Dossier & ITW
Je Veux être Actrice. Entretien avec Frédéric Sojcher

Je Veux être Actrice (sortie française le 20 janvier 2016) est le dernier film de Frédéric Sojcher. Entre Paris et Bruxelles, entre l'écriture (Le Fantôme de Truffaut) et le cinéma, le réalisateur nous a déjà offert plusieurs films dont le documentaire Cinéastes à Tout Prix (qui participa à la relative notoriété de Jean-Jacques Rousseau, le cinéaste de l'extrême, décédé il y a peu). Il y eut aussi le tout récent Hitler à Hollywood, sorte de thriller comique (si si!) où Maria de Medeiros part à la recherche d'un cinéaste mystérieusement disparu pendant la Deuxième Guerre Mondiale... Dans son dernier film, entre documentaire et fiction, le réalisateur a décidé de se mettre en scène. Il emmène sa fille de dix ans découvrir les comédiens qui feront ou déferont sa vocation. Chesnais, Weber, Torreton et les autres rencontrent celle qui sera peut-être parmi eux dans quelques années. C’est aussi un exercice de transmission car Nastasjia échangera avec son grand-père philosophe, sa grand-mère qui l'est moins et ses parents, tour à tour pédagogues et admiratifs. Au Passeur, on a adoré ce grand « petit film », drôle et émouvant, qui confirme le talent du cinéaste-écrivain et qui s’imprime durablement sur nos rétines. Plus épuré que les précédents efforts du réalisateur, Je Veux être Actrice touche sa cible. Projet polymorphe qui donnera d’ailleurs naissance à un livre dans quelques mois…

Avant qu’il ne retourne donner ses cours à la Sorbonne, nous avons rencontré Frédéric Sojcher lors d’un joli dimanche bruxellois pour une conversation sur son film, les comédiens et sa famille.

Comment t’est venue cette idée de film? C’est Nastasjia qui te l’a imposée?

Ce qui est amusant dans le cinéma, c’est qu’une idée en amène une autre. Au départ de ce projet, je désirais faire un film intitulé L’Enfant et le Philosophe, centré sur mon père, philosophe, qui répondrait aux questions que se pose une enfant de dix ans. Dès le départ, l’idée de la transmission était importante pour moi puisqu’il s’agissait de mon père et de ma fille. Je désirais qu’un lien se tisse entre eux, devant ma caméra. Personnellement, c’était un projet qui me tenait à coeur car, même si mon père a été professeur de philosophie pendant 40 ans à l’université, il ne m’en parlait jamais. Malheureusement, cette idée a été refusée partout, sauf à la RTBF (radio-télévision belge, ndlr). J’ai aussi pu compter sur l’appui de Christophe Taudière, responsable du pôle court-métrage à France Télévisions. En fait, une scène l’intéressait beaucoup. Celle où j’avais imaginé ma fille avec Jacques Weber discutant de la beauté. Est-elle intérieure ou non? Qu’est-ce que l’apparence? La thématique du film s’est alors déplacée vers le désir de ma fille, tout à fait réel, de devenir actrice.

La philosophie reste néanmoins très présente dans ton film…

Oui. D’ailleurs, mon père a toujours rêvé, lui aussi, d’être acteur et on a gardé cette idée qu’il puisse faire partie du projet. Les comédiens qui participent au film ont tout de suite été emballés par cette idée de transmission, de pouvoir parler de leur métier, de leur passion à une enfant de dix ans. Tous, c’est le cas de le dire, ont joué le jeu! Tout le défi a donc été de trouver un équilibre entre cette dimension liée au travail de comédien et celle liée à la famille. Dans ce film, je voulais parler de moi, de mes parents, de ma fille. Je crois beaucoup à cette idée qu’on peut être à la fois local et universel, parler de soi et de ses proches tout en se dépassant, et donc de parler de nous tous. 

Dans tes films, comme dans tes bouquins, on sent un amour sincère pour les comédiens. Quels rapports entretiens-tu avec ce métier?

Tout réalisateur se doit d’aimer ses comédiens. Certains grands cinéastes (Hitchcock, Chabrol, Truffaut) ont joué dans leurs films ou dans ceux des autres. Passer devant la caméra permet de mieux comprendre ce que ressentent les acteurs, de mieux appréhender leur « direction » même si je préférerais parler de dialogue ou d’accompagnement.

