Dossier & ITW
Interview de Matt Porterfield

À l’occasion de la sortie de la sortie dans les salles françaises de I Used to be Darker de Matt Porterfield, brève rencontre avec ce dernier autour de son nouveau film dont le Passeur critique est partenaire.

Quel était le point de départ de votre film ?

Simplement, je me suis marié et j’ai divorcé avant d’avoir trente ans.

Vos films sont en effet proches de votre quotidien. Votre précédent film, Putty Hill, était déjà centré sur la jeunesse de Baltimore, avec un style plus documentaire. Dans I Used to be Darker, vous vous tournez davantage vers la fiction.

Je ne suis pas particulièrement intéressé par les différences entre documentaire et fiction, mais ce qui m’intéresse, c’est le potentiel de la valeur ontologique de la photographie et de l’image cinématographique. Si vous êtes dans la recherche de la vérité cinématographique, je ne pense pas que vous voulez être limité par des définitions et des catégories spécifiques, soit documentaire, soit fiction. Je suis en premier lieu intéressé par les personnes – les personnes dans ce qu’elles sont ou prétendent être – et cela dépasse la question de forme et de genre cinématographiques.

Comment travaillez-vous votre mise en scène, et en particulier votre choix de plans fixes très présents dans le film ?

Honnêtement, ce choix est d’abord économique. Mais je pense aussi que ça supporte mieux les performances d’acteurs non-professionnels qui peuvent ainsi donner le meilleur d’eux-mêmes. Par ailleurs j’aime les espaces, et quand je filme de façon large certaines pièces, la réalité physique des lieux mis en scène peut alors porter une partie du poids de la narration, et ainsi accentuer le réalisme du film.

La musique joue un rôle important dans votre dernier film, presque comme un personnage à part entière.

A l’exception du générique de début, toute la musique du film est diégétique, à savoir que sa source est à l’écran, conséquence des actions des personnages qui jouent ou passent de la musique. J’ai essayé de choisir des titres déjà existants que mes personnages pourraient bien entendu aimer, mais qui surtout pourraient avoir un sens aussi émotionnel (pour les personnages), que dans le récit (pour les spectateurs). Même les chansons écrites et jouées par Bill et Kim (Ned Oldham et Kim Taylor) ont été écrites avant le scénario du film. J’aime à penser que ce film est un genre de mélodrame, comme au 19ème siècle.  

Comment vous situez-vous dans le courant du cinéma américain indépendant ?

« Indépendant » est un mot qui aux Etats-Unis signifie que vous travaillez en dehors des studios, donc le spectre du cinéma indépendant américain est assez vague et large. Un film produit et interprété par George Clooney peut être un film indépendant ! Donc si l’on regarde uniquement vis-à-vis du budget, on peut dire que je suis à l’autre extrémité de ce spectre. Les gens sont toujours surpris d’apprendre que mes films coûtent si peu. J’imagine qu’ils donnent l’impression d’avoir été fait pour plus. En terme de style et de forme, j’essaie de ne pas me comparer avec d’autres cinéastes américains contemporains. Je ne partage pas non plus nécessairement leurs influences, eux qui ont grandit avec la télévision, et qui pour la plupart souhaite se tourner vers ce médium.

Quelles sont justement vos influences, vos cinéastes-modèles ?

Robert Bresson, Bertolt Brecht, Pedro Costa, Jonas Mekas, Straub & Huillet.

Aimeriez vous justement travailler avec un budget plus important qui inclurait une narration différente, plus de personnages, plus d’intrigues ?

C’est une façon intéressante de poser la question, parce qu’en effet le budget prédétermine de façon importante mon travail sur mes films et la vision que je m’en fais. Travailler avec un budget modeste requière d’inventer un nouveau langage et un modèle de production qui doit parfaitement combler vos attentes et envies. Vous faîtes un film comme vous achetez une voiture. Vous n’avez pas assez d’argent pour acheter une voiture qui roule déjà, donc vous la construisez pièces par pièces, en fonction de ce qui importe vraiment. J’ai quelques idées de films qui pourraient coûter d’avantage, mais aujourd’hui, pour le genre de films que je fais actuellement, je suis satisfait de mes budgets. Si j’avais plus d’argent, je prendrai plus de temps, ce ne serait pas les mêmes films.

Justement, travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ?

Oui, cela fait plus d’un an que je suis en train de l’écrire. Ça parle du Capitalisme. 

 

Remerciements à Manuel Attali d'ED Distribution.

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

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Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 22 Décembre 2013

AUTEUR
Jérémy Martin
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