassé, des enfants en pleine crise adolescente avec un fils absent qui obéit aux ordres d’un gourou autoproclamé sauveur de l’humanité, un prêtre illuminé, des spectres habillés de blanc qui communiquent en s’écrivant des mots sur des feuilles de papiers et qui fument tiges sur tiges pour souligner l’existence de la pessimiste assertion :" les espoirs s’envolent en fumée". Ceux qui restent (The Leftovers) abordent tous l’existence avec leurs propres moyens et leurs propres ressorts, on assiste alors à une myriade de possibles, violence plus ou moins contenue, mysticisme, espoir béat, abattage de canidés… et à nous de démêler les nœuds scénaristiques.

Patience est mère de toutes les vertus

Mais plus l’histoire progresse, plus elle devient lumineuse, plus on atteint une forme de conscience en même temps que les flashbacks s’intensifient.

On peut lors des premiers épisodes mettre en doute la capacité de la série à dépasser son concept, son postulat de départ… pourtant elle y parvient assez habilement, délicatement, construisant sa rhétorique sur le glissement progressif du surnaturel vers les origines de cet « enlèvement » sans jamais donner d’explications toutes faites mais qui nous laissent suffisamment libres de réfléchir à des hypothèses.

La première saison ne répond pas à toutes les brèches ouvertes par le scénario, elle les réserve sans doute pour les prochaines ou comme pour Lost ménage-t-elle une fin ouverte ? Difficile à prédire sans avoir lu le roman.

Mais au-delà de ces attentes comblées ou non, The Leftovers a des atouts à faire valoir en dehors de la complexité de son scénario. Tout d’abord la merveilleuse bande son composée par Max Richter, du thème au piano aux envolées des violoncelles, elle accompagne tous les moments forts de la saison en les recouvrant d’un émouvant manteau de mélancolie. Elle est à l’unisson d’une mise en scène d’une fluidité singulière où les instants de bravoure côtoient les plus sombres aspects de l’âme humaine. Car la force du propos n’est pas de convier le spectateur à une énième déclinaison de l'apocalypse, la proportion des disparus permet d’imaginer un monde amputé mais pas fondamentalement transformé, mais bien à un subtile bouleversement des certitudes.

Un final bouleversant

Certains épisodes sont merveilleux. L'épisode 6 notamment qui se démarque des autres, on se rend à une convention à laquelle un des personnages est invité avant de réaliser que son identité lui a été subtilisée, ou l’épisode 9 qui revient à la manière d’une mosaïque qu’aurait pu composer Inarritu sur une possible piste d'explication... (ceux qui sont restés ont-ils leur part de responsabilité), sont époustouflants de cohésion. Montage, réalisation (deux épisodes dont le pilote mis en scène par Peter Berg), émotion crescendo, tout s’enchaîne alors pour faire de The Leftovers une série bouleversante. L’explication finale n’est plus aussi importante qu’on pourrait le croire, c’est la déconstruction de la société, partant toujours du drame individuel vers la confusion générale, qui est mise en exergue et elle seule.

Difficile dès lors d’abandonner ces personnages, ces petites monades isolées qui tentent de survivre alors que ces disparitions ont fissuré les fondations précaires de leur monde. Justin Théroux, le réalisateur manipulé de Mulholland Drive, est brillant en shérif, porte-parole du cartésianisme, l’ensemble du casting suit ses pas, Ann Dowd en chef des Guilty Remnants, terrifiante avec ses airs de Kathy Bates, Liv Tyler assez anecdotique il est vrai, Christopher Eccleston, surprenant lui aussi, en prêtre masochiste.

The Leftovers a énormément de qualités propres en dehors de son histoire, celle-ci se dévoilera dans les prochaines saisons, en attendant elle parvient à serrer le cœur dans son piège et on l’y abandonne avec facilité tant elle offre une vision du monde qui dépasse son concept de départ. Alors oui, nous sommes toujours aux Etats-Unis avec sa dimension religieuse et sa représentation de l’autorité, inévitables sans doute, mais ces deux piliers sont mis à mal, questionnés, bousculés et ils vacillent de tout leur poids moral, semblant bien fragiles tout à coup, prêts peut-être à s’effondrer définitivement.

Durée : 0h52

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 07 Octobre 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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