Puis, jouer, c’est surtout une expérience collective. C’est écouter l’autre, s’exprimer en public. C’est un acte de transmission, tant éducatif que ludique. Je voulais vraiment évoquer cette notion-là dans mon film.

Dans une scène, à la fois hilarante et touchante, tu tiens la caméra mais on t’entend aussi répondre aux reproches de ta mère. A la fin, et on ne dira rien de tes propos, tu t’adresses, face caméra, à des membres de ta famille. Comme si le film t’avait obligé à, enfin, prendre la place qui est la tienne. 

C’est une remarque judicieuse. Au début, je ne voulais pas passer devant la caméra. Puis, les exigences du film ont fait que je me suis retrouvé devant. Il y avait comme une obligation pour moi de ne pas laisser ma fille et mon père, seuls, partir au front. Je me considère d’ailleurs comme le seul mauvais acteur de Je Veux être Actrice, parfois involontairement mais aussi volontairement quand je me lance dans une tirade sur Cassavetes (rires).

Le film est aussi l’occasion d’interroger les rôles que nous, simples mortels, jouons tous les jours. A la Comédie Française, Denis Podalydès explique à Nastasjia que, dans chaque situation de la vie quotidienne, on adopte des attitudes différentes…

Oui, j’y suis confronté, par exemple, dans ma fonction de professeur de cinéma à la Sorbonne. Dans certaines réunions qui s’y déroulent, et c’est dramatique, certains ne s’en rendent même pas compte. Les gens y papotent comme des « professeurs ». Quand je leur fais remarquer, ils me regardent d’un air totalement ahuri (rires). Je trouve terrifiants ces personnes qui se prennent pour la fonction qu’ils occupent, avec le plus grand sérieux possible…

Je Veux être Actrice est un projet hybride. On hésite constamment entre réalité et fiction. Comment as-tu appréhendé ce travail spécifique?

Chaque scène était organisée sur des aspects établis bien à l’avance comme le décor ou quelques éléments de scénario. Mais c’est aussi un authentique documentaire. On était ouvert à l’imprévu et  je voulais créer de l’inattendu. Je crois beaucoup au fait qu’un film, pour qu’il soit réussi, s’imprime dans le cerveau et la mémoire du spectateur. Après sa vision, j’ai envie qu’on s’interroge sur certaines scènes, qu’on se demande si elles ont été écrites ou improvisées.

C’est exactement ce qui m’est arrivé et j’ai pris beaucoup de plaisir à revoir le film une seconde fois pour me faire mon idée. Comme lorsque Nastasjia sort sa tirade de Roméo et Juliette devant Podalydès…

Ah ça, ça me rend heureux! D’ailleurs, il s’est passé quelque chose entre elle et lui lors de leur rencontre (rires)!

C’est finalement tous les « genres » d’acteurs qu’on croise dans ton film. Depuis Yves Afonso, spontané et rigolard, en passant par Philippe Torreton, Micheline Presle, François Morel jusqu’au discours quasi-mystique de Michael Lonsdale.

Oui, c’est pour cela que Nastasjia les rencontre dans des lieux bien particuliers: Lonsdale dans une église, Patrick Chesnais en famille. Et Jean-François Derec sur une Grande Roue! 

Vladimir Cosma est, c’est assez étonnant, un acteur à part entière du film. Comment as-tu réfléchi la place de la musique?

C’est ma troisième collaboration avec lui (après Climax et Hitler à Hollywood, ndlr). C’est une chance incroyable pour moi de travailler avec lui. Je l’ai toujours admiré et je tiens énormément au lien qui nous unit. Pour Climax, j’avais constamment en tête, avant même de le rencontrer, la musique du Grand Blond qui fonctionnait parfaitement avec les images! Je l’ai alors simplement appelé et il accepté de venir. Cosma a ce talent de définir en salle de montage quelle musique va accompagner au mieux le propos voulu par le réalisateur. Il sent le film! Pour Je Veux être Actrice, c’était un peu différent car je voulais montrer comment la musique se construisait petit à petit. Il fallait qu’il soit un interprète, mais aussi un interprète de ses propres morceaux qui sont en train de se créer.

Revenons à toi et à ta famille. Ta mère est un spectacle à elle toute seule. Je laisse à ceux qui verront le film le plaisir de la découvrir.

Elle dit tout ce qu’elle pense et pense ce qu’elle dit. Mais j’ai pu compter sur l’aide de Catherine Rihoit, ma scénariste, pour mettre de l’huile sur le feu (rires)!

Ton père se lâche aussi. On le voit enseignant Nietzsche mais aussi faire le clown sur un  marché à Bruxelles. Le grand écart! On sent vraiment que ce tournage a été l’occasion d’un rapprochement entre vous. Toujours cette idée de transmission…

Oui, et qui pose aussi la question plus vaste de l’absence dans les films, et finalement dans notre société, tant des plus jeunes que des plus vieux. On est « in » entre 30 et 40 ans… C’est injuste! Alors que discuter avec Micheline Presle ou Michael Lonsdale, c’est passionnant! Nastasjia, aussi, en avait à leur apprendre…

Ta timidité légendaire a dû en prendre un coup. Tu te retrouves à la fois devant la caméra et au centre de discussions familiales enflammées.

C’est le cinéma qui m’a permis et qui permet de vaincre cette timidité. J’ai fait des choses incroyables dans ma vie de cinéaste. Tout jeune, j’ai harcelé Gainsbourg pour qu’il joue dans un court-métrage (Fumeur de charme, ndlr). Et il l’a fait, gratuitement en plus!

Cinéaste mais aussi professeur de cinéma à la Sorbonne. Assez étonnant pour un Belge… Comment vis-tu la proximité avec les mandarins français?

Sans aucune difficulté. J’ai d’abord été nommé à Rennes. Là-bas, on me reprochait de ne pas m’y installer. A Paris, on ne me pose même pas la question!

Ta compagne, Isabelle, par ailleurs psychiatre, affirme devant la caméra qu’« un bon film vaut une psychothérapie ». Tu es d’accord avec elle?

Oui, évidemment. Comme cinéaste, Je Veux être Actrice est une étape pour moi. J’ai pu filmer ma fille, parler avec mon père. En tant que spectateur, je me pose toujours la question de savoir si je suis un peu différent après avoir vu un film. C’est un peu ce qui me désole dans la plupart des production actuelles. Si la mise est scène est correcte, si les acteurs sont bons, on oublie ce que l’on a vu. On les consomme, on se divertit plus qu’autre chose. Je préfère de loin un projet plus bancal, mais avec un âme, des aspérités. Tout ce qui fait qu’on ne l’oublie pas en fait. Evidemment, tout devrait être réuni, comme chez Hitchcock… Mon ambition est, modestement, que mes films changent, un petit peu, ceux qui les voient. Dans ce sens, on se rapproche peut-être de la psychothérapie. 

Et comme une psychothérapie, Je Veux être Actrice n’est en rien linéaire ou faussement pédagogique.

Au moment du montage, on en était clairement conscient. Avant, c’était plus inconscient…

Encore une référence psychothérapeutique! Qui est aussi un travail de dévoilement. J’ai l’impression que tu ne t’es jamais autant dévoilé que dans ce film.

Oui, peut-être mais je me suis gardé d’en dire trop. C'est d'ailleurs difficile de se lâcher, non? Et puis, je n’étais pas seul sur le projet. Je prends déjà les acteurs en otage, même s’ils sont consentants. Je ne voulais pas faire de même avec ma fille (rires). 

Durée : 01h00

Date de sortie FR : 20-01-2016
Date de sortie BE : 25-01-2016
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

lovensayi
10 Février 2016 à 11h46

bonjour je suis love, je veut être actrice des films, depuis longtemps je rêve tourné des films avec des actrice du monde entier, mais je ne pas cette chance, parce que je suis au Congo et je ne pas des moyens pour voyagez aller Alleur.
j'aime beaucoup suivre les films et imité les geste des actrice, je suis vraiment accro.
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 30 Décembre 2015

AUTEUR
Daniel Rezzo
[186] articles publiés

Petite route du Nevada, inondée de soleil. Deux personnes au bord de la route. Contraste. Homme jeune, atti...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